Arrivée nocturne à l’aéroport Ben Gurion

Alors que j’étais toute contente d’avoir passé avec succès l’immigration à l’aéroport  Ben Gurion en cinq minutes chrono et surtout sans avoir à répondre à la question qui m’angoissait : « Avez-vous prévu de vous rendre dans les Territoires Palestiniens ? », j’accostais le seul mec qui ne semblait pas attendre une valise/malle/poussette mais plutôt un sac à dos. J’avais juste dans l’idée de partager un taxi jusqu’à Jérusalem à cette heure tardive (3h du mat’).

Bingo ! Nos sacs à dos sont apparus sur le tapis roulant quasi simultanément. C’était un français expatrié à Bruxelles qui bossait pour une ONG qui fait du lobbying en faveur de la Palestine et des palestiniens. Des actions de développement agricole, aussi. Le gars (plutôt beau gosse pour ne rien gâcher…) devait remarquer mes yeux béats d’admiration : à cet instant précis, foulant le sol de la Terre Sainte pour la première fois, je l’assimilais à un héros des temps modernes. Entre Indiana Jones et Superman. Rien de moins.

Rapidement, j’en viens au fait : il m’explique que son ONG lui rembourse le trajet jusqu’à Jérusalem et qu’un chauffeur doit justement l’attendre… sans pour autant me proposer de me déposer ! De héros des temps modernes, il se transforme instantanément (beau gosse ou non) en  malotru/goujat/connard. Un peu contrariée, je garde la face en fuyant ce paradoxal énergumène pour me rendre au guichet d’information, non sans être passée par la case distributeur automatique pour retirer quelques shekels. Une jeune femme, fort sympathique, m’apprend que des taxis collectifs (sheruts qu’ils disent ici) partent toute la nuit pour Jérusalem pour la modique somme de 65 NIS (oui, oui, je me mets à ajouter des informations pratiques pour ceux qui taperaient dans Magic Google : « Combien coûte un taxi collectif de l’aéroport Ben Gurion à Jérusalem en pleine nuit ? ») (j’essaie d’élargir mon audience pour obtenir des sponsors et partir en vacances gratuitement) (hum). Ah sinon, pour la petite histoire, le chauffeur de Clark Kent l’avait semble-t-il oublier ! Peut être est-il encore à l’heure où je vous écris en train de chercher, accroupi dans le hall des arrivées, parmi ses dizaines de dossiers jonchant le sol, le numéro de téléphone du mec. Hahaha !

En attendant que le taxi soit rempli, condition sine qua none pour que le chauffeur mette le contact du véhicule, je fume clope sur clope tout en me régalant d’être, de nouveau, dans une ville inconnue et en fantasmant les deux prochaines semaines ici.

Alors qu’il ne reste plus que moi dans le taxi, le chauffeur se retourne brusquement et me remarque : « Ah mais comme vous ne parlez pas hébreu, je vous ai oublié ! Porte de Jaffa, c’est bien ça ? » Voilà, voilà… Je vieillis. Mes seins commencent à tomber blablabla. Cela dit, me dis-je, pour me rassurer, l’ego en miettes, si tout au long de ce voyage qui me fait un peu flippé cause champ  lexical quelque peu anxiogène lorsqu’on parle d’Israël – Palestine : roquette, attentat, kamikaze etc. Bref ! Si on m’oublie comme là, ça me va bien aussi…

A 4h30, le malotru/goujat/connard bis me lâche sur une place déserte, au pied de la Tour de David alors qu’il fait toujours nuit noire. « Il est par là votre hôtel ! » me crie-t-il en me montrant l’entrée de la vieille ville avant de se sauver en trombe. Après un fou rire nerveux libératoire, je regarde autour de moi : Suis-je réellement à Jérusalem ? La tristement célèbre Cité, source de conflit ? La fameuse ville sainte pour les trois religions monothéistes ? Nan parce que là, j’ai l’impression d’avoir atterri à Disneyland tellement tout est propre, beau, aseptisé comme un décor de cinéma où les murs seraient en carton-pâte. Alors que je me remémore l’envoûtante médina d’Alep à juste 500 kilomètres de Jérusalem, j’aperçois une guérite avec trois hommes. Gardiens de nuit de la Tour de David, ils m’offrent un tchaï (à l’indienne) pour me réchauffer car la température en cette fin avril n’excède pas les 10° avant de me diriger vers un policier qui m’indiquera précisément l’entrée du Petra Hostel qui fut jadis fréquenté par Mark Twain et Herman Melville !

Je grimpe des escaliers délabrés. Un étage. Deux étages. Puis pénètre dans un hall qui n’a pas dû être, lui par contre, rénové, depuis la crucifixion de Jésus.  Un gars derrière la réception dort profondément. Je tente un timide « Sir ? ». Il marmonne, bave et se retourne sur son siège tout en continuant à dormir. Que faire ? A 5 heures du mat’, j’opte alors pour sortir mon sac de couchage et terminer cette première nuit en Terre Sainte sur un sofa à la propreté douteuse.

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