Voulez-vous coproduire mon film ?

Samedi et dimanche les commissioning editors (acheteurs TV, représentants de fonds, sélectionneurs festivals…) sont venus écouter les 26 pitchs.

Dans un amphi. En public. A l’américaine : 7 minutes de présentation orale + 7 minutes de questions/réponses = 14 minutes pour convaincre les commissioning editors de coproduire ou pré-acheter son film. Des entretiens individuels de 15 minutes maxi étaient, ensuite, organisés.

Les 7 commissioning editors présents :

  • Cara Mertes :  Directrice du Sundance Institute Documentary Film Program
  • Hans Robert Eisenhauer : Unité documentaire Arte (côté allemand)
  • Ryota Kotani : Unité documentaire de la chaîne nationale japonaise NHK
  • Axel Arno : Unité documentaire de la chaine suédoise Sveriges Television (SVT)
  • Giles Trendle : Unité documentaire de la chaine Al Jazeera English
  • Cynthia Kane : Responsable des programmes ITVS (USA)
  • Rada Secic : Sélection festivals (Amsterdam, Rotterdam, Kerala)

Très impressionnée et très fière de mes nouveaux potes : ils ont quasiment tous assurés !

Il était très intéressant pour moi de comprendre les attentes des commissioning editors. Evidemment, un fonds de soutien à la création documentaire et une chaîne de télévision n’ont pas les mêmes desiderata. Pourtant, ils se rejoignaient quasiment tous sur la nécessité d’une construction narrative avec un ou des personnages charismatiques sous fond de conflit.

En qualité notamment de french audience, je comprenais tout particulièrement les attentes du  mec d’Arte même si ses interventions ont confirmé mes craintes : de plus en plus de formatage sur la chaîne qui a redonné une vie au cinéma documentaire en France. Hans nous a montré, à titre d’exemple de films coproduits, deux extraits :

  • un film sur des ados à Bagdad à qui on prête une caméra afin qu’ils se filment eux-mêmes. Facile mais ça marche… même avec un abrutissant commentaire tout au long du film.
  • un film sur les israéliens qui, après leur service militaire (3 ans pour les mecs et 2 pour les filles) partent six mois en Inde (Manali, Goa…) pour se défoncer (alcool, cannabis, LSD…). Flipping out (qui signifie  littéralement « devenir cinglé ») est réalisé par l’israélien Yoav Shamir et sera en compétition, en février, au prochain Festival de Berlin. Le film dont je rêvais ! J’ai eu la chance de visionner les dix premieres minutes : une bombe ! J’ai adoré la séquence lorsque des minettes s’exhibent dans une piscine et qu’un indien interloqué par leur comportement leur  lance pourtant amicalement : « Enjoy ! No palestinians here ! « .

Lors de ce Docedge ’08, 4 projets ont davantage attire mon attention :

  • Tidings froma Lifemaker de Sudeshna Bose (le film sur le boatman dans les Sunderbans)

Plusieurs commissioning editors ont aimé. Un film, emprunt d’une telle poésie, ne devrait pas être formaté pour la télévision (c’est-à-dire être notamment limité à 52 minutes). Est-ce que Sudeshna va réaliser le film qu’elle veut ou l’adapter pour le vendre à une télévision ? J’ai cru comprendre que le plus offrant aura le dernier mot… Je ne serais pas surprise de le retrouver au festival d’Amsterdam : Rada adore le projet.

  • Biju on the Electrics Stairs de Nilanjan Bhattacharya (le film sur le gamin qui fugue tout le temps) (à la caméra, son épouse : une killeuse ! Les images sont à tomber !)

Evidemment la question qui intéressait les  commissioning editors : Est-ce que Nilanjan a l’attention de suivre Biju dans ses pérégrinations ? Si oui (et ce serait plus vendeur) dans quelles conditions ? Biju ne risque-t-il pas de se comporter différemment avec une équipe de tournage ? Cara a proposé de lui fournir une caméra pour qu’il se filme seul mais l’idée a vite été évacuée : Biju la revendrait assurément ! A voir comment Nilanjan va dealer avec Biju…

  • Gang of seven de Nikin K (sur sept amis, issus de la classe moyenne et représentatifs de la nouvelle génération  indienne)

Très déçue par le mec d’Arte qui n’a pas compris le potentiel de ce film. Il n’a pas vu la différence entre ces jeunes indiens et de jeunes européens. Preuve qu’il ne connaît pas l’Inde. J’ai conseillé à Nikin de mettre en valeur leurs propos sur leurs non relations sexuelles. Pour moi, si ces gars développent une amitié si forte, c’est qu’ils n’ont pas réellement la possibilité d’avoir des petites amies. Je reste persuadée que le problème majeur en Inde est la relation homme/femme. C’est incroyable. Une frustration qui grandit à mesure que les connections avec l’Occident se développent. En cinquante ans, le nombre de viols a augmenté de plus de 600% !  Nitin saura-t-il prendre assez de recul pour mettre en exergue les spécificités de ses amis, nouveaux visages de l’Inde et ne pas tomber dans les travers de la real TV ?

  • The War of Growing Up des chinois Guo Jing et Ke Dingding 

NHK est fan. Evidemment. Les autres émettent des réserves. Trop de films chinois. Trop de films dans les écoles. Trop de films chinois dans les écoles dans leur catalogue.

A la fin de la journée, un pitch surprise : un des techniciens vidéo employé  au Satyajit Ray Film et Televison Institute a demandé à montrer quelques rushs de son projet documentaire sur un festival quelconque au fin fond de l’Inde. Petit maigrichon moustachu qui ne pipe pas un mot d’anglais, avec constamment le sourire aux lèvres et un regard qui en dit long sur sa bonté est un cameraman fantastique. J’ai pleuré devant ses  images. Pourtant, elles ont été visionnées dans une indifférence totale : être un bon cadreur ne suffit malheureusement pas pour réaliser un film…

Une pensée sur “Voulez-vous coproduire mon film ?

  • 15 janvier 2008 à 15:06
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    Vraiment clair et interessant ton blog bravo, a tout de suite par mail ;), peg

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