Lettre ouverte à Loïc

Alor107La photo de Loïc. Celle qui m’a tant donné envie d’aller à Alor

C’est avec un plaisir non dissimulé que j’ai accepté le rôle de factrice suite à notre échange sur Voyage Forum. Ton blog et plus particulièrement tes photos de pêcheurs à l’arc m’avaient déjà convaincue de visiter l’île d’Alor, tout à l’Est de Florès. Magie des internets.

YusufMister Yusuf

A Kalabahi, nous avons enfourché un scooter et grâce à tes indications, nous avons facilement repéré la plage dont tu parlais et dont les guides de voyage ne parlent pas. Avec nos rudiments de bahasa indonesian, nous avons compris que la maison sur pilotis de Yusuf s’était écroulée depuis ton passage. « Rusak » qu’ils nous répétaient les pêcheurs. Nous leur avons alors demandé où trouver Mister Yusuf. Son épouse nous a accueilli dans leur nouvelle bicoque à quelques centaines de mètres de là. Lorsqu’elle a vu tes deux photos, des larmes lui sont montées aux yeux. Je n’ai pas osé la photographier. Nous avons compris que la vieille femme de la photo ainsi qu’un des enfants étaient décédés depuis. Partis « là-bas », elle nous a dit en pointant le ciel. Billy, le garçon avec le tee shirt jaune, a dorénavant une quinzaine d’années. Nous n’avions pas réalisé que les photos étaient aussi anciennes… Nous leur avons lancé, mi-sérieux, que nous souhaiterions dormir sur l’île accessible à pied à marée basse, le lendemain soir. Ils nous ont dit de revenir vers midi. Mister Yusuf sera revenu de la pêche.

Alor315Photo de Loïc : Mister Yusuf et sa famille en 2009

Le lendemain midi, nos sacs sur le dos, nous débarquons de nouveau chez Yusuf. Il nous remercie chaleureusement pour les photos. Nous leur montrons les autres. Celles avec les pêcheurs à l’arc. Ils nous expliquent où les trouver. Mary, la sœur de Yusuf se propose de nous accompagner. Je crois que cela l’amuse aussi de jouer à la factrice. Après cinq kilomètres à pied, sous le cagnard, nous arrivons dans un joli village. Les habitants nous guident dans une première maison très rustique. Nous sommes chez le père de Moussa, l’adolescent au tee-shirt vert. Moussa pêche désormais à Kalimantan sur l’île de Bornéo. Son père est très ému. Des voisins entrent dans la maison et commentent la photo. Nous ne comprenons pas ce qu’ils disent mais nous sentons que notre impromptue présence les ravit. Un ami de Moussa scrute la photo. Il semble regretter ce temps où ensemble ils pêchaient à l’arc sur la plage de leur joli village.

Moussa

De fil en aiguille, nous arrivons dansla famille de Antipas, le garçon le plus expressif sur la photo avec les cinq garçonnets. Nous apprenons leur prénom : Emmanuel, Joshua, Enok. Un seul reste un inconnu. Personne ne le reconnaît. Aucun ne semble présent ce jour dans le village. Nous laissons la photo au père de Antipas. Déjà quatre photos distribuées. Nous sommes fiers de nous et te remercions à chaque minute de nous permettre de vivre ce moment. Faut qu’on se prenne un apéro à Lyon à notre retour, hein, dis !? Qu’on te raconte tout cela de vive voix.

Antipas

J’ai gardé la plus belle photo pour la fin. Celle qui m’a tant fait rêver cet hiver pendant les préparatifs du voyage. Quelle déception d’apprendre que le monsieur est sur un bateau en mer à Sulawesi… Nous offrons ta photo à son fils qui est aussi sur d’entre elles. Il pose pour nous avec fierté et pudeur.

Garcon
Nous devinons que ces hommes ne semblent plus pêcher à l’arc. Des enfants, à la demande des anciens, nous ont fait une pseudo-démonstration. Aucun poisson n’a été maltraité puisqu’aucun n’a été attrapé. Anne de La Petite Kepa nous dira aussi que les pêcheurs de Alor se moquent de ces pêcheurs à l’arc. Ils disent qu’ils ne sont pas de vrais pêcheurs.

BillyBilly

A notre retour, notre mission accomplie, Yusuf nous invite à déjeuner. Du riz. Du poisson. Pleins de poissons dont des petits noirs dégueulasses. Nous nous sentons un peu mal à l’aise avec tous ces gens qui nous regardent et avec lesquels nous peinons à communiquer. Certains enfants nous sourient. D’autres nous ignorent. Billy est de ceux-là. A croire que l’adolescent n’aime pas à se rappeler son enfance. C’est un homme maintenant. Un pêcheur qui sait aussi bien manier la machette.

Pecheurs arc
Vers 15h, Yusuf nous demande si nous avons une moustiquaire. Non. Il demande à sa mère de nous en
trouver une et nous propose de nous mettre en route pour l’île. La marée est basse.

Grâce à toi, cher Loïc, nous dormirons à la belle étoile avec Yusuf, sa famille et ses amis pêcheurs. A suivre prochainement sur le blog le récit de cette magique nuit.

Amicalement,

Céline

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