Combats de bites (oups… cock fighting)

Affalés sur des coussins à siroter une Bintang dans notre resort au bord d’une piscine (quitte à être une banale touriste, autant le faire à fond, non ?), un rabatteur est revenu à la charge pour nous vendre ses packages snorkelling/plongée. Alors que je lui prêtais poliment une oreille en feuilletant son album, une photo de combat de coqs m’a interpellé : dix minutes plus tard, nous enfourchions, tous les trois, son scooter, cheveux au vent, en direction du lieu de débauche.

A Bali, les combats de coqs sont autorisés, d’après notre improvisé guide, une fois par an lors d’une cérémonie, dans l’enceinte d’un temple. De nos jours, des milliers de balinais de sexe masculin se ruent quotidiennement dans des terrains vagues pour parier sur la victoire de volatiles. Interdits depuis 2002, ces combats existent grâce à une police corrompue. Les balinais parient des sommes phénoménales : certains perdent leur maison, leur travail et leur épouse pour l’amour de l’argent.

A notre arrivée, le choc : une centaine d’hommes forment un cercle autour de deux volatiles qui s’entretuent, en les encourageant à coup de cris qui tirent vers le désespoir : leur salaire du mois est pour certains d’entre eux en jeu… Les combats s’enchaînent. Au début, au centre du cercle, les propriétaires des coqs fanfaronnent sur la puissance de leur bestiole tandis que les organisateurs prennent les paris : pendant cinq minutes, ce terrain vague me semble être une gigantesque basse-cour où des hommes piaillent la couleur de leur coq favori en tendant des liasses de billets. Certains perdants fuiraient le terrain à l’issue d’un pari qui leur aurait été défavorable… Peine perdue, les organisateurs connaissent l’adresse de chacun d’eux et je n’ose imaginer ce qu’il arrive à ceux qui ne rembourseraient pas leur dette.

Difficile pour moi de me faufiler dans cette foule compacte pour observer un combat sans risquer de me faire piétiner par ces hommes en transe ou pire me faire couper par la lame de couteau attachée à l’une des pattes de chacun des combattants. Je préfère m’accroupir pour tenter d’apercevoir ce qu’il se passe entre les jambes de mes voisins. Les combats ne durent que de quelques secondes à quelques minutes : il faut être vif pour assumer son voyeurisme. Avec son bec, un coq essaie de crever les yeux de son adversaire. Avec ses serres, il l’étrangle. Avec sa lame, il l’achève. Lorsque les coqs refusent de s’affronter, après s’être toisés pendant de longues secondes, les organisateurs les attrapent pour les mettre sous une cloche tressée avec des feuilles de palme afin de les obliger à se mettre à mort, rapidement. Time is money ? Des marres de sang sur le sol témoignent des combats précédents. Le cadavre du coq vaincu est immédiatement évacué et, à défaut de permettre à son propriétaire d’acheter un écran plat, il nourrira le soir même, sa famille… malgré un traitement aux hormones de six mois pour qu’il soit costaud et hargneux le jour J !

Bon appétit !

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