Hôtesse d’accueil sur un mariage de nouveaux riches indiens

Depuis deux ans environ, les Nouveaux Riches Indiens aiment se payer des blanches pour leur mariage. Au même titre qu’un clown, un vendeur de barbes à papa ou une danseuse.

Se payer une blanche à son mariage donne une stature internationale. Autant vous dire que je trouve cette nouvelle mode d’un goût plus que douteux… pourtant j’ai accepté d’y participer histoire de voir de mes propres yeux et évidemment de vous le rapporter !

Le mariage avait lieu à Baroda dans le Gujarat, à dix heures de car de Bombay. Mes seuls éléments avant d’arriver sur place étaient que, moi, une russe et une troisième fille porterions des robes noires sexys avec des chaussures à talons et que nous bosserions de 19h à 23h pour un salaire que j’ai négocié à 3000 roupies soit 50 euros.

(mauvaise négo : j’apprendrais que le tarif normal est de 5000 roupies -84 euros- et de 7000 roupies -117 euros- si l’évènement a lieu hors de Bombay).

Pendant un trajet de nuit dans un confortable bus climatisé, je fais la connaissance de Sara, une russe de 28 ans venue rejoindre une de ses copines mariée à un indien. Sara envisage de s’installer à Bombay et espère devenir distributrice de films bollywoodiens à Moscou. Alice, qui se fera passer pour une philippine est pourtant indienne. Aborigène originaire de l’Assam (au nord-est de l’Inde) plus exactement. Alice ne parle pas hindi. SK, un jeune gars de 21 ans qui bosse dans l’évènementiel a pour rôle d’être notre interlocuteur privilégié, intermédiaire et garde du corps.

Après une fraîche nuit pendant laquelle SK m’a raconté pendant des heures combien sa meuf qui vient de le larguer cause il l’a giflée lui manque, nous arrivons à Baroda. 7 heures du mat’, deux jeunes types viennent nous chercher en auto-rickshaw pour nous conduire à l’hôtel. Baroda est une grosse ville indienne de plus de 2 millions d’âmes, à l’histoire riche mais sans aucun charme. Première déconvenue : nous n’allons pas être logés dans un palace. Dans une guest house cheap, un vieux gras du bide nous jette comme des malpropres cause nous sommes étrangères. Il semblerait que depuis les attaques terroristes en 2008 (leur 9/11, le 26/11), les contrôles de police soient plus fréquents et l’accueil des étrangers très surveillés. Au final, nous partagerons une chambre, dans un hôtel de catégorie moyenne. Chambre dans laquelle nous passerons la journée à paresser : dormir, manger, fumer.

A 17h30, il est temps de nous préparer. SK me tend, ainsi qu’à Alice, une minijupe noire satinée très fendue et une brassière pailletée qui laisse un dos nu avec laquelle le port du soutien gorge est donc prohibé. Sara porte sa propre robe : un petit bout de chiffon noir, synthétique, avec des strass. Oh là là… je n’ose imaginer me retrouver sapée ainsi au milieu d’indiens. Pourtant… je sais le job honnête et ai accepté le deal donc je me vêtis… mais réussi à imposer mon chemisier noir noué sur le nombril pour tenter de ne pas apparaître trop dévêtue. Alice garde un chemisier rose SOUS la brassière au grand désespoir de SK et Sara qui lui disent que c’est cheap et que le client va refuser sa tenue. Alice est au bord des larmes mais refuse de quitter son chemisier. SK file un rasoir à Sara pour qu’elle se rase les aisselles. Nous chargeons sur le maquillage. Au nouveau regard posé sur moi  par SK, il semblerait que la transformation routarde/hôtesse soit réussie. Chouette ! Même pas honte de me balader ainsi au milieu de femmes habillées en sari et d’hommes frustrés sexuellement ! Go to the party !

(en vrai, je suis super anxieuse alors que Sara qui ne connaît que Bombay en Inde ne comprend pas mes appréhensions. Pour elle, c’est un simple taf qu’elle compare à un job d’hôtesse qu’elle a récemment effectué au Taj Mahal Palace pour la sortie d’un parfum en présence du gotha de Bombay. J’essaie de lui expliquer que nous sommes au fin fond du Gujarat et non pas au Taj Mahal Palace mais non, elle ne saisit pas la différence…)

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L’entrée du mariage

18h30, un auto-rickshaw passe nous prendre. Lorsque nous traversons le hall de l’hôtel, sous le  regard des membres du personnel et des clients, j’ai l’impression d’être une call girl… Mon étole couvre nos jambes. Dix kilomètres plus loin, nous pénétrons dans une rue où se tiennent, dans un parc dédié au mariage où se déroulent plusieurs fêtes. C’est la saison. Les astres sont actuellement favorables aux mariages. Rien que dimanche, il paraîtrait que 15000 mariages ont été célébrés à Bombay ! A l’entrée, de kitsch statues en plâtre et des fontaines d’eau. Un long tapis rouge, des spots et une vaste pelouse où traiteurs, photographes, vidéastes et serveurs se hâtent.

(nous apprendrons que le coût de la cérémonie est de 5000 euros tandis que le salaire moyen indien « s’élève » à 1.50 euros par jour).

Alors que nous prenons des photos avec Sara devant l’un des rideaux d’eau, genre Mylène Farmer à Bercy mais en moins impressionnant quand même, un indien, à l’allure occidentale, nous accueille. C’est Nassim, le wedding planner. Il vérifie nos tenues : Alice se fait jeter tandis que mon chemisier noir passe de justesse et Sara est « perfect ». Me sentant un peu plus à l’aise, je lâche mon chemisier à Alice et noue mon étole dans le dos.

Nous sommes placées à l’entrée du jardin, sous des spots, et devons accueillir les invités. Avec Sara, notre rôle est de souhaiter la bienvenue aux invités en joignant nos mains devant notre poitrine et en nous inclinant tandis que Alice et une hôtesse indienne distribuent des roses à tous les invités.

Dans l’ensemble, les regards et sourires des invités sont chaleureux et sincères – voire amusés ; Nassim semble satisfait de notre prestation.

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Nassim, le wedding planner

Chose rare, nous célébrons le mariage de deux couples. Deux frères avec deux sœurs. Mariages arrangés assurément. L’arrivée des couples est romanesque. Feu d’artifice. Limousine blanche immaculée. Notre nouveau rôle avec Sara fut de les suivre et de leur lancer des pétales de roses tout au long du chemin jusqu’à l’estrade où ils passeront la soirée à être féliciter par les 500 invités. Après avoir servi des jus de fruits aux jeunes mariés, nous avons dû papoter avec les invités et poser pour les innombrables photos qu’ils nous réclamaient. Seul un groupe d’hommes aux airs mafieux a tenté de nous tripoter : SK et Nassim nous ont immédiatement sorties de leurs griffes. SK était furieux contre eux. Moi beaucoup moins. Comment ne pas se faire manquer de respect alors que nous portons des tenues provocantes dans un pays où les seules occasions ou presque d’avoir des relations sexuelles hors mariage avec une femme, c’est avec des prostituées ou des occidentales ? Ne jouons pas les hypocrites ! C’était éminemment prévisible ! L’idéal serait évidemment qu’aucune occidentale ne se prête à cette mascarade mais ceci est illusoire : il y aura toujours des filles curieuses, naïves ou ayant besoin d’argent qui accepteront de jouer les sexys potiches. Dans un mariage de nouveaux riches indiens ou au Mondial de l’Automobile à Paris.

(j’ai passé la soirée à me justifier quant à ma tenue. En vain. Toutes et tous trouvaient que cela m’allait à ravir… Les clichés sur les occidentales ont la vie belle et avec cette prestation, je l’ai bien entrenue…)

(par contre, il m’était strictement interdit de fumer. Seules les femmes pauvres ou les femmes issues des hautes classes se permettent ce geste en public)

(à certains mariages, les hôtesses occidentales portent des saris version Bollywood ou le classique pantalon noir/chemisier blanc).

A 23h, Sara et Alice ont commencé à s’agacer car il devenait évident que nous étions bonnes pour des heures supp’ non remunérées… Ce n’est effectivement qu’à 1h30, lorsque les époux ont quitté l’estrade pour dîner avec leur proche famille, que nous avons pu sauter dans un auto-rickshaw en direction de notre hôtel afin de récupérer nos sacs et prendre le premier train pour Bombay. A quelle heure est le train SK ? Comment ça tu n’as pas acheté les billets !?

Alors que nous étions frigorifiées à l’arrière de l’auto-rickshaw avec une longue attente à la gare ferroviaire en perspective, SK nous a perdues dans les rues de Bandora ! Il ne retrouvait plus la route de l’hôtel ! Evidemment, il avait omis de noter le numéro de téléphone et aucune des rares personnes rencontrées ne savait nous renseigner… Habillée comme une pute à 2h du mat’ dans une ville indienne inconnue, j’avais jamais fait…

Bref ! Après avoir tourné plus d’une demi-heure, nous avons enfin retrouve l’hôtel et enfilé nos vêtements. Un train pour Bombay entrerait en gare de façon imminente. Nous speedons. SK court acheter quatre billets au guichet. Nous nous engouffrons dans un train archibondé. Alors que nous enjambions des dizaines de corps allongés dans les couloirs des wagons-couchettes de troisième classe (sleeper : ceux que les routards bookent), Sara est devenue blême en débitant qu’il était en hors de question pour elle de voyager dans ces conditions. « No beggars train » répétait-elle. J’avais beau lui expliquer que ce n’était pas un train peuplé de mendiants mais seulement de voyageurs issus des classes populaires/moyennes, rien n’y a fait… No beggars train.

Nous cédons et laissons filer le train. SK deale alors avec un coolie (un porteur de valises), moyennant bakchich, des couchettes numérotées. Deux heures plus tard et avec une heure de retard, un nouveau train en direction de Bombay entre en gare. Interminable blablabla entre le titi (contrôleur) et le coolie pour une conclusion désarmante : aucune couchette n’est dispo !!! Il est 4h30. Je m’énerve contre SK que je blâme pour son manque de professionnalisme. Comment n’a-t-il pas anticipé que les trains allaient être complets bordel de merde des mes c******s !? Décidant de prendre les choses en main, je pars me renseigner quant aux prévisions éventuelles du jour. Tous les trains sont complets me certifie le guichetier. Il existerait néanmoins une infime chance d’obtenir des places « quota foreigners » ou « quota ladies » à partir de 8h… Je peste. Les filles me calment et me proposent d’aller tenter notre chance à la gare routière… qui n’existe point ! Seules des compagnies privées d’autocars font le trajet Baroda-Bombay. Après  vingt minutes à tourner en rond dans une ville endormie peuplée de chiens errants, nous trouvons un mec qui ouvre son bureau. Deux bus relient Bandora à Bombay nous apprend-t-il. Le premier est parti y a un quart d’heure. Le second est a 18h. Fou rire nerveux général.

Retour à la gare ferroviaire où nous tentons d’élaborer un nouveau plan. Sur le parvis, j’allume une clope. SK me taxe la dernière. Soudain, six flics nous assaillent littéralement : il est interdit de fumer dans les lieux publics en Inde. Nous sommes à dix mètres de l’entrée de la gare et à deux de la sortie. Nous leur expliquons nos déboires. Notre histoire ne les amadoue point. Agressifs, ils menacent SK de l’emmener au commissariat où ce serait le passage à tabac assuré. Nous tentons avec Sara et Alice de les faire changer d’avis mais le ton monte et les mots « event » et « tourist » résonnent dans ma tête… S’ils décident de vérifier mon visa, c’est l’expulsion immédiate cause travail au  noir. Je fais alors profil bas et commence sérieusement a flipper tout comme Alice qui sait de quoi est capable la marée-chaussée en Inde.

(de multiples cas de viols par des flics sont notamment relatés dans les journaux)

Nous écopons finalement SK et moi-même d’une simple amende de 100 roupies (1.50 euros) chacun.

Nous retournons à la gare, re-dealons avec un coolie et ré-attendons un train en retard. A 6h30, Sara cède et nous nous allongeons enfin sur des couchettes en troisième classe. Amen !

Une pensée sur “Hôtesse d’accueil sur un mariage de nouveaux riches indiens

  • 2 décembre 2010 à 10:10
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    Arf comme quoi il y a mille façons de voyager en Inde 😉

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