Après le jardin d’Eden, Hébron… (Part. One)

Adam et Eve auraient vécu à Hébron après s’être fait chassés du jardin d’Eden. Ca pose l’ambiance, hein. La présence du Tombeau des Patriarches où reposent Abraham, Isaac et Jacob en fait un lieu sacré aussi bien pour les juifs, les chrétiens et les musulmans. Du coup, c’est le bordel.

Hébron se distingue des rares villes encore sous autorité palestinienne comme Bethléem, Jéricho, Jénine, Ramallah ou Naplouse par la présence de cinq colonies juives installées en plein centre ville (et d’autres plus vastes à la périphérie) ! La ville est ainsi divisée en deux zones distinctes : H1 (sous contrôle de l’autorité palestinienne) et H2 (sous contrôle militaire israélien).

Trois sérieuses (mais controversées) structures organisent des visites guidées de la ville : Green Olive (agence de voyage alternative), AECHF (association d’échanges culturels entre Hébron et la France) et la bête noire du gouvernement israélien Breaking the Silence, une ONG composée d’anciens militaires israéliens, qui sous couvert d’anonymat, racontent leur vécu et dénoncent des agissements selon eux condamnables comme à Gaza l’été dernier. Malheureusement, ni Green Olive ni Breaking The Silence n’organisaient de visite de la ville à la date à laquelle je souhaitais me rendre à Hébron. Sur place, dans les locaux de AECHF, j’ai appris qu’il y avait eu un tour le matin… Tant pis ! J’aurais dû mieux m’organiser.

Heureusement, j’ai rencontré Mo’ et Amar.

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Mo’ est un trentenaire palestinien, ayant vécu dans des métropoles en  Jordanie, Irak et Arabie Saoudite, revenu sur sa terre natale, il y a cinq ans. Comptable à l’hôpital, il s’ennuie dans cette petite ville qu’il décrit très conservatrice et où il est impossible d’acheter une seule goutte d’alcool. Inscrit sur le site couchsurfing.org depuis 2012, je suis le 250e environ touriste qu’il héberge !!! Son salon, peint en blanc, est couvert de graffs et de remerciements écrits dans des dizaines de langues. Une pièce avec trois matelas sur le sol est dédiée à ses hôtes internationaux. Cette frénésie pour donner du sel à son quotidien bien sûr, lui qui dit ne pas avoir d’amis à Hébron, pour voyager alors qu’il n’a même pas l’autorisation d’aller à Jérusalem et aussi pour rencontrer la femme de sa vie… Pas sûre du tout que le fait qu’il permette à un grand nombre d’étrangers de se rendre compte physiquement de la situation politique à Hébron soit une motivation : Mo’ était ni dans la revendication ni la vindicte plutôt blasé/résigné/dépité et pour tout dire… déprimé.

A mon arrivée, il avait juste envie de se libérer l’esprit, picoler et rigoler. Avant de lui offrir de la blagounette, fallait quand même (puisque j’étais là !) que j’aille me promener et tenter de comprendre ce que je foutais ici, à Hébron, au lieu de me la couler douce sur une plage de Tel Aviv…

Dans les ruelles du marché d’Hébron, je ne me sentais pas très rassurée. En vrai, je n’étais absolument pas en insécurité, c’était juste dans ma tête : dés lors que les médias parlent de la Cisjordanie, c’est pour nous raconter des histoires de terroristes. Pour moi, qui dit « terroristes » dit « kidnapping » dit « cou tranché avec sabre devant une caméra » dit « vidéo publiée sur Youtube avec des bandeaux en arabe » dit « c’est la merde ».

A Hébron, à la grande différence de Jérusalem, je reçois de nombreux sourires et entends mes premiers « Where do you come from ? », « What is your name ? », « You are beautiful ». De nombreux hommes me disent « Welcome » comme si c’était le seul mot en anglais qu’ils connaissaient et qu’ils savaient qu’en le prononçant, ils me décrocheraient un sourire. Un type m’accoste et me propose d’être guide. Sur la défensive, je le rejette dans un automatisme de touriste apeurée.

Alors que je me balade avec mon Lonely Planet dans les mains pour trouver l’entrée de la mosquée d’Ibrahim, un gars me hèle violemment : « You’re not in Israël ! Here, this is PA-LES-TI-NE ! » Qu’est-ce qu’il m’emmerde celui-là !? Ca va, j’ai compris que je suis en Cisjordanie, dans les Territoires palestiniens, en Palestine donc. Mon livre !? Ah oui. Oui. Désolée, oui. Bah oui, y a écrit Israël sur la couverture en gros et au dessous en plus petit « et les Territoires palestiniens ». OK, OK. Je le range dans mon sac. Sourire contrit qu’il balaie de la main comme s’il voulait juste me rappeler les b-a.ba. En toute amitié, quoi.  C’est à ce moment précis que refait surface Amar… qui me suivait donc ! Tu me suis bordel de merde !? T’es vraiment guide ? Pas un vrai guide mais tu arrondis tes fins de mois comme cela ? Hum. OK mais je te paie un peu moins qu’un guide officiel ? Je te donne ce que je veux à la fin ? OK, faisons ça.

Et là, c’est parti pour deux heures d’hallucination totale…

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