Comment j’ai dû baiser les pieds de Guruji…

Quand Guruji (le suffixe « ji » exprime une affection particulière que l’on porte à une personne -exemple : Célineji) m’a fait signe de me prosterner, front collé sur le sol puis de baiser chacun de ses pieds, je me suis poliment exécutée… il faut dire que je priais depuis des heures alors je n’étais pas à une hérésie prés…

Tout a débuté par une invitation à dîner avant-hier soir dans la maison de Lata, un photographe que j’ai connu en faisant régulièrement imprimer les photos des familles qui m’invitent à dîner pour ensuite leur offrir en guise de remerciement. Sa fille de 20 ans lui a demandé d’organiser une « puja » pour demander à Shiva de résoudre ses problèmes ; je n’ai pas compris tous les enjeux mais après s’être mariée (mariage arrangé) à 17 ans, elle est allée vivre comme le veut la tradition dans sa belle-famille et comme fréquemment, cela s’est mal passé. Elle a alors, avec l’accord de son mari, regagné son douillet nid familial, pour une durée indéterminée semble-t-il ; elle revit donc avec ses adorables parents (sa mère qui enseigne l’hindi, son frère de 21 ans, Dinesh -devenu un bon pote- et leur jeune soeur de 15 ans. Leur frère aîné a disparu il y a 6 ans : parti à moto faire un tour, il n’est jamais rentré…).

Aujourd’hui, deux ans plus tard, la miss est donc divorcée (sic…) et est devenue danseuse et actrice. Elle vient même de signer un contrat avec une société de production cinématographique : je me demande dans quelle mesure elle n’a pas intelligemment intrigué pour s’émanciper…

La "rebelle", tante de Lata
La « rebelle », tante de Lata

Lors de ma première visite chez eux, elle était avec Guruji (qui aurait, un jour, allumé un feu par la pensée…) et son assistant qui, pendant 24 heures,  lisaient le Ramayana, l’un des écrits fondamentaux de la mythologie hindoue, micros et hauts-parleurs branchés (pour en faire profiter tout le village ?). Après avoir sympathisé avec toute la famille et m’être fait peint les pieds en rose fushia par la tante par alliance (une rebelle : elle a été bannie par sa famille pour avoir fait un mariage d’amour), je me suis vue invitée pour assister le lendemain à la suite de ladite puja.

En pleine confection des plateaux à puja
En pleine confection des plateaux à puja

Je les ai donc rejoints, hier, à leur retour du temple, où tout a commencé pour moi par la confection des plateaux d’offrandes. Un jeune indien, venu spécialement de sa campagne pour l’occasion (je suis la première touriste qu’il approche, bien qu’il ait déjà 20 ans ! Autant vous dire, qu’il ne me quitte pas des yeux et est émerveillé par chacun de mes gestes…), bref, ce jeune homme a dû découper un gros bloc de terre glaise en 5000 morceaux. Morceaux que nous avons tous roulés entre nos paumes (j’ai les mains crevassées…) avant de les tremper dans des pots emplis de grains de riz colorés (rouge, vert, jaune).

Bénie par Guruji
Bénie par Guruji

Pendant la pause tchai, Guruji m’a solennellement proposé (Dinesh nous a servi d’interprète) si je souhaitais qu’il demande à Shiva de me donner des forces pour ma vie future. J’ai, curieuse, accepté… et appris par la même occasion que j’avais une longue ligne de vie (Guruji ne doit pas savoir lire dans les poumons des tabagiques…).

En milieu d’après-midi, nouvelle « corvée » : écrire 5000 fois sur des feuilles d’arbres, le mot RAM (nom d’une des réincarnations de Shiva… ou peut être bien de Vishnou…). Même les vieilles dames édentées et pieuses sont devenues mes copines, surprises de voir une touriste si dévote : si elles savaient que je fais ça juste pour l’expérience anthropologique… Bon OK, pour aussi essayer d’améliorer mon Karma. Au cas où, quoi.

Est alors arrivée la puja que j’observais de l’extérieur avec beaucoup d’attention : Guruji a alors senti mon envie de participer et m’a invité à me joindre a eux…

Avant d’entrer dans la pièce, je me suis lavée les pieds, les mains et ai dû boire une gorgée d’eau (impossible de feinter cette fois-ci…). Guruji m’a ensuite jeté de l’eau bénite puis j’ai dû apporter ma contribution et mettre les fameuses feuilles sur un des plateaux d’offrandes, une à une, en priant à chaque fois (je vous fais grâce de tous les codes : pas cette main-ci, pas ce doigt-là…).

Nous avons ensuite préparé un feu dans la cour pour la cérémonie. Nous étions une vingtaine, assis tout autour, têtes couvertes et avons par groupe (le 1er, la famille proche, le 2nd, la famille élargie, le 3ème, les amis proches dont moi et le 4ème, les autres) jeté de la bouse de vache émiettée au son des paroles du gourou en répétant à chaque lancer un truc genre « Shaara ». De plus en plus vite, de plus en plus fort… j’étais quasiment en transe à cause bien sûr de la religiosité qui se dégageait mais surtout parce que je réalisais la chance que j’avais de vivre ce moment avec eux plus comme simple touriste observatrice mais bien comme participante presque légitime (et ceux même si surprise lorsque Guruji m’a, de nouveau, jeté de l’eau bénite, j’ai poussé un petit cri qui lui a valu un fou rire qui a interrompu la cérémonie envie de participer et m’a invité à me joindre a eux :  avant d’entrer dans la pièce, je me suis lavée les pieds, les mains et ai dû boire une gorgée d’eau (impossible de feinter cette fois-ci…). Guruji m’a ensuite jeté de l’eau bénite puis j’ai dû apporter ma contribution et mettre les fameuses feuilles sur un des plateaux d’offrandes, une à une, en priant à chaque fois (je vous fais grâce de tous les codes : pas cette main-ci, pas ce doigt-là…).

Nous avons ensuite préparé un feu dans la cour pour la cérémonie. Nous étions une vingtaine, assis tout autour, têtes couvertes et avons par groupe (le premier, la famille proche, le deuxième, la famille élargie, le troisième, les amis proches dont moi et le quatrième, les autres) jeté de la bouse de vache émiettée au son des paroles du gourou en répétant à chaque lancer un truc genre « Shaara ». De plus en plus vite, de plus en plus fort… j’étais quasiment en transe à cause bien sûr de la religiosité qui se dégageait mais surtout parce que je réalisais la chance que j’avais de vivre ce moment avec eux plus comme simple touriste observatrice mais bien comme participante presque légitime (et ceux même si surprise lorsque Guruji m’a, de nouveau, jeté de l’eau bénite, j’ai poussé un petit cri aigu qui lui a valu un fou rire qui a interrompu la cérémonie quelques minutes… La honte !).

A la fin de la cérémonie, avant le repas, Guruji m’a pressé de le rejoindre dans la pièce où se trouvait l’autel de Shiva et m’a remis un collier (instant photographié par Dinesh à la demande de Guruji pour qui c’était la première fois qu’il effectuait ce rituel avec une touriste). C’est à ce moment que j’ai dû lui baiser les pieds !!! J’AI BAISE LES PIEDS D’UN HOMME !!! Pouark !!!

Bon allez, j’y retourne ! Pour le dernier jour de la puja, sont attendus 100 à 150 invités ! Sinon, que disent les sondages ? Sarko ? Sego ? Le Pen ?

La maman de Lata
La maman de Lata

MISE A JOUR SAMEDI : J’ai finalement dû refuser l’invitation de Guruji dans son village : mes nouveaux amis ont pensé que cela serait un trop gros choc pour moi (j’ai beau eu…) et pour les villageois qui n’ont jamais vu de femme blanche.

Le dernier jour, j’ai raté la cérémonie au temple de Shiva à 6 heures du mat’. Par contre, je les ai rejoints dans la matinée où leur maison s’est ouverte à tous les habitants et nécessiteux de la ville : des repas étaient offerts toute la journée. Au coucher du soleil, sous les crépitements des flashs des touristes, nous nous sommes tous dirigés, pieds nus, en dansant, au son des tambours des musiciens loués pour l’occasion, près d’un lac où la jeune fille a jeté toutes les offrandes selon un rituel bien établi.

6 pensées sur “Comment j’ai dû baiser les pieds de Guruji…

  • 3 février 2007 à 01:27
    Permalink

    @ Emmanuel : C’est clair… Chaque seconde est unique… meme en France ! 🙂 Pour les photos, j’arrange ca ASAP.
    @ Julie : Des odeurs ? Ca pue !!! 🙂
    @ ASF : Guruji est voue au celibat mais j’avoue que je n’etais pas a l’aise lorsqu’il me tripotait les cheveux…
    @ Julie : Si, je vais les faire rendre mais bon… un mois de budget… Je suis degoutee… Une vraie poisseuse…
    @ Frederic : Hahaha ! 🙂 Tu aimais ca, hein !!! 🙂 Et meme si je suis comme une suedoise ici (aussi populaire), nothing, nada, niet, rien !

    Répondre
  • 2 février 2007 à 09:42
    Permalink

    Bonjour,
    heureusement que tu ne devais pas faire de journalisme….
    Si j’ai bien compris, tu remets au goût du jour la rubrique Libido, de tes anciens comptes rendus hebdomadaires.
    Bon Voyage.

    Répondre
  • 2 février 2007 à 09:25
    Permalink

    Arf pour ton problème de location de video, c’est difficile à contrer si tu as gardé les dvd en questions…Personne ne peut aller les rendre à ta place ?

    Répondre
  • 1 février 2007 à 12:29
    Permalink

    Si chère Céline, te lire me plait 1 milliard de fois davantage que n’importe lequel des pronostics politicards de notre si minuscule pays. Je n’en perds pas un mot. Et m’inquiète surtout de te savoir entre les mains de ce gourou… Diable ! Et s’il allait te demander en mariage ;o))) Profite ma belle… Profite !

    Répondre
  • 1 février 2007 à 11:23
    Permalink

    La prochaine fois je te confie un camescope ! ^^
    Pfff quelle aventure…Oublie pas de nous parler des couleurs, des odeurs un jour ! 🙂

    Répondre
  • 1 février 2007 à 10:55
    Permalink

    Céline, ton aventure est décidément de plus en plus incroyable. Ici à Paris, ne pouvons qu’imaginer (à peine) les joies et les découvertes qui tu vis chaque jour. Ouvre grand les yeux, les oreilles et les narines, tu ne revivras probablement jamais ça…
    Vivement les photos !

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *