Portrait d’une femme indienne : Bilu

En Inde, je recherche la compagnie des femmes mais ce n’est pas toujours évident car les femmes indiennes ne sortent quasiment pas seules dans les rues (hors des grandes villes) et malheureusement ne parlent pas souvent anglais.

Heureusement, ma quête paie et ainsi j’ai eu la chance de sympathiser lors de mon voyage précédent, avec Lata à Khajuraho et cette année avec les femmes musulmanes à Madikeri et Bilu à Varkala. 

Diplômée en économie, Bilu est originaire de Trivandrum, la capitale du Kerala, l’état de l’Inde ou le taux d’alphabétisation est le plus élevé. Mariée à Sanjeev, un homme étrangement effacé dont elle ne semble pas amoureuse, Bilu s’occupe de ses deux filles, Jaya et Katrika, 10 et 11 ans.

Jaya, l’aînée est grande, élégante, douce, bonne élève et douée pour la danse classique indienne et le kathakali, qu’elle pratique avec passion. Proche des animaux, elle aime aider son père à traire les vaches et les brebis de la maison. Un jour, en revenant du temple, elle a supplié sa famille de se convertir au végétarisme. Ils ont tous accepté excepté sa soeur.

Frêle jeune fille, Katrika apparaît timide de prime abord mais au fil des rencontres, elle s’est avérée être énergique, impatiente, capricieuse et jalouse tout en restant attachante avec une façon bien singulière de manger avec ses doigts… Proche de sa mère, à qui elle ressemble physiquement, Katrika prend des cours de peinture avec un artiste keralais que la famille loge. Denish ne tarit pas d’éloges sur la jeune fille qu’il trouve habitée ; il place de grands espoirs en elle, même si elle préférerait être astronaute.

Depuis trois ans, depuis la cession à leurs employés de leur restaurant sur la plage de Varkala cause surmenage (ils se levaient à 4 heures du matin pour fermer à 1 heure, 7 jours sur 7), la famille Thampi vit aujourd’hui grâce aux revenus engendrés par la vente de lait des bêtes et surtout grâce à la location de quatre bungalows.

Bilu occupe son temps libre entre les tâches ménagères, la cuisine qu’elle adore, l’éducation de ses filles et le temple où elle aime passer tous ces week-end et toutes les vacances scolaires des filles. Bilu qui a une âme d’artiste aime fabriquer toutes sortes d’objets décoratifs pour leur nouvelle maison.

Cette femme est différente des femmes indiennes que j’ai l’habitude de rencontrer. Elle aime les saris sobres, en coton.  Discrète et douce, elle peut se montrer « effrontée ». Par exemple, lors de notre première invitation à dîner avec deux américains, amis de longue date de la famille, elle n’a pas hésité à lancer : « Je vous réinvite seulement si vous me dites que  vous aimez ma cuisine ! ». Bilu apparaît sereine et posée. Elle vit comme la majorité des femmes indiennes en acceptant le rôle que la société lui assigne (elle demande toujours la permission de sortir à son mari) et les règles du mariage arrangé (elle a tout de même eu la chance de ne pas avoir à payer de dot. La seule exigence de Sanjeev a été le choix du temple de la cérémonie de mariage).

Toutefois, ce qui m’a frappée chez elle, c’est sa liberté de penser. Avec elle, par exemple, aucune des questions habituelles auquel est soumis tout touriste en Inde en préambule de tout échange. Notre style vestimentaire pourtant différent à Peggy et moi (Peggy portait à l’occasion de nos rencontres avec la famille des vêtements traditionnels alors que je conservais mon style occidental agrémenté de touches post-baba) ne semblait pas la perturber plus que cela. Aucune réflexion sur notre couleur de peau. Elle n’était pas curieuse ce qui ne signifie pas qu’elle ne nous portait pas d’intérêt. On sentait qu’elle était heureuse de partager avec deux autres femmes des moments de vie. Ouverte d’esprit, elle ne nous a jamais jugées même lorsque je lui ai dit vivre avec mon petit ami sans être mariée. Au contraire, j’ai plutôt ressenti que cet aveu créait une certaine complicité féminine genre : « Bah ouais, on fait ce qu’on peut chacune à notre façon… ». Aucune question sur pourquoi à 29 et 33 ans, nous n’avons pas d’enfants. Non, Bilu est différente une femme indienne différentes des autres.

Nous l’avons accompagnée au temple. Elle nous a suivi à la plage même si elle ne s’est pas baignée ; le port du bikini lui déplaisait fortement (malgré mon insistance, impossible d’en savoir plus sur ses raisons) alors même si elle rêvait de plonger dans l’eau, elle n’a mouillé que le bas de son sari. Ensemble, nous avons cuisiné le fameux thali végétarien.

Bilu est seule. Elle n’a pas de vraies amies à Varkala. Les vraies sont ses amies de fac, toutes mariées et dispersées en Inde dans leur belle-famille. Son père, militaire dans l’armée indienne, et son frère unique sont décédés accidentellement il y a quatre ans. Sa mère venait de décéder il y a deux mois. En Inde, ne pas avoir de famille est socialement très difficile.

Nous soupçonnons son mari de nous avoir mis en contact avec elle pour égayer ses journées…

A 37 ans, il est peu probable qu’elle donne naissance à un fils alors que deviendra Bilu lorsque dans une dizaine d’année, ses filles mariées partiront vivre dans leur belle-famille ?

2 pensées sur “Portrait d’une femme indienne : Bilu

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