Fabuleuses journées dans notre camp de base pour Boti

Laissant Kupang et son pasar malam (marché de nuit) où le rouget au barbecue a fait le bonheur de nos papilles, nous avons rejoint Oinlasi, notre camp de base pour visiter le village animiste de Boti où nous appréhendions rencontrer son raja à qui nous devions offrir des noix de bétel pour être admis à pénétrer sur son territoire. Se rendre dans ce village du Timor Ouest fait demander aux passagers de notre bemo en route pour la gare routière si nous sommes des anthropologues…

(A Kupang, les bemos ont des caractéristiques bien différentes de ceux de Bali : ils sont conduits par des adolescents (sic) qui raffolent de R&B américain et autant vous dire que ce ne sont pas des petits joueurs côté sonorisation : des enceintes intégrées aux carlingues transforment les camionnettes en disco mobiles qui clignotent dés la nuit tombée…)

Dés notre arrivée à Oinlasi, Mister Addy qui travaille pour une ONG indonésienne qui enseigne aux mères les rudiments de base concernant l’alimentation et la santé de leurs enfants, nous a pris sous son aile. Il loge dans la maison du roi (décédé y a dix ans) du village de Desa Anim : une modeste chambre est prévue pour les étrangers de passage moyennant finances. Trois mois qu’un « boulé » n’avait pas dormi ici. C’est vous dire l’excitation qui régnait dans le village. Dés le premier soir, nous avons profité  d’avoir une maison et donc une cuisine à disposition pour enfin reposer notre estomac mis à rude épreuve avec tous ses piments dans la moindre assiette de riz. Matthieu s’en est allé au marché acheter un poulet élevé aux grains qu’il a égorgé pour nous concocter le plus savoureux poulet basquaise de ma vie !

Le lendemain, nous sommes partis aux aurores avec deux conducteurs de scooter aux trois mots d’anglais pour visiter le village animiste de Boti : exotique pour les touristes, ce village ne semble pas créer l’adhésion de nos hôtes puisque ces animistes-là, ô seigneur, ne croient pas en Dieu… Après deux heures de chemin déglingué, nous grimpons sur une colline et pénétrons dans un enclos de bambou qui fait office de remparts. En lieu et place d’un château médiéval, une grande maison de bois est décrite comme un palais. La porte entrouverte, nous apercevons un trône. Le raja est un quinquagénaire plutôt sympathique de prime abord. Nous lui offrons nos noix de bétel. Les hommes de sa cour, tous en habits traditionnels et aux cheveux longs noués en chignon, se ravissent de se pourrir un peu plus les dents. En contrepartie, l’une des cinq épouses du raja nous sert du café avec des beignets de bananes. Sans guide anglophone et avec notre pauvre bahasa indonesian, communiquer avec nos hôtes est très laborieux : nous n’apprendrons pas grand chose sur les rites pourtant riches de cette enclave d’irréductibles animistes… et nous promettons d’engager un guide pour le village de Temkessi où nous souhaitons nous rendre quelques jours plus tard.

Laissant le raja et ses ouailles à leurs affaires, n’omettant pas de laisser une donation en numéraire dans un pseudo-atelier de tissage d’ikats, nous filons au marché hebdomadaire de Boti pour un bain de foule vivifiant. Matthieu, peu habitué encore à être le centre de l’attention, a bien du mal à justifier sa présence à un énergumène plus vif que les autres qui n’aura de cesse de lui répéter « What for ? ». De mon côté, je n’ose prendre de photos et finis par faire le clown histoire de laisser tout de même un souvenir rigolo du passage des deux « boulés » que nous sommes sur ce marché où il se vend plus de noix de bétel fraîches que de fruits et légumes. Mâchée longuement, la noix de bétel anesthésie la langue et monte un peu au cerveau. Cette tradition locale grille-t-elle des neurones ? Nous n’en avons fichtre idée. Toujours est-il que de la noix de bétel mâchée se recrache un jus rouge sang qui tâche les dents des plus chanceux et pourrit celles des autres. Partout, hommes et femmes édentés nous sourient pourtant constamment…

De retour à Desa Anim, nous passons la soirée avec nos potes de Kupang, des étudiants en stage pour deux mois et là, depuis deux semaines. Certains donnent des cours de soutien en anglais aux enfants du village. D’autres prévoient de planter des arbres pour éviter les éboulements fréquents, pendant la saison des pluies, sur ces terres argileuses. Nous sympathisons plus particulièrement avec deux d’entre eux. L’une exerce pour la première fois son anglais avec des occidentaux. L’autre serait le fils d’un puissant politicien et a vécu en Australie. La bière coûtant presque le même prix qu’en France, nous nous proposons d’en acheter pour exporter la notion d’apéro convivial. A cette occasion, je ferais découvrir la saveur du houblon et les vertus issues de l’absorption de la bière à ma nouvelle copine de 22 ans… Shame on me ?

Le lendemain, telle une joyeuse colonie de vacances, nous descendrons tous suivis par une ribambelle d’enfants, vers la rivière, dans l’espoir d’une baignade rafraîchissante…

 

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