Babi guling, sambal & sasando (Timor Ouest)

Après avoir paressé sur les plages aux environs de Kupang, s’être baignés dans un lac sous-terrain aux eaux cristallines, avoir visité les villages animistes de Boti et Temkessi et passé un séjour merveilleux à Oinlasi que nous avons quitté à bord du 4×4 d’un sympathique banquier, nous sommes repassés par Soe pour faire une dernière razzia de babi guling (cochon de lait farci au piment, curcuma, ail, gingembre et autres épices puis rôti à la broche). Un pur délice culinaire auquel nous sommes devenus totalement addict.

Au petit-déjeuner (du riz et encore du riz), j’engage la conversation avec trois types. L’un est javanais mais a vécu en Suisse très longtemps et est désormais installé au Canada, l’autre est australien mais expatrié à Jakarta depuis vingt ans, le dernier est un jeune indonésien d’origine chinoise qui a vécu à Shanghai quelques années mais est retourné, à la demande de son père, à Kupang. Tous les trois me parlent d’un projet humanitaire qui vise les fermiers du Timor Ouest. Ils me demandent conseils car ils recherchent un réalisateur pour un film promotionnel sur ces fermiers qui ont accepté de cultiver de la tomate et du concombre. Au Timor Ouest (et plus largement en Indonésie ?), la tomate ne se mange que dans du sambal : une sauce tomate donc, froide et très très épicée. Servie dans une coupelle, elle permet d’assaisonner les mets comme notre sel/poivre. Les fois où nous nous sommes hasardés à croquer dans des tomates crues devant des locaux, nous avons décelé dans leur regard, de l’incrédulité puis du dégoût. Nos trois humanitaires m’ont expliqué qu’au début de leur projet, les fermiers se moquaient des volontaires et les surnommaient les « crazy tomatos ». Au fil de la discussion, ils m’ont proposé de nous emmener dans leur 4×4 climatisé à Kupang si et seulement si, nous sommes partants pour faire halte avec eux dans deux fermes. Tu m’étonnes Raoul qu’on est chaud !

Dans la voiture, tourne, ô bonheur, les Beatles. Chacun y va de sa chanson favorite. Yellow submarine pour l’australien et Matthieu. Come together pour moi. On se moque des tubes pop indonésien qui envahissent nos espaces sonores. Avec Matthieu, à chaque fois que l’on entend le « tube » Pascaline, on a envie de flinguer le mec qui nous inflige cette entêtante balade (si nous passions à l’action, on en buterait, au bas mot, vingt par jour !).

Sur la route Soe-Kupang, à gauche, sur un chemin rocailleux, le 4×4 cale. Nous continuons à pied, escaladons des troncs d’arbres couchés puis traversons des barbelés pour arriver dans un jardin potager où des hommes cultivent des tomates, haricots verts, carottes et concombres. Une source d’eau leur permet d’arroser leurs plantes. Pas une mauvaise herbe ne dépasse. Ils attendaient la visite des trois hommes. Une table basse avec un napperon rose est dressée au milieu des cultures. Sous une tente, les femmes nous font chauffer du café et nous offre en guise d’en-cas une sorte de manioc. Plus tard, nous apprendrons par le jeune chinois, que l’indonésien et l’australien étaient en fait envoyés par l’USAID (l’Agence des Etats-Unis pour le développement international). De son côté, depuis son retour de Chine, Herry a ouvert une boutique de pesticides, engrais et graines et forme de nombreux fermiers à améliorer leur rendement : récoltes plus abondantes = revenus plus importants. Passionné, il nous dit ne pas compter les heures accordées aux fermiers, de Kupang à Kefa en passant par Soe, qu’il dit considérer comme des amis. Cette visite de l’USAID, cruciale pour lui et les fermiers qu’il protège, signifiait peut être d’importantes aides financières pour son projet. Heureuse de ne pas avoir connu l’enjeu de cette visite à l’instant T…

A quelques kilomètres de Kupang, une dernière halte sur le bord de la route pour aller à la rencontre d’un vieil homme qui fabrique un instrument traditionnel originaire de l’île de Rote, le sasando. Son petit-fils nous a joué quelques notes :

Avant de prendre l’avion pour Jakarta, l’australien et l’indonésien nous invite à déjeuner du babi guling. Nous rigolons bien quant l’indonésien supplie l’australien de transporter dans ses bagages, un demi-kilo de babi guling, même si importer du porc en plein ramadan dans la capitale du pays musulman le plus peuplé au monde est bien légal…

Le soir, le jeune chinois, Herry nous rejoindra au pasar malam (marché de nuit), payera la note malgré notre refus et nous baladera de nouveau dans son 4×4 climatisé à la découverte de Kupang la nuit (soit dit en passant, la superficie du palais et des jardins privés du gouverneur des îles de la Sonde est juste un scandale dans une province où le revenu moyen des habitants flirtent avec le seuil de pauvreté…).

Le lendemain, après nous être régalés une dernière fois avec les burgers homemade de Edwyn, tenancier du Lavalon Bar qui nous avait autorisé à dormir dans ses hamacs au bord de la mer, nous nous envolons pour Kalabahi, la capitale de l’archipel d’Alor où une mission de postier nous attend.

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