Plus libres en burqa (Karnataka)

Motivée pour faire sept kilomètres à pied en plein cagnard et découvrir une cascade au coeur de la région Kodagu, je me suis égarée après à peine trois kilomètres… Perdue dans un hameau, des femmes m’ont invité à prendre un café chez l’une d’elles.

J’ai rapidement sympathisé avec Zahira, une jeune lycéenne de 16 ans, intelligente, douce et attentionnée : elle a été mon interlocutrice privilégiée au cours d’une journée comme je les chéris.

Zahira espère intégrer une école d’ingénieurs à Bangalore pour travailler dans une entreprise de software.

Sa soeur aînée, Sirina, 24 ans, mariée avec deux adorables garçons, apparaissait plus effrontée. Plus coquine aussi. Son  mari est expat’ à Dubaï comme de nombreux indiens. Restée seule dans sa maison du Gujarat, elle en a profité pour rendre visite à sa famille. Jolie jeune femme d’1m80, elle portait un salwar kameez fushia (celui de Zahira était rose pastel).

La benjamine, 9 ans, très girly, se comportait comme une adulte. Elle portait une longue robe bleue Klein pailletée, des créoles très modernes et un rouge pourpre sur les lèvres. Elle a passé sa journée à me pincer la joue puis s’embrasser les doigts avant de s’exclamer :  » Sooooooooo cuuuuuuuuuute ! ». Elle recherchait ma compagnie et jalousait Zahira lorsque je lui prêtais plus d’attention qu’à elle…

Leur mère, Nafeesa, couturière, forçait le respect : elle dégageait une telle sérénité dans son simple sari en coton.

La soeur de Nafessa, plus âgée, était plus effacée mais pas la dernière pour rire.

Sa fille Mariam, une petite jeune femme de 24 ans (mariée – 2 enfants) était le bout-en-train de la famille, la rigolote, la bonne vivante, très proche de Sirina. Son mari, en déplacement professionnel, elle avait sauté sur l’occasion pour quitter le Kerala quelques jours afin de retourner dans son village natal qui lui manquait tant. Au cours de cette délicieuse journée, elle m’a montré l’album photos de son mariage. Plus que celles de la cérémonie, les photos qui ont suscitées le plus de commentaires étaient celles où elle quitte, en pleurs,  la maison familiale pour rejoindre celle de son mari (par tradition, en Inde, les épouses vivent avec leur belle-famille).

Entre femmes, on a vite parlé beauté et mode. J’enviais leur teint mat. Elles enviaient ma blancheur. Zahira m’a fait des tatouages au henné dans les paumes des mains et à l’intérieur d’un avant-bras. Sirina m’a ouvert les portes de son armoire pour me montrer ses nombreux saris. Des traditionnels, son sari de mariage (vert puisque musulmane), des saris plus trendy et des saris démodés qu’elle customisait avec des perles, des paillettes, des strass et des broderies. Elles n’ont pas eu longtemps à parlementer pour me convaincre d’en essayer un !

Bijoux, maquillage puis tour du voisinage, fières de montrer leur nouvelle amie, une « foreigner » en sari.

Au cours du déjeuner, elles m’ont parlé de Shaarif, le frère de Mariam. Elles m’ont demandé de lui faire une blague par téléphone : je l’ai donc appelé en me faisant passer pour son fantasme : une canadienne qui travaille dans une compagnie offshore. A peine une demi-heure plus tard, Shaarif débarquait prés à rencontrer la femme de ses rêves. Oups… la déception mais il a su rebondir ! Jeune homme de 22 ans, plutôt petit et frêle comme la majorité des indiens, il portait un pantalon et une chemise, impeccablement repassés. De petites lunettes à la monture carrée lui donnaient un air sérieux, loin de l’image que je m’étais faite de lui selon la description des femmes de sa famille qui le voit comme un utopiste, un séducteur, un rhéteur.

Peu à peu, Shaarif a dévié la conversation sur la religion : Est-ce qu’en tant qu’occidentale, j’aime les musulmans ? Heu… bah oui…

Rassurés, ils m’ont alors expliqué qu’ils sont ni sunnites ni chiites mais appartiennent à la communauté musulmane Ahmadiyya. C’est pourquoi,  leur famille a été persécutée en 1973, année à laquelle l’Organisation de la Conférence Islamique les a déclarés non-musulmans, leur interdisant le pèlerinage à La Mecque. Ils n’ont pu se réinstaller à Madikeri qu’en 1991. Très surprise par leurs révélations, ils m’ont expliqué qu’ils suivent les préceptes de la cinquième réincarnation de Mirza Ghulam Ahmad, un type qui prétendit, à la fin du 19ème siècle,  avoir accompli la prophétie du retour de Jésus. En faisant quelques recherches sur le net, j’ai découvert que les croyances des musulmans ahmadi sont considérées comme étant hérétiques et déviantes par rapport à l’Islam par beaucoup de savants musulmans.

Dans tous les cas, j’ai profité de cette conversation entre « amis » pour aborder le sujet des femmes dans l’islam et particulièrement le port de la burqa. Mes ravissantes hôtesses m’ont alors avoué porter la burqa depuis l’âge de 15 ans dés qu’elles sortent dans la rue. J’étais interloquée ! On avait parle chiffons toute la journée, de tout et de rien, et mes nouvelles copines faisaient parti de ces femmes que je croise dans les rues indiennes, toutes de noir vêtues le visage « masqué ». Sirina sentant mon incompréhension m’a alors gentiment expliqué que porter la burqa est évidemment un signe de respect de la religion mais aussi une façon, pour elles, de vivre plus librement :

Avec une burqa, elles se sentent moins vulnérables.

Avec une burqa, elles ne subissent pas les regards déplacés des hommes.

Avec une burqa, elles peuvent sortir seules puisque certaines de ne pas être importunées par les relous.

Elles sont intimement convaincues que la burqa leur procure une LIBERTE que ne possède pas les femmes hindoues…

5 pensées sur “Plus libres en burqa (Karnataka)

  • 2 décembre 2007 à 08:39
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    @ Ceucidit et Lily : Pffff… cela dit apres la robe tibetaine et precedemment la mellafa mauritannienne, le boubou senegalais, je commence a avoir une belle collec de photos costumees… 🙂

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  • 30 novembre 2007 à 12:21
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    @ Julie : Tu sais, ce qui est terrible : c’est qu’elles m’ont presque convaincues… afin d’eviter les nombreux regards des indiens plus frustres que vicelards… mais insupportables au quotidien…

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  • 29 novembre 2007 à 15:11
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    Mais c’est également quelque chose qu’on peut hélas entendre en France. J’avais des copines qui ne s’habillaient de manière féminine que chez elle ou pour aller sur « paris ». Dans leur quartier, c’était plus soft et le foulard…
    En tout cas, jolie rencontre ! Tu as des photos ? 🙂

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