Bollywood : arnaque aux figurants

Je ne peux pas dire que je n’étais pas au courant de ce que j’avais appelé il y a trois ans déjà, la White Exploitation mais quand même à chaud, je suis déçue. Déçue et surtout révoltée/impuissante face aux arnaques faites aux touristes dans l’industrie cinématographique de Bombay dite Bollywood avec les Bollywood Boys en première ligne.

Que je vous explique… Alors que je venais de passer la journée sur le tournage du dernier film de Shah Rukh Khan (faut que je vous raconte !!!!), même qu’un assistant de production m’avait proposé de rester cinq jours comme les figurants indiens ! Mais voilà : mon coordinateur m’a fait du chantage : si je ne vais pas sur un tournage de nuit, il ne me renverra plus sur le tournage de THE Big Star indienne…

Dans les rues du quartier touristique de Bombay, Colaba, sillonnent en ce moment trois coordinateurs : Imram, Amjad et Kiran. Ils sont payés par les sociétés de production pour fournir des figurants étrangers. Depuis trois semaines, je bosse avec les trois. Les trois me sous-paient : 500 roupies la journée alors que le tarif est de 800 roupies. S’en cognent de moi, de nous puisqu’à l’approche des fêtes de fin d’année, les rues de Colaba sont remplies de routards en route pour Goa, prêts à tenter l’expérience Bollywood pour le fun avec Lonely Planet comme prescripteur : une demi-page est consacrée a la figuration à Bollywood dans cette bible pour routards.

Bref ! Dépitée, j’accepte d’aller sur le tournage de nuit qui, cinq minutes avant le départ à 17h, s’avère être le tournage avec Hritik Roshan et Katrina Kaif, celui-là même où j’ai figuré la mère de l’actrice ! « Imram, je ne peux pas retourner sur ce tournage : ils ont utilisé mon visage. Tu le sais bien que j’ai eu un « rôle » dans ce film ! Ils vont refuser de m’utiliser de nouveau ! » Ce à quoi, il me répond : « T’inquiète, j’ai appelé la production et ils ne voient aucun inconvénient à ce que tu reviennes ».  » Hum… ». Bingo ! Après trois heures de trajet, toute l’équipe était très contente de me revoir : « Hey ! Katrina’s mother ! How are you ? » mais évidemment il était hors de question de me réutiliser ! Interdite de plateau comme tous ceux qui n’avaient rien à y faire, j’ai passé d’interminables heures sur une chaise dans un patio désert avant de me retaper trois heures de car et de me retrouver mon lit à 5h du mat’… sans avoir été payée les 1000 roupies promises !!! La prod’ a dû refuser de payer Imram pour moi donc il ne me paie pas ! Son assistant, présent sur le tournage, a fui sans me dire que je ne serais pas payée : c’est en demandant aux trois autres touristes s’ils avaient eu leur tune que j’ai compris que je n’obtiendrais rien. La seule chose qu’Imram a été capable de me dire (par téléphone) est :  » Oh, je suis désolé… mais tu peux revenir sur le tournage avec Shah Rukh Khan demain matin ». Fuck you !!!

Au delà du fait que je vais certainement devoir m’asseoir sur ces 1000 roupies et que je ne retournerais pas sur le tournage du film avec Shah Rukh Khan ni sur aucun autre d’ailleurs, avoir été abusée sans aucun recours possible rend cette expérience à Bollywood quelque peu amère. Quand je dis sans aucun recours possible, je dis qu’il est impossible de dénoncer leurs abus à la police payée par Bollywood pour fermer les yeux sur ce gigantesque marché du travail au noir et que si je commence à trop parler, ils peuvent me faire expulser et m’interdire de revenir sur le sol indien pendant dix ans ! Sans compter que je ne doute pas une seule seconde qu’ils soient capables d’utiliser des méthodes mafieuses pour affaiblir le touriste qui souhaiterait contacter les médias, tous au courant -au passage- de cette vaste escroquerie du figurant occidental.

Ce matin, toujours énervée et déçue, je croise le « concurrent » direct de Imram, Kiran, à qui j’expose la situation. Il me rétorque que Imram est un menteur, que je devrais le dénoncer au Lonely Planet, qu’il ne faut plus que je bosse avec cet arnaqueur mais que par contre, je peux bosser avec lui, d’ailleurs justement il a besoin de figurants demain blablabla… Je refuse l’offre. Je crois que j’ai perdu la flamme, je lui dis. Kiran ne me comprend pas : ne suis-je pas en vacances !? Pourquoi se les gâcher pour si peu ? Arg ! Ils se serrent tous les coudes et jouent là-dessus : nous ne sommes que des touristes, des gens de passage non syndiqués/organisés, exerçants une activité illégale, souvent jeunes et naïfs, fatalement habitués à être arnaquer et presser financièrement par les indiens que cela est devenu une norme pour la majorité des touristes !

Intéressante conversation cela dit puisque le pieux hindou qu’est Kiran va même jusqu’à me dire qu’en France nous sommes racistes et que nous considérons mal les indiens. Que ce n’est alors qu’un juste retour de maltraiter des blancs ici. Lorsque je lui dis que oui, nous sommes racistes en France mais que eux aussi, en Inde et lui avoue que je suis toujours horrifiée par les moqueries et les regards lorsqu’un troupeau de vingt routards débarquent sur un tournage… il me rétorque : « Imagines-tu les regards de tes compatriotes si vingt indiens débarquaient sur le tournage d’un film français ? Seraient-ils bien accueillis ? Regardés avec bienveillance ? »

EDIT / Je n’ai évidemment pas récupéré les 1000 roupies mais après discussion et 1000 excuses de Imram, ai rebossé deux jours sur le tournage de Shah Rukh Khan à 1000 roupies/jour avant d’abandonner ma carrière au grand dam de Kiran et Imram qui finalement étaient bien contents de pouvoir compter sur moi…

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