Une journée à Kochi (ex-Cochin)

Résumé d’une longue et idyllique journée, riche en rencontres à Kochi (ex-Cochin) dans le Kerala.

8 heures : Petit-déjeuner sur la terrasse ensoleillée de mon hôtel. L’avantage des îlots touristiques ? Se délecter de French Toasts !

9 h – 11 h : Ballet entre les pirogues de pêcheurs. Les carrelets de pêche chinois fonctionnent à plein régime. C’est la marée haute. Je filme et file des clopes aux pêcheurs en échange…

11 heures : Petit jus d’ananas frais au bord de la Mer des Laquedives. J’aperçois quatre dauphins au large. Magie indienne. Caméra. Zoom.

12h – 14h : Visite de galeries d’art contemporain indien. A la Kashi Art Gallery,  je flashe sur les collages d’un dénommé Razi. Enfin, je découvre un artiste indien qui se dégage d’une iconographie religieuse omniprésente et ne s’apitoie pas sur la misère en Inde. Son propos est plus politique. Autour d’un thé, je discute d’esthétique dans la peinture indienne avec le galeriste, un baba indien qui aime vivre comme un renonçant dans les montagnes autour de Munnar. Il m’apprend que Razi est également cinéaste. Après avoir fait l’école de cinéma de Pune, il est retourné vivre à Trivandrum, au sud du Kerala, où il travaille sur des productions cinématographiques. Je prends son numéro de téléphone. Peut être que le détour pourrait être intéressant ?

14 heures : Avant de visiter le palais de Mattancherry, je « visite » les toilettes publics où je sympathise avec le jeune homme qui officie comme Monsieur Pipi, Rameeh. Il me propose de m’installer à côté de lui. Il me raconte sa vie. Sa mère, Zohra, qui ne parle pas anglais nous regarde avec bienveillance. Sa soeur revient de son travail (femme de ménage dans un petit hôpital public réservé aux femmes et aux enfants). J’apprends quelques mots de malayalam, la langue du Kerala. Nous discutons quelques minutes avec une chanteuse américaine. Nous nous moquons d’un touriste anglais qui pour seulement une roupie réclame à corps et à cris du savon que Rameeh feindra de ne pas posséder. « Avec une roupie, il veut un service 5 étoiles ! Non ! «  s’insurge Rameeh. Je partage le déjeuner avec sa mère. Ils m’invitent à dîner chez eux, le soir même.

16 heures : Je cherche un cybercafé. Demande à un vendeur de souvenirs. Ses potes le rejoignent. Après dix minutes de palabres, ils finissent par se mettre d’accord : y en a un à dix minutes. L’un d’eux me propose de m’accompagner gratuitement sur sa belle et grosse moto, une Royal Endfield.

17 heures : Le palais est ferme. J’ai raté la visite.

18 heures : Coucher du soleil avec Rameeh sur la plage.

18h30 : Deux occidentales raides défoncées (Alcool ? Certainement. Kétamine ? Tout aussi certainement) se donnent en spectacle à moitié dévêtues sur la plage. Un attroupement de curieux se forme. Impossible de tenir debout plus de deux secondes, elles font peine à regarder ;  je leur propose de les aider a s’engouffrer dans un auto-rickshaw en direction de leur hôtel (voire de l’hôpital…). Elles m’envoient violemment chier. Un touriste me rejoint et en attrape une presque de force afin qu’elle se lève. Autour de 80 indiens s’approchent alors de notre quatuor et nous encerclent. Un homme me reproche de ne pas faire plus : il ne comprend pas qu’en tant que femme occidentale, je ne les ôte pas de la vue de ces hommes aux regards vicelards. Euh… t’es gentil monsieur mais elles refusent toute aide et la plus défoncée pèse bien dans les 75 kilos… Finalement, le touriste parvient à leur faire faire quelques mètres mais l’une d’elle s’écrase la tête la première, sur un rocher. Sang. Je pars à la recherche d’un policier. A son arrivée, elles l’insultent, le frappent. Il prend tout cela dignement et ne bronche pas. Après une demi-heure d’hystérie, une voiture de police les embarque au poste. J’apprendrais que si aucun indien est venu les secourir, c’est que d’une part : toucher une occidentale à moitié dévêtue même si elle constitue un danger pour elle-même n’est pas dans les moeurs indiens et que d’autre part, dés que la police s’en mêle, c’est dix jours de prison pour le bon samaritain qui devra se justifier et se disculper encore et encore.

19h30 : Arrivée dans l’humble demeure de Rameeh. Zohra et deux de ses filles ont rêvetues une burqa blanche et lisent des versets du Coran. C’est l’heure de la prière. Elles m’offrent des bananes grillées, un oeuf sur le plat et du thé noir. Nous regardons une série télévisée, un soap opera du Kerala.  C’est effrayant ! Une jeune hindoue est en train d’être mariée de force a un vieux moche de surcroît narcoleptique. En pleurs, elle supplie son père d’interrompre cette mascarade : il la menace de la défenestrer si elle ne signe pas les papiers du mariage tendus par un agent du gouvernement corrompu ! Nous enchainons sur la Star Ac keralaise : un appartement de 14 lakhs est en jeu ainsi qu’un contrat pour chanter sur deux bandes originales de films. La soeur aînée de Rameeh, 35 ans, note tous les scores des candidats, semaine après semaine sur un petit cahier.

21 heures : Nous partons avec Rameeh boire une bière pour sceller notre amitié dans un de ses bars indiens glauques ou le seul intérêt est de pouvoir consommer de l’alcool à l’abri des regards.

22 heures : De retour au Park Avenue Hotel, je rencontre mon pote, le gérant du cybercafé, Shyias. Il a vu mes vidéos et m’aide pour les mettre en ligne. Il est persuadé que je suis une vidéaste talentueuse. Il est mignon. Nous parlons de peinture. Il m’avoue avoir peint 26 toiles qu’il entrepose chez lui. Il n’ose pas les montrer. Il pense de pas avoir le physique de l’emploi : alors qu’il regrette être un petit grassouillet, il me décrit les artistes indiens comme étant des hommes élégants qui portent des habits traditionnels, des cheveux longs et un petit bouc. La discussion est passionnante. Je peux lui parler normalement. Ni naïf, ni langue de bois, il sait faire preuve d’ouverture d’esprit, d’analyse et de (auto)critique notamment sur son pays. Nous décryptons, hilares, les comportements des touristes occidentaux dans cette immense halte garderie qu’est l’Inde. Comparant la sacro-sainte bouteille d’eau minérale à un biberon.

23 heures : Petit tour en moto et nouvelle bière dans un charmant petit bar tenu par des chrétiens. Des posters de Jean-Paul II recouvrent les murs. Nous parlons notamment de littérature indienne.

1 heure du mat’ : Dodo. Rendez-vous est pris pour le lendemain à 20h30 pour découvrir les nuits endiablées de la jeunesse de Kochi. Direction une party avec DJ dans un night club d’Ernakulam.

2 pensées sur “Une journée à Kochi (ex-Cochin)

  • 9 décembre 2007 à 08:54
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    @ Julie : Passionnante journee, surtout ! J ete rassure, elles ne sont pas toutes come celle-ci… T’imagines siton l’etat emotionnel… C’est plus des vacances ! 🙂

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  • 7 décembre 2007 à 10:23
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    Que d’aventures en une seule journée…Quand on te lis, tout semble si passionant 🙂

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