Rencontre avec Phrunt dans un hôpital thaïlandais

Phrunt est thaïe par sa mère, cambodgienne par son père. Elle a 30 ans et travaille dans un hôtel au Cambodge. Mariée, elle a un fils de trois ans. Elle a été ma meilleure amie pendant cinq jours.

J’ai rencontré Phurnt dans un contexte un peu particulier puisque c’était dans un hôpital thaïlandais. A Trat, plus exactement, à la frontière cambodgienne : l’une de ses soeurs aînées venait de se prendre une balle de revolver dans la tête. Balle tirée par son mari. Mari qui s’est suicidé après son geste fou. Les raisons de son acte me sont restées troubles. Toujours est-il que la jeune mère au foyer de 35 ans est une miraculée car excepté des os du visage fracturés, elle n’a subi aucun autre dommage corporel : la balle est « juste » entrée dans la joue droite et sortie par la joue gauche !!!

Phrunt et sa mère vivaient à l’hôpital comme il est possible pour les proches des patients en Thaïlande et apportaient ainsi réconfort et soins de base à la jeune femme. Phrunt passait ses journées à remonter le moral de sa soeur, sous le choc et très déprimée : elle s’inquiétait pour son avenir matériel car dorénavant veuve, elle n’avait pas de travail et de surcroit, aucune qualification… limite si elle regrettait que son époux ne se soit pas aussi raté !

Pleine de joie de vivre, Phrunt a pourtant craqué deux ou trois fois devant moi : elle appréhendait le moment où elle allait devoir reprendre son travail, sa soeur toujours apathique.

Phrunt parlait anglais et prenait aussi soin de moi, hospitalisée également, telle une petite soeur. Nous avons fortement sympathisé.

A 15 ans, elle étudiait en Thaïlande et avec ses amis lycéens rêvait de parcourir le monde et d’oser de nouvelles expériences. Jusqu’à ses 22 ans, elle a donc eu une vie dissolue. Une vie qui la menait dans les bars toutes les nuits. Une vie où elle finissait irrémédiablement ivre, parfois couchée dans un caniveau. Ses parents et frères/soeurs la ramenaient au domicile familial, impuissants, honteux et malheureux.

Au début des années 2000, pour des raisons politiques, son père a dû fuir la Thaïlande et s’installer au Cambodge. Phrunt a dû suivre et apprendre le khmer. Cinq longues années d’apprentissage au bout desquelles son père est décédé. Benjamine de la famille, sa mère, alors âgée de 69 ans, inquiète pour l’avenir de sa fille l’a suppliée de consentir à un mariage arrangé. Prunht, consciente du déshonneur et de la souffrance infligée à sa famille pendant sa longue crise d’adolescence s’est alors résignée et a accepté la demande en mariage d’un type, un mi-cambodgien/mi-chinois, croupier dans un casino.

A mon contact, elle s’est souvenue avec nostalgie ses années de débauche où elle fumait beaucoup et me soutenait fermement auprès des infirmières pour que je puisse cloper : « Her body NEED nicotine » qu’elle leur disait.

Pouvant aborder tous les sujets de conversation avec elle, je lui ai avoué mon étonnement/agacement quant aà tous ces couples de vacances, mixtes. D’accord avec moi, elle a toujours refusé de sortir avec des occidentaux et notamment un jeune anglais qui venait invariablement lui rendre visite chaque année a Ko Wai où elle travaillait. Une année, il est venu avec une fille « rent to Pattaya » : Phrunt a été très déçue par son ami et lui demandé de ne plus jamais revenir…

Merci pour tout Phrunt… see you in Cambodia next time !

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