Cai Rang, le plus grand marché flottant du monde, mon cul sur la commode (Vietnam 3/8)

C'est avec un pincement au coeur que nous quittons Thy An et sa famille sur notre petite île fluviale pour la ville de Can Tho dans l'idée de visiter Cai Rang, le "plus grand marché flottant du monde". En même temps, on ne peut pas passer nos vacances à glander sur nos hamacs alors que le Vietnam s'offre à nous !
Enfin quand j’écris la ville de Can Tho, je parle plutôt du village de Thong Thanh à six kilomètres car même si le delta du Mékong est une région agricole, c’est également la région la plus dense du Vietnam avec 500 habitants au km2. Avec Matthieu, on trouve les villes du Vietnam globalement bruyantes et sans réel charme même si on y mange très bien et préférons essayer de se poser le plus possible dans les campagnes.

delta-du-mekongGrosse déception en découvrant la Hung Homestay au bord d’une rivière qui ressemble à une sortie d’égoûts : en fait, il s’agit de ce que nous appelons avec Matthieu une « usine à backpackers ». En même temps, l’idée est d’y passer une nuit et de voguer en pirogue dés 5h du mat’ vers Cai Rang. Pour cela, on doit accepter un dîner sur des tables de 8 personnes où nous devons échanger avec d’autres touristes. Trois sympathiques allemandes sont nos convives. On échange des anecdotes, des tips et des banalités sur d’où on vient, ce qu’on a vu, où on va, les arnaques qu’ont a subies blablabla.

Le patron de la homestay gère son usine sans se départir de sa bonhomie même si je galère grave à le convaincre de nous trouver une pirogue pour deux à 5h’ du matin puisqu’un bateau part à 6h avec 30 touristes à son bord pour un tarif défiant toute concurrence.

cai-rang-pirogueFrais et dispo à 4h45, notre boatman a dû mal à sortir de son sommeil et se prépare un litre de café pour débuter cette journée. 45 minutes plus tard, enfin sur la pirogue, nous voyons débarquer avec son oreiller un jeune garçon. Le fils du boss. Notre guide semble-t-il. Alors que le soleil se lève, nous partons. Il est étrange de naviguer en pleine ville en passant sous des ponts en béton même si la lumière matinale nous ravit et rend ce moment assez beau. Cet anachronisme ne me fait pourtant pas tilter sur le fait que ce « plus grand marché flottant du monde » pourrait être devenu qu’une attraction touristique. N’a-t-on pourtant pas vu d’immenses centres commerciaux à l’entrée de la ville ? Pourquoi s’emmerder à prendre un bateau pour aller acheter ses fruits et légumes alors qu’en un coup de scooter au marché terrestre, c’est plié ?

Notre « guide » dort toujours à poings fermés et fait rire les quelques autres touristes matinaux que nous croisons à l’approche de Cai Rang.

Nous approchons du marché et je déchante… J’avais des images vues sur internet en tête et ce que je vois de mes yeux n’est en rien conforme à ce que j’imaginais. Quelques bateaux ici et là mais on est loin de l’embouteillage fluvial comme sur les brochures des agences de voyage. Des femmes nous accostent et nous proposent coca cola, fanta et autres fantaisies pour touristes. Des bateaux avec des montagnes d’ananas sont pris d’assaut par les bateaux menant des touristes qui, à notre retour à Cai Rang, vers 8h30, seront plus nombreux que les bateaux de marchandises ! Nous suivons notre boatman et achetons un bánh mì, le sandwich vietnamien confectionné avec ce qui ressemble à une baguette française mais qui n’est par tout à fait une baguette française puisqu’il est ajouté de la farine de riz à la farine de blé.

canaux-mekongAlors que nous quittons Cai Rang pour une balade matinale dans les canaux du delta du Mékong, notre guide se réveille et nous fait accoster pour qu’on regarde deux femmes fabriquer artisanalement des nouilles. Quelques touristes sont présents également et s’amusent à faire semblant de fabriquer des nouilles pour la photo. Voyant notre intérêt mitigé pour la chose, notre guide qui, dans un premier temps, s’excuse d’être « malade » nous laisse 30 minutes de « freedom ». Eclats de rire et sautillements de joie. Nous marchons quelques centaines de mètres et nous installons dans une gargote pour boire un café avec les vieux du village qui matent une parodie de journal télévisé. C’est alors que je me souviens que le Vietnam est 175e sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse publié chaque année par Reporters sans Frontières. Effectivement, les reportages sur des commerçants satisfaits de leur business s’enchaînent et à J-2 des élections présidentielles aux Etats-Unis, n’apparaissent que furtivement Donald Trump et Hillary Clinton. Notre temps libre écoulé, nous rejoignons notre bateau parmi une nuée d’autres bateaux avec des touristes portant des gilets de sauvetage orange.

pepiniereLa balade se continue et nous faisons un nouvel arrêt dans une pépinière mais notre guide ne sait rien expliquer (« je ne connais pas ces plantes ») et pis, faut avouer qu’il est plus occupé avec ses appels vidéo avec différentes copines. Nous ne disons rien. Il est heureux. Il passe sa main dans ses cheveux toutes les minutes car il téléphone en se regardant et non en regardant ses interlocuteurs… A un moment, il se souvient qu’il doit nous emmener au marché terrestre. Il en profite pour s’acheter une grosse tirelire en forme de cochon. Matthieu lui demande ce qu’il prévoit de faire lorsqu’elle sera remplie. Il lui répond étonné par la question : « bah… en racheter une autre, pardi ! ».  Bah oui, qu’on est cons. On tente de discuter avec lui, de son quotidien, de ses aspirations, de ses 20 ans, de ses goûts musicaux, de Donald Trump (il ne sait pas qui c’est mais reconnaît tout de même Obama sur une photo que nous lui montrons). Dans tous les cas, ses réponses nous laissent perplexes : seuls l’argent, les selfies et les stars de la K-pop l’intéressent…

Le marché terrestre de Can Tho est superbe. L’un des plus beaux que nous verrons au Vietnam. Nous finirons la balade à naviguer sur de petits canaux. Agréable.

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