Sur une île déserte de la Sonde, au large d’Alor

Suite à notre rencontre avec Mister Yusuf et sa famille grâce à la magie des internets, nous voilà en route pour une île déserte. A marée haute, une plage de sable blanc immaculé et un lagon turquoise m’ont fait l’impression, la veille, de retrouver des sensations pré-natales.

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A marée basse, des dizaines d’indonésiens ramassent des oursins dont ils déversent le contenu gélatineux dans des bouteilles d’eau minérale vides. Des crabes sont aussi attrapés pour accompagner leur riz blanc. Les pêcheurs de ce côté-ci de la baie de Kalabahi sur l’île d’Alor vivent dans des maisons en bois et ne possèdent pas de Honda 110, la reine des pétrolettes en Asie du sud-est (copyright Olivier R.). Pour se déplacer, ils utilisent des camions-bennes où dans les meilleurs cas, des planches font office de bancs. Quant c’est jour de marché, tout le monde est entassé debout dans la benne et s’appuie sur son voisin pour ne pas tomber à la renverse lorsque le camion peine à circuler sur ces routes parsemées de nids-de-poules ; les infrastructures routières sont peu développées sur l’île d’Alor, longue de 130 kilomètres environ et large de 50. A tel point que des tribus primitives, coupées du monde moderne, y vivent encore en 2013 !

Après une demi-heure de marche à marée basse, nous arrivons sur la plage principale. Yusuf et son fils Billy qui nous accompagne aussi s’activent à installer les moustiquaires. La mère de Yusuf a déjà allumé trois feux de bois. Sa petite-fille l’aide à préparer le dîner. Nous nous sentons inutiles dans cette organisation bien huilée où chacun a une tâche à accomplir avant la tombée de la nuit. Je profite alors des dernières lumières pour prendre des photos tandis que Matthieu se baigne une dernière fois avant l’orgie du lendemain lorsque la marée sera haute. Alor n’est pas (encore) une île dédiée au tourisme (excepté sur Pulau Kepa où un couple de français tient un eco-resort) mais les locaux sont très accueillants avec les étrangers. Ils rêvent pour la plupart que le tourisme (sans conscience de ses effets néfastes) leur apporte des revenus complémentaires à l’instar des locaux de Lombok ou Bali où nous avons, par exemple, rencontré un sympathique gars qui travaille durement dans les rizières en basse saison et s’improvise chauffeur de taxi en juillet/août.

Sunset alor

De retour sur le campement avec des dizaines de piqûres de moustiques sur les chevilles/pieds, je me badigeonne de Insect Ecran Spécial Tropiques. De nouvelles personnes se joignent à nous autour du feu. Certains tentent de se couvrir les bras et les jambes avec des bâches en plastique. Nous nous faisons littéralement bouffer par ces salles bestioles vectrices de maladies aux noms que les médecins de l’Institut Pasteur se plaisent à te répéter en boucle : encéphalite japonaise, paludisme (malaria en anglais) et dengue…

(Si cette île reste déserte, apprendrons-nous, c’est parce qu’elle est infestée de moustiques. CQFD)

Campement

On nous sert de beaux poissons grillés que nous mangeons avec voracité tout en demandant aux uns et aux autres s’ils veulent partager. « Sudah » qu’ils nous répondent. Ce qui signifie « déjà ». Je me demande bien quant est-ce qu’ils ont déjà mangé… Peut-être ne dînent-ils pas ? Marre de bouffer du poisson ? Pas assez de riz pour faire deux repas par jour ? Nous n’aurons jamais la réponse mais toujours est-il que personne ne mangera de poissons avec nous. Nous n’avions pas anticipé une telle équipée pour cette nuit à la belle étoile sur cette île déserte qui nous fascine. Nous avions prévu d’acheter du poisson aux pêcheurs et de l’accompagner avec des bananes, une noix de coco et des tomates, achetées sur le marché. Nos bananes font fureur. La noix de coco a moins de succès et les tomates sont poliment refusées. Tout au long de la soirée, des hommes débarqueront avec un barracuda à griller ou juste pour se réchauffer au coin du feu. L’un d’entre eux retiendra tout  particulièrement notre attention : maigrelet, juste vêtu d’un slip noir, il retire ses kreteks (cigarettes aux clous de girofles) de ses longues dreadlocks ! Le cœur ne semble pas être à la chansonnette : un des fils de Yusuf pleurniche parce qu’une piqûre infectée sur une jambe le fait souffrir. Son grand frère, Billy lui gratte sa plaie avec sa machette !!! Help ! Mister Matteus ! La Bétadine please !

Avant de nous coucher, nous décidons de nous éloigner un peu pour admirer le ciel étoilé sans pollution lumineuse. Billy, son jeune frère et leur sœur courent après des petits crabes translucides. Nous les aidons à les repérer dans le banc de sable avec notre lampe-torche. C’est que ça trotte vite c’te bestiole mais paf un coup de machette (la même que pour soigner la plaie) pour les assommer et hop dans la gamelle. Le seau plein, les trois enfants, les font griller sur le feu et semblent s’en délecter. Est-ce par gourmandise ? Par faim ? Mais pourquoi ne pas manger de poisson alors ? Que de questions sans réponses cause notre faible niveau en bahasa indonesian…

Pecheurs

A minuit, nous les laissons à leur conversation que nous ne comprenons pas pour nous enrouler dans nos draps. Notre couverture de survie nous protège de l’humidité du sable. Exceptés la mère de Yusuf et les enfants, tous semblent attendre l’heure de partir en mer sur leur pirogue où seuls trois membres d’équipage peuvent prendre place. A 3h du mat’, peinant à dormir, nous nous relevons et fumons une dernière clope avec eux avant leur départ en mer. Levée à 5h30, le campement est plié ! Tous sont partis. Les braises sont éteintes. La vaisselle a disparu. De suite, je pense à mon café que je n’aurais pas… Hum, je sais. Une famille revient de pêche et extirpe des poissons d’un filet. Je les aide (ça poisse…). Yusuf réapparaît : il m’explique que sa fille reste avec nous et qu’il revient bientôt. Je lui montre nos deux sachets de café solubles et lui demande s’il y a moyen de nous ramener une casserole… Il revient une demi-heure plus tard, débordant de joie car il vient de vendre un poisson à 100 000 sur le marché, avec un litre de café au lait chaud (et de nouveaux poissons à griller pour le petit-déj’) !!!
A ce stade du récit, que vous sachiez, nous n’avions pas imaginé une seule seconde que notre nuit à la belle étoile se déroulerait ainsi… Nous pensions qu’il nous fallait juste demander la permission aux locaux et s’enquérir de la faisabilité du truc : qu’ils nous accompagnent tous, qu’ils nous nourrissent abondamment, qu’ils nous abreuvent de café et qu’ils mobilisent une adolescente pour notre confort/sécurité n’était pas à notre programme ! Avec Matthieu, nous nous mettons d’accord sur une somme d’argent à donner en échange de toutes ses facilités offertes et tendons nos billets à Yusuf qui les refuse ! Nous n’avions effectivement pas parlé d’argent mais compte tenu du déroulé, nous insistons… d’autant plus que nous ne savons pas s’ils avaient prévu de camper sur l’île ce soir-là !

(il s’avérera que c’était prévu)

(même qu’ils ont remis ça le soir suivant)

(sans nous)

(ça pique trop)

Matt saut

Le lendemain, nous barbotons dans l’eau turquoise toute la journée avant de repartir à marée basse et de repasser boire un dernier café avec Mister Yusuf et sa charmante famille.

(Big up à son papa qui, grâce à sa patience infinie, nous a permis d’avoir une première, plus ou moins, correcte conversation en bahasa indonesian)

2 pensées sur “Sur une île déserte de la Sonde, au large d’Alor

  • 7 décembre 2013 à 23:08
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    Waouh! c’est vraiment merveilleux l’Indonésie, ça me donne l’envie d’y aller.merci pour ce partage et bonne continuation

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  • 14 octobre 2013 à 04:40
    Permalink

    Recit tres original et photos magnifiques…ca change des feuilles rouges du Quebec et de notre faune locale automnale (moufettes, porc-epics, ours bruns…).
    Heureuse d’avoir des nouvelles du frangin…

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