Idul Fitri : la fin du ramadan

Même si nous voyageons dans le plus peuplé pays musulman au monde depuis un mois, nous ne rencontrons pas de potes de Mahomet : Bali est hindouiste à 95% et le Timor Ouest, un mix de protestantisme, catholicisme et animisme. A Kalabahi sur l’île d’Alor, nous rencontrons enfin nos premiers musulmans et fêtons la fin du ramadan avec eux (Idul Fitri qu’ils disent).

Alors que nous pensions la fin du ramadan le 9 août, le 8 au soir, nous entendons un appel à la prière plus long que d’habitude. A la fin du repas, avec Marcello notre nouveau pote néo-zélandais (caméraman à Doha pour Al Jazeera pendant quatre ans, il s’en retourne peu à peu dans son pays avec sa copine danoise, férue de plongée comme lui), nous décidons de suivre l’appel du muezzin par curiosité. Nous avions repéré plusieurs grandes mosquées. Une ribambelle de gamins décident de nous mener à l’une d’entre elles. Arrivés sur l’esplanade, nous n’osons pénétrer à l’intérieur de l’édifice religieux d’autant plus que j’ai laissé mon étole dans la chambre. Pourtant, des hommes souriants nous invitent à entrer ainsi. Une touriste française qui nous colle porte même une mini-jupe mais cela ne semble pas les interpeller à notre grande surprise… Pour tout vous dire, j’ai voyagé dans maints pays musulmans (Maroc, Mauritanie, Syrie, Tunisie, Turquie etc) et c’est bien la première fois de ma vie que j’entre dans une mosquée sans voile. Bref ! A l’intérieur, des enfants braillent sans aucune harmonie des sourates dans un micro. Nous restons tout de même quelques minutes. Un couple entre à son tour. La femme nous aborde :

« Que faites-vous ici ?

– Euh… Nous avons entendu du bruit et nous voulions savoir ce qu’il se passe. Le ramadan s’est fini aujourd’hui !?

– Oui, aujourd’hui. Vous êtes musulmans ?

– Non… Nous sommes juste des touristes curieux de connaître les traditions musulmanes
dans votre pays…

– Vous êtes chrétiens ?

– Oui, nous sommes catholiques. »

 (en vrai, ce n’est pas tout à fait exact mais je trouve plus simple de ne pas heurter les locaux avec notre scepticisme à la française. A quoi bon toujours expliquer ce qu’est être athée ou agnostique alors que dire que nous sommes catholiques enterre le sujet « religion » et permet de passer à d’autres sujets de conversations plus intéressants à mes yeux ? )

Suite à cet échange, Ibu Sirli nous explique qu’elle est la secrétaire de cette mosquée et qu’elle nous invite le lendemain à célébrer la fin du ramadan avec sa famille. Waouh ! Nous espérions vivement recevoir une telle invitation mais nous ne pensions pas que ce serait aussi simple !

idul fitri

Le lendemain, sur les conseils de Sirli, nous nous levons aux  aurores pour assister à une prière en plein air sur la place principale de Kalabahi. Je porte un voile à la demande de Ibu Sirli. A notre arrivée, des centaines d’hommes et de femmes ont déjà installés leur tapis de prière. Les hommes sont dans les premiers rangs tandis que les femmes se tiennent dans les derniers, les enfants sous le bras ou pendus à leur djellaba. Tous portent leurs plus beaux habits. Le blanc est la couleur majoritaire mais selon les classes sociales, les habits scintillent plus ou moins : certaines portent des combinaisons-pantalons fluides perchées sur des stilettos. Nous nous faisons la remarque avec Matthieu qu’en Indonésie, les femmes musulmanes sont globalement plus élégantes, plus charismatiques que les chrétiennes. Etre musulman en Indonésie assure-t-il de meilleurs revenus ? Une meilleure éducation ?

femmes idul fitri

Alors qu’un muezzin entre en scène face à une foule de plus en plus impressionnante, des retardataires courent et s’installent sur les trottoirs. De notre côté, nous restons debout, à côté des rares policiers présents, les seuls autres « spectateurs ». Tout le monde nous sourit. L’atmosphère est agréable. Nous nous sentons pas du tout mal à l’aise. Nous nous présentons comme des sympathisants venus partager joie et bonheur avec leurs concitoyens musulmans. La prière débute et lorsque ces milliers de gens s’agenouillent ensemble en répétant « Allah est grand », mes poils s’hérissent : la ferveur religieuse d’une foule me fait souvent cet effet. Cela dit, excepté dans certains temples hindous, je n’ai jamais ressenti un tel apaisement : nous tous ne faisons plus qu’un avec Dieu, avec l’Univers. Le temps se suspend pendant cette prière. Plus de discordances, plus de guerres. Nous sommes tous des citoyens du monde.

A l’issue de la prière, le muezzin se lance dans un prêche qui n’intéresse plus grand monde. Beaucoup désertent pour fumer une clope. D’autres restent assis mais lisent les pages sportives du quotidien local…

(Pour l’anecdote : pendant la prière, une sexagénaire s’est effondrée et a été évacuée. Portée à bout de bras par une dizaine d’hommes jusqu’à l’hôpital à quelques centaines de mètres, elle est décédée à son arrivée… )

Alors que la foule se disperse, nous retrouvons Ibu Sirli (photo ci-dessus) qui nous dit nous avoir cherché afin que nous prions avec elle. Elle nous dit devoir filer car les premiers proches amis ne vont pas tarder à passer chez elle. C’est ainsi que se fête Idul Fitri. Le deuxième jour, la famille se réunit et est rejointe par les amis proches autour du partage de plats traditionnels. Le troisième jour, chacun visite ses amis plus éloignés. Sur le chemin de la maison de Sirli, nous sommes assaillis par les gens qui souhaitent nous prendre en photo. J’en profite pour en faire aussi quelques-unes entre deux sourires.

famille

Alors que Matthieu tombe amoureux des filles de Sirli, je découvre des saveurs nouvelles comme ce riz gluant mêlé à de la banane dont je ne me souviens plus le nom. Appelée par Sirli, nous rencontrons Mila, une jeune professeur d’anglais qui travaille aussi pour Sail Komodo 2013 : son job est d’accueillir les plaisanciers et enregistrer leurs demandes en eau etc. Elle nous explique qu’elle a passé une journée affreuse la veille car sur huit bateaux français, seul un membre d’équipage se débrouillait en anglais… Sacré frenchies ! Au fil de la discussion, Mila nous invite chez elle afin de nous présenter sa famille (ci-dessous avec sa mère). Ses parents sont adorables : simples, chaleureux, généreux et très heureux d’accueillir deux « boulés » chez eux. Nous retournerons les voir avant notre départ tellement nous avons été touchés par leur hospitalité.

mila

En ce jour de Idul Fitri, nous nous sommes sentis aussi privilégiés que deux indonésiens qui ne piperaient pas un mot de français, invités dans une famille versaillaise à la sortie de la messe de minuit, le jour de Noël (sauf que c’était plus rigolo).

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