Première journée à Caracas, Hugo Chavez au balcon !

Que je vous explique pourquoi je suis aujourd’hui au Venezuela (ma première fois sur le continent américain ! )

L’été dernier, alors que je rendais visite à mon vieil ami calabrais, Emilio, un appel téléphonique de Miguel, son meilleur ami a interrompu notre passionnante conversation sur les relations hommes-femmes. Miguel, je l’ai croisé deux ou trois fois lorsqu’il était étudiant en philosophie à Paris, au début des années 00 : je les avais même emmenés à la Fête de l’Huma m’a rappelé Emilio. Jusqu’à l’été dernier, je ne savais point ce que le petit étudiant vénézuélien était devenu. Hé ben, figurez-vous qu’il est devenu un analyste politique très influent par le biais notamment de Cayendo y Corriendo, une émission qu’il anime sur la chaîne nationale Venezolana de Televisión ! Un tweet de Hugo Chavez (qui lui dit en moins de 140 signes qu’il a regardé et aimé avec Fidel Castro son émission !!!) a fini par asseoir sa popularité. Bref ! Miguel, un jour radieux en Calabre, a interrompu notre conversation avec un appel téléphonique qui bouleverse une vie : il a alors proposé à Emilio de le rejoindre à Caracas pour l’aider notamment à repenser l’espace public dans la capitale vénézuélienne. En deux mois, Emilio liquida toutes ses affaires, quitta patrie et famille pour participer activement à la révolution bolivarienne de Hugo Chavez.

Six mois plus tard, je décidais de me rendre à Caracas pour partager quelques jours de sa nouvelle vie et en profiter pour visiter le pays où se mêle la Cordillère des Andes, l’Amazonie et la mer des Caraïbes.

Le lendemain de mon arrivée, les chavistes célébraient les dix ans du retour au pouvoir de El Commandante, après un coup d’état de deux jours. Les avenues du centre ville rougeoyaient. Les drapeaux vénézuéliens flottaient au-dessus d’une marée humaine. L’ambiance était détendue et festive. Les caraqueñas et caraqueños défilaient entre amis, collègues et autres camarades de lutte. Une salsa tonitruante s’échappait d’enceintes saturées embarquées à l’arrière de pick-up. Un sosie du Che Guevarra m’a taxé du feu. A peine, me remettais-je de mon émotion liée à sa ressemblance frappante (Ernesto ou qui que tu sois, veux-tu m’épouser !?) qu’il avait disparu dans la foule… C’est que j’ai presque retrouvé une âme de militante vingtenaire dans toute cette effervescence, si loin du cliché que je me faisais d’un peuple oppressé par un dictateur ! Les rues étaient pleines de gens des barrios (bidonvilles), d’étudiants communistes, trotskystes, anarchistes et de familles. Quelques banquiers cravatés regardaient le cortège des marches de leur succursale close. Des vendeurs de churros faisaient des affaires et les riverains se pressaient aux fenêtres pour manifester leur soutien.

http://dai.ly/x323n71

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En fin de journée, Hugo Chavez est apparu sur des écrans géants, interrompant les discours et slogans scandés sur des scènes improvisées ainsi que les musiciens de salsa, rumba et samba qui échauffaient les corps libres et enfiévrés des vénézuéliens. J’ai supplié Emilio de m’accompagner au pied du Palais présidentiel afin de voir en chair et en os, celui qui emmerde les américains et européens. Pas que je sois une fervente admiratrice (mes connaissances géopolitiques sur la région sont trop limitées pour me forger une réelle opinion sur le personnage) mais par pure curiosité, je voulais assister à ce moment qui se présenterait certainement qu’une fois dans ma vie, me disais-je. Alors que Hugo Chavez discourait sur aller ou pas à Carthagène en Colombie au Sommet des Amériques en présence de Barack Obama et donnait des nouvelles de son traitement contre le cancer, j’observais, totalement médusée, la foule enthousiaste qui faisait corps avec son leader politique…

La soirée s’est poursuivie en sirotant une bière sur les marches d’une des places les plus populaires de Caracas entre des vieux qui jouaient aux dominos et des jeunes qui faisaient su skate avant de continuer à siroter des bières dans un bar de bobos où un homme, d’une branche armée de je ne sais quel groupuscule d’extrême-gauche m’a proposé sympathiquement une visite de son barrios

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Bref ! Caracas où comment casser tous mes préjugés sur l’une des mégalopoles dite les plus dangereuses du monde, en une seule journée.


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Miguel avec Castro le 31 mars 2013

ACTUALISATION 2015 // Miguel Ángel Pérez Pirela, a eu une « rencontre personnelle » pendant plus de quatre heures, trois semaines après le décès de Chavez, avec Fidel Castro ! «Sans aucun doute, c’est l’un des êtres humains les plus intelligents de l’Amérique latine et de l’humanité», a-t-il déclaré à la presse, signalant que Castro lui a donné « des bons conseils et des conclusions issues de ses analyses sur le Venezuela, l’Amérique latine et le monde, à une époque où les Vénézuéliens restent dans la douleur et la tristesse suite à la mort de Chavez ». (NDRL : Hugo Chavez est officiellement décédé le 5 mars 2013 soit 11 mois après que j’écrive cette note)

Quant à Emilio, il vit toujours à Caracas, est toujours photographe et travaille notamment  activement avec Miguel pour La Iguana TV. Je me souviens qu’il me répétait que ce qui était génial au Venezuela, c’est qu’il pouvait refaire le monde autour d’un whisky dans un pub enfumé mais qu’à la différence de Rome ou Paris, le lendemain, ses compagnons mettaient en pratique ce qui s’était dit… Il ajoute se sentir plus utile là-bas. Il méprise dorénavant l’Europe.

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