Documentaristes indiens : ne vous laissez pas voler vos images par des cinéastes occidentaux

Cette première journée de la 5ème édition de Docedge fut riche.

Les trente participants et douze observateurs se sont présentés : quelques documentaristes étrangers se sont glissés parmi les documentaristes indiens : le Pakistan, la Malaisie, le Népal, le Japon et le Bangladesh sont dans la place. La Chine est également représentée avec  Guo Jing et Ke Dingding primés cette année  au Festival Cinéma du Réel à Paris avec leur film : « L’école du cirque ».

J’ai également fait la connaissance d’une jeune indienne de Bangalore qui vit depuis cinq ans… au Mans ! Chargée des productions internationales pour une société de production française, elle est venue présenter un projet personnel. Incredible India, isn’t it ?

Le fil conducteur de ce workshop est clair : aider des cinéastes asiatiques à présenter leur projet documentaire afin de trouver des financements étrangers.

J’ai ainsi appris avec surprise que dans le pays qui produit le plus de films de fiction au monde (600 par an), il n’existe aucune commission nationale de financement type CNC. Pire, aucune grosse boîte de production ne s’intéresse au documentaire et il n’existe qu’une seule case dédiée au cinéma documentaire de création : 30 minutes (moins 7 minutes de publicité) tous les quinze jours sur une chaîne nationale indienne !

La matinée a commencé par un bref résumé de la chaîne de production documentaire en Europe (en deux mots, sans diffuseur TV, point de financements). Toutefois, il a été rappelé que grâce aux festivals, il est possible de rencontrer des producteurs de renom avec lesquels les directeurs d’unité documentaire des chaînes TV travaillent les yeux fermés et/ou d’interpeller des responsables de fonds publics comme le Fond Sud Cinema, en France.

En deuxième partie de journée, nous avons formé des groupes. J’ai décidé d’être observer dans le groupe encadre par Rada Sesic qui n’est pas documentariste comme écrit précédemment mais notamment la sélectionneuse des films en provenance d’Asie pour le fameux Festival de Rotterdam. Spécialiste du cinéma indien indien (elle voit 100 à 150 films par an), elle travaille également pour le plus grand festival de documentaire en Europe, l’IDFA à Amsterdam.

Chaque cinéaste a dû présenter son projet ; dans mon groupe, une japonaise, un pakistanais et trois indiens.

L’idée majeure de Ryoko est de parler de la mort, de la peine des survivants et du deuil. Au coeur des montagnes japonaises, se trouve un temple sacré pour les bouddhistes et shintoïstes. Un vieux monsieur qui vient de perdre sa femme adorée aime s’y recueillir. Beaucoup d’autres choses dans ce film qui promet d’être passionnant et d’ouvrir à un public étranger un pan de la culture japonaise. Ryoko apparait naturellement comme LA bonne personne pour réaliser ce film qui pour le moment s’intitule Things I wanted to tell him. Ryoko a perdu son frère aîné d’un an il y quelques années.

Clarence est un journaliste pakistanais. Le sujet de son film est une pépite : les graffitis (à caractère sexuel, religieux et politique) dans les toilettes publiques pour hommes de Lahore, Karachi et Islamabad. Saviez-vous que les murs des toilettes sont les seuls espaces d’expression des pakistanais en ces temps de crise ?

Bishnu vient de terminer ses études au Satyajit Ray Film and Television Institute et son premier film documentaire cartonne dans les festivals internationaux. Son second doc est en production. Aujourd’hui, il cherche des financements pour son troisième film à propos d’une jeune indienne originaire d’un village de l’Orissa qui a refusé de se marier et est partie seule vivre à Delhi… Rupture familiale qui crée des remous. Bishnu connaît très bien cette fille et pour cause c’est sa voisine d’enfance :  elle a longtemps vécu dans sa famille à lui pour échapper au chaos de la sienne.

Diplômé en économie et sciences politiques, Ranjan avec son nouveau film veut nous conter l’histoire de la mondialisation. Ce n’est pas un film sur les effets néfastes ou non de la libéralisation des marchés ou les actions politiques menées ou non pour les réguler mais un film sur un tee-shirt en coton qui avant de se retrouver dans les rayons GAP de Paris ou New York connaît un processus de fabrication pour le moins interpellant.

Le dernier film présenté a évidemment retenu toute mon attention puisque la réalisatrice, Sudesha va suivre un boat man dans les Sunderbans, région que j’affectionne tant. Ce film se présente comme un poème, une ode à un vieil homme hors du commun et un zoom sur ces villageois « dont le visage change au fil des saisons ». Diplômée également de l’Institut, c’est la seconde participation de Sudesha au Docedge. L’année dernière, elle a trouvé des fonds européens, japonais et américains pour produire son deuxième film.

La suite demain, chers lecteurs.

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