Mon premier « rôle » à Bollywood : mère de Katrina Kaif !

Incredible India ou comment je me suis retrouvée à figurer la mère de la seconde actrice la plus bankable d’Inde, Katrina Kaif  (et par conséquent, la belle-mère de l’un des 3/4 plus célèbres acteurs indiens : Hritik Roshan)

Tout a commencé par une belle nuit où j’avais rendez-vous à minuit avec une vingtaine d’autres voyageurs occidentaux pour un shooting à quatre heures de route de Colaba où nous résidons. Dans le bus, je sympathise rapidement avec une croate, Olga, 42 ans, fraîchement débarquée en Inde et prête pour un périple en solo de six mois. A 4h du mat’, nous atteignons le lieu de tournage dont nous ne savons, comme à l’habitude, rien ou presque. Hormis le fait que c’est un film avec Hritik Roshan dont je me demande s’il va détrôner Irrfan Khan dans mon coeur de midinette, rien n’a filtré. Epuisés par la route, la production nous accueille avec un copieux petit-déjeuner. Tandis que nous avalons nos oeufs durs, un assistant réal’ s’approche de Olga et lui demande si elle est d’accord pour rester deux jours consécutifs : ils recherchent désespérément une européenne pour incarner la mère de l’actrice principale pour le tournage d’une chanson.

(Dans la plupart des films de Bollywood, six-sept séquences musicales remplacent des scènes qui seraient dialoguées dans notre cinéma. Pour ce film-ci, par exemple, la scène du mariage entre les deux personnages principaux ne sera donc pas dialoguée mais chantée et dansée)

(Bollywood abuse de figurants -indiens et étrangers-  pour des scènes de mariages/fêtes religieuses/soirées dans des discothèques sensées se dérouler en Inde ou à l’étranger mais aussi pour toutes les scènes dans des lieux publics essentiellement tournées en studio. Souvent, les figurants ne sont que des ombres floutées en arrière-plan mais parfois ils peuvent figurer un personnage que les spectateurs identifieront même si celui-ci n’a pas de dialogue)

(le cinéma de Bollywood est commercial et a pour vocation de divertir et faire rêver les masses. Les budgets sont colossaux : plus de dix millions d’euros pour les blockbusters. Ce sont des films aux décors grandiloquents et aux couleurs vives où les acteurs apparaissent dans des costumes dessinés par les plus grands créateurs indiens et où le moindre figurant passe entre les mains d’habilleurs/maquilleurs/coiffeurs même s’il n’apparait jamais dans le champ de la caméra).

Olga hésite à accepter car elle doit partir le lendemain pour Goa. Alors que je l’encourage à saisir cette occasion qui ne se présentera certainement qu’une fois dans sa vie, la production trouve des solutions à tous ses problèmes de logistique. Banco ! Olga interprètera la mère de Katrina Kaif ! Cool ! J’aurais une copine pour ces deux jours de tournage !

Après le petit-déjeuner, alors que nous espérions tous nous reposer, nous passons entre les mains d’habilleuses, de maquilleurs et de coiffeurs : toutes devons porter de jolies robes de cocktail aux couleurs pastelles et nous faisons faire des chignons parsemés de fleurs blanches. A de vraies demoiselles d’honneur ressemblons-nous alors que les hommes enfilent des kurtas (vêtement traditionnel pour les hommes).

Alors que je tente de faire une sieste dans un coin isolé, un assistant de prod’ vient me chercher. Il semblerait que ma tenue ne convienne pas. Je retourne donc voir Rasha, une jeune et funky habilleuse qui me tend alors un sari. Quoi donc !? Je ne peux plus m’enorgueillir avec cette jolie robe !? « Bah non.  Finalement, tu seras la mère de Katrina Kaif ! » me lâche-t-elle. Quoi !? Olga ne veut plus rester deux jours !? Je ne comprends rien mais suis super excitée à l’idée de figurer un personnage ! Après enfilage de mon nouveau déguisement, on me présente la première assistante qui me balance, dédaigneuse : « Elle a accouché de Katrina Kaif a 5 ans !? ». « Non, a 11 ! », je rétorque, agacée.

Finalement, je suis quand même gardée pour le « rôle » faute d’occidentale plus âgée, sous la main : on me présente un sexagénaire indien, « mon époux » et une quinquagénaire indienne, la mère du fiancé. Nous serons les trois figurants à devoir rester près des six acteurs principaux en permanence pendant les deux jours de tournage de cette chanson, sous la houlette d’une réputée chorégraphe.

(pour le tournage des séquences musicales, le réalisateur n’est plus le directeur du plateau : le/la chorégraphe prend le relais)

(outre Katrina Kaif et Hritik Roshan, les autres acteurs sont les sympathiques Farhan Aktar et Abhay Deol ainsi qu’une starlette espagnole Ariadna Cabrol et une française, née en Inde : ses parents, hippies, ont migré à Auroville dans les années 70 et n’ont jamais décollé de l’Inde. Kalki Koechlin a reçu l’année dernière l’équivalent indien du César du meilleur jeune espoir féminin)

Pour la première scène, Hritik Roshan doit donner un morceau de la pièce montée à Katrina Kaif puis ils doivent boire au goulot du Champagne rosé. Mon « mari » qui se considère comme un acteur même s’il n’a pas de texte nous présente d’entrée aux deux mégastars : « Bonjour, je suis votre père et beau-père et voici votre mère et belle-mère. » Hritik, affable, nous serre la main tandis que Katrina lance ironiquement à mon « mari » : « Ah ? Je suis européenne ? » « Moitié-européenne, moitié-indienne a dit la production » m’immisce-je dans la conversation. Quelle effrontée dois-je faire puisqu’elle me balance un regard-qui-tue et me zappera jusqu’à la fin du tournage à l’exception d’une fois où elle sera obligée de  me prendre dans ses bras ! Hahahaha !

(Katrina Kaif cartonne depuis ces trois dernières années : tous les films dans lesquels elle joue explosent le box-office indien à tel point qu’elle traîne une réputation de « mascotte ». Katrina Kaif est métisse anglaise et indienne mais des rumeurs disent que son père, citoyen anglais, n’est pas d’origine indienne mais pakistanaise (ô sacrilège). Elle est née à Hong Kong où elle a vécu ainsi qu’à Hawaï et en Angleterre. Katrina Kaif ne parle pas hindi : sa voix est doublée !!! Elle mentirait sur sa date de naissance : elle n’aurait pas 25 ans mais 30. J’imagine que toutes ces rumeurs avérées ou non la gonflent et qu’on lui file une française de 36 ans comme mère gave…)

(dans tous les cas, elle est la plus sexy et charismatique actrice que j’ai vu sur un plateau, ces trois dernières semaines. Exit Asin, Sonam Kapoor et Deepika Padukone).

Bah ouais les gars, j’ai serré Katrina Kaif dans mes bras à l’occasion de la scène d’échange des anneaux !  Jaloux, hein !? Elle sent bon. Mouarf. Que je vous raconte cette scène mythique ! Alors que les six acteurs et les trois membres des familles sont sur une estrade, des enfants donnent les anneaux aux deux mariés qui doivent se les échanger avant d’être féliciter par nous… Katrina ne sait pas à quel doigt porter l’alliance et lance coquine à Hritik : « Je ne suis pas mariée, moi ! » Ouais, Katrina est une allumeuse et une peste… je l’appellerais « bitchy daughter » pendant deux jours. Bref ! C’est le moment que choisit mon mari pour balancer à Hritik et Katrina que nous sommes prêts lui et moi à les prendre dans nos bras pour plus de crédibilité. C’est que nous incarnons les parents de la belle, quoi ! Tandis que Hritik acquiesce, Katrina balance a son collègue : « Tu as de la chance toi : tu as une mère ! T’as vu la mienne !? ». Grand moment de solitude que je vis. Que faire ? Je crois que je n’ai qu’une seule option : serrer les dents et sourire. Sur le coup, j’en veux un peu à la production de m’avoir mise dans cette inconfortable situation. Alors que je ne suis pas à l’aise à quelques secondes du « Action ! », Hritik fait signe à mon « mari » de s’approcher d’eux, genre bras dessus/bras dessous tout en lui demandant, pour être sûr : « Qui est votre épouse ? » Je lève timidement le doigt… Hritik me sourit avec indulgence et me fait signe d’approcher aussi au grand dam de ma bitchy daughter qui demande à Kalki de se planter devant moi, histoire que je n’apparaisse pas à l’image !  Nous ferons quatre looooongues prises. Ouf que Farhan Aktar se jettera dans mes bras à chacune des prises : je me sentirais moins isolée. Une fois, dans l’allégresse d’une prise, Katrina se retournera croyant trouver Kalki mais non… elle se retrouve face à moi. Une demi-seconde d’hésitation plus tard, j’ouvre mes bras pour qu’elle se jette dedans : elle n’a pas d’autre choix que de le faire si elle ne veut pas apparaitre goujate devant toute l’équipe… Ce sera ma petite revanche.

(après cette scène, Olga me certifiera que c’est officiel : Katrina Kaif me déteste !)

(quant à mon « mari », il m’avouera avoir vécu dans un rêve pendant deux jours…)

Le lendemain, une autre scène sera beaucoup plus excitante à tourner : celle ou Hritik danse jusqu’à l’estrade avant l’échange des anneaux. La famille est en contrechamp au bout. En clair, le BG Hritik danse dans notre direction : l’espace d’une fraction de seconde dans mon joli sari bleu alors que Hritik Roshan s’approche de moi, charmeur, je suis une Bollywood Star !

(est-ce que je vous raconte la scène où on a fait les pas de danse de la choré officielle avec les acteurs ou j’en fais trop !?)

(j’apprendrais de la bouche d’un assistant réal’ que Olga n’a pas été gardée par le rôle car habillée, coiffée et maquillée, elle n’était pas assez jolie pour être la mère de l’actrice indienne la plus hot !!!)

(impossible de prendre des photos autrement que volées…)

Bref ! Zindagi Na Milegi Dobara sera sur les écrans indiens le 27 mai 2011.

Actualisation 2015 // Ci-dessous la fameuse séquence du mariage qui finalement s’avère être le générique de fin du film… Je suis largement absente à l’image par rapport à mon mari (et à la mère de Hritik) et la séquence où l’on se sert dans nos bras, coupée au montage. Snif. Reste d’excellents souvenirs et plus particulièrement la choré avec les acteurs et être en contrechamp quand Hritik Roshan avance dans l’allée !

2 pensées sur “Mon premier « rôle » à Bollywood : mère de Katrina Kaif !

  • 25 mars 2011 à 20:37
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    J’aime beaucoup ton blog sur les figurants et c’est vrai que un de mes rêves et de faire de la figuration dans un film de srk pour me faire une petite idée de ce monde bien scrupuleux bien que sublime je lavoue … je suis une accroc de srk alors pour me remettre les pieds sur terre il faudrait que je me décide d’allez en Inde et de faire de la figuration le truc c que je ny connais rien et pas confiance ( la plus part des indiens son pervers ) donc voilà mon e-mail oub.lat@hotmail.fr ce serai un plaisir de gardez contact avec toi et que tu me fasse part de tes expériences toutes envieuse l’une les autres à trés bientôt peuêtre
    Latifa

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  • 15 décembre 2010 à 12:32
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    Rhhhaaa, Farhan Aktar!!!
    Non, mais c’est tout simplement PAS JUSTE!

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