Bienvenue à Ramallah !

Pour ce voyage en solo, j’avais envie de rencontrer des locaux et avais multiplié les demandes sur couchsurfing : que des refus à Jérusalem et Tel Aviv mais deux « oui » à Hébron et Ramallah donc.

A peine une heure de taxi collectif pour aller de Hébron à Ramallah et ô bonheur, la première femme que je vois, à travers la fenêtre du véhicule, est une jeune et jolie palestinienne, cheveux aux vents, sapée comme une hipster parisienne.  Le soleil brillait. Coincée dans les embouteillages, je ressentais toute l’effervescence d’une ville arabe. Des émotions de Syrie, Tunisie et du Maroc refaisaient surface. Je me sentais dans un environnement familier et piaillais d’impatience de me mêler à la foule, de humer les épices et de boire un café noir bien serré comme seuls les orientaux savent le faire. Toujours coincée dans les embouteillages, le chauffeur m’a conseillé de terminer le trajet à pied jusqu’à la place principale, Al-Manara Square, celle avec les lions.

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Dans la rue, beaucoup de regards et de sourires et même quelques « Welcome to Ramallah ». Comparé à Hébron où l’atmosphère conservatrice était pesante, Ramallah m’est apparue comme une oasis dans cette Cisjordanie enclavée.

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Ramzi m’avait dit d’aller tout droit après la place centrale de Ramallah et de marcher sur quelques centaines de mètres jusqu’à une supérette qui vend de l’alcool. Je me mis en marche mais point de supérette. Il était midi après avoir demandé mon chemin à deux ou trois passants incrédules (« Where is the Whisky Shop ? »), je me suis arrêtée dans une échoppe où deux bonshommes me semblaient sympathiques : ils ont appelé Ramzi pour moi car je n’avais pas de forfait téléphonique international et comme la minute coûtait deux euros… En attendant Ramzi, ils m’ont posé sur une chaise sur un trottoir me laissant le temps de fumer une cigarette et réaliser que j’étais dans la capitale de l’Autorité palestinienne où est enterré Yasser Arafat. J’avais déjà ressenti cette impression d’être « dans la télévision » au Mur des Lamentations. Etrange sentiment. Ramzi arrive. Il a l’air trop cool ! Tellement cool qu’il s’est moqué de mon mauvais sens de l’orientation sur tout le trajet jusqu’à sa maison ne comprenant pas que je me sentais bof à l’aise de demander aux gens où était le magasin de whisky… Arrivés chez lui, il s’est empressé d’aller dans la cuisine me faire un café pendant que je regardais ses murs : des vers en anglais du poète palestinien Mahmoud Darwich qui a un musée à Ramallah, un poster avec des vignettes d’affiches de propagande palestinienne dont de l’organisation General Union of Palestinian Women et une toile blanche annotée par ses amis : Is Ramallah under occupation ?

De suite, Ramzi m’a annoncé qu’il devait aller travailler une heure ou deux et sans vraiment me laissé le choix, m’a dit de venir avec lui. C’est ça, pour moi, l’esprit couchsurfing : tu es mon hôte, tu partages ma vie quotidienne le temps de ton court séjour et je te montre des pans de ma ville et de ma culture parce que cela me fait plaisir de le partager avec un étranger qui deviendra une sorte d’ambassadeur de retour chez lui. Un de ses collègues arrive et hop je me retrouve dans une vieille estafette à les accompagner au Centre Culturel de Ramallah où pendant qu’ils déchargent du matos lumière, je fais la connaissance d’un musicien palestinien en backstage qui se lamente de devoir chanter des airs traditionnels plutôt que ses propres compositions.

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Ramzi, mon hôte à Ramallah

En fin de journée, je rencontre Marie, une française qui vit avec Ramzi : bah oui, il avait omis de me préciser qu’il vivait dans sa chouette maison avec deux expatriées !

Trois jours à Ramallah avec Ramzi, Marie et leurs amis qui débarquaient à toute heure du jour et de la nuit. Des palestinien(ne)s. Des expatriés. Un mix d’ambiance entre Kaboul Kitchen et L’auberge espagnole. Ramzi et ses amis bossaient, pour la plupart, dans la culture. Le premier soir, nous sommes allés à la Cinémathèque de Ramallah pour voir un film inédit en France du cinéaste jordanien Naji Abu Nowwar, Theeb. Le deuxième jour, ils m’ont emmené à Birzeit pour la journée « portes ouvertes » de l’Ecole de Cirque de Palestine. Les mômes étaient d’une vivacité déconcertante ! Nous sommes aussi allés à la Spanish Fiesta organisée par les expatriés espagnols : la sangria coulait à flot et les ragots circulaient d’un groupe à un autre avec une étonnante rapidité…

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Trois jours à partager le quotidien de cette bande d’amis soudée même si hétéroclite ; les questions politiques étaient peu abordées mais l’essentiel semblait être la préservation de leur territoire et l’évasion à travers la fête et les arts.

Pour tout vous avouer, l’idée de tout plaquer pour m’installer à Ramallah m’a traversé l’esprit une fois ou deux tellement j’ai aimé cette atmosphère mixte internationale/orientale.

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