Première fois à Film City !

Autre tournage, autre ambiance.

Pour ce troisième tournage, nous ne sommes que deux figurants occidentaux. Ginsha, un letton (qui s’est réveillé, son second jour en Inde, à la gare ferroviaire de Delhi, sans passeport, ni carte bancaire, ni  argent après avoir été drogué dit-il est mon compagnon de la journée.

Première fois dans les mythiques studios de Film City ! En joie, je suis tout au long du trajet, dans le compartiment des femmes, d’un train de banlieue. C’est en auto-rickshaw que nous pénétrons dans le lieu saint chaperonné par un Bollywood Boy que nous surnommons affectueusement « Jack & Jones ».

A l’entrée, Jack & Jones a dû justifier notre présence à des agents de sécurité. Cela me prouve qu’effectivement, sans shooting, il est compliqué d’entrer de façon légale à  Film City ; Film City est une ville dans la ville avec ses restaurants, DAB et magasins. Beaucoup de verdure. On respire enfin.

(une journée à Bombay équivaudrait à fumer deux paquets de clopes)

Castés pour le tournage d’un épisode d’un soap opera indien de seconde zone, nous patientons toute la matinée sur des sièges en plastique que nous déplaçons au gré du soleil alors que des techniciens s’affairent à préparer une scène, sensée se dérouler à la sortie du tribunal de Goa.

(Goa = touristes = figurants occidentaux)

A se demander s’ils ont vraiment un premier assistant en Inde ! Pourquoi diable tous les protagonistes (acteurs, techniciens et figurants) doivent être présents du début à la fin !? En général de 9h à 21h !?

35 degrés à l’ombre. Nous suons. Jack & Jones n’a pas grande conversation et nous ne savons pas à quel moment nous allons être utilises : l’échappée belle dans les rues de Film City apparaît risquée. Le réal qui ne pipe pas un mot d’anglais aura des coups de chaud à deux ou trois reprises, éructant qu’une minute tournée coûte 5000 roupies (environ 80 euros).

Deux actrices ne semblaient pas indiennes. Après discussion, nous apprenons que l’une d’elles est un ukrainienne (Nataliya Kozhenova) et l’autre se dit irano-italienne. Elles parlent hindi et vivent en Inde depuis une dizaine d’années où elles sont donc modèles et actrices. Avec visa de travail.

Un vieux con est le comédien principal des scènes du jour. Vieille star TV sur le retour, cheveux teintés en acajou, il ne quittera pas son air précieux de la journée. Je comprends qu’il faille aimer ce qu’on fait même si ce n’est pas très valorisant mais pourquoi se la jouer genre je suis sur le tournage d’un film de Steven Spielberg alors que je suis sur le tournage de l’épisode 362 de Anjuna Beach. Celui où Jessica, violée par cinq mecs, meurt à son arrivée à l’hosto.

(nous devons, pour une scène, sortir de l’hôpital alors que les brancardiers se ruent à l’intérieur puis regarder le corps de Jessica, interloqués, avant de quitter le champ)

(ouais, ouais, je sais jouer « l’interloquation »)

(à ce rythme-là, je vais être bientôt prête pour le concours d’entrée du Conservatoire National d’Art Dramatique) (hahaha)

Une autre actrice, la quarantaine bien tassée, infligera à son assistant de tenir une ombrelle au-dessus de son brushing pendant deux heures ! Il semblerait d’après les uns et les autres qu’elle soit assez célèbre.

(Irrfan se la pétait beaucoup beaucoup moins !)

(Irrfan ! A poil !)

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Avec « Michael »

Depuis le début de la matinée, j’avais repéré un jeune premier, beau gosse. Un peu avant le déjeuner, je me suis assise prés de lui, histoire de tenter la sympathisation. Pas que je veuille me taper de la vedette de Bollywood hein mais j’aimerais bien avoir deux ou trois potes indiens pour sortir dans les lieux de débauche de Bombay et plus particulièrement dans ceux de Bandra West, le quartier bobo. Michael qu’il me dira se prénommer. (z’aiment bien se trouver des pseudos anglo-saxons…)

Jeune acteur, il est booké deux semaines sur cette série : il jouait le petit ami de Jessica. Celle qui se fait violer. Par cinq mecs. Faut suivre, hein ! (ai beaucoup ri avec un des violeurs. Gentil gars)

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Figurants indiens

Bref ! Mike est aussi beau que… hum. D’un autre côté, ce sont des potes de fiesta que je recherche, hein, pas des Prix Nobel de physique. En tous cas, mon accent français a fait son effet car Mike est vite passé du « Celina » à « Darling ». Darling par-ci. Darling par-là. Impossible de se passer de moi ! Il m’a même invitée à partager son déjeuner dans un des cars-loges des comédiens. Enorme ! C’te blague quand même !

Depuis le tournage, il m’envoie des sms pourris tel celui-ci : Little Faith says : « you can do it ». Big Faith says : « you will do it ». Great Faith says : « it’s done ».

ACTUALISATION 2015 // Des années plus tard, j’ai compris que j’étais sur le tournage controversé (et pour cause !) d’un film qui racontait l’histoire de la jeune anglaise Scarlett Keeling, violée et tuée à Goa un an et demi auparavant ! Il est bien évident que si je l’avais su, je ne serais point venue…

Ci-dessous un extrait de ce très mauvais film (attention, scènes choquantes) :

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