Pitch du film que je ne réaliserais jamais

J’ai rencontre Amanda dans un cybercafé à Kolkata alors qu’elle mettait à jour son blog qui a pour vocation de rassurer ses proches.

Amanda vient d’avoir 30 ans. Elle vit à Portland dans l’Ohio où elle est assistante juridique. Pétillante jeune femme, Amanda débarque à Kolkata le 1er janvier. C’est son premier voyage en Inde. Amanda porte un intérêt particulier aux locaux. Elle a d’ailleurs développé une belle relation amicale avec Raj, le gérant d’un cybercafé sur Sudder Street.

Amanda est différente des autres touristes : elle est née a Kolkata.

Abandonnée à la naissance, elle est recueillie à l’orphelinat des Missionnaires de la Charité. A dix mois, une famille américaine l’adopte. A Kolkata, son identité vacille : est-elle américaine ? Indienne ?

Pendant une semaine, Amanda est bénévole dans l’orphelinat où elle a vécu ses premiers mois. Cette expérience ne manque pas de l’interroger : et si elle n’avait pas été adoptée ? Quel aurait été sa vie ? Une vie de mendiante ? A l’orphelinat, elle rencontre une nonne qui se souvient très bien d’elle et même si elle n’est pas à Kolkata pour retrouver ses géniteurs (quoique…), elle est curieuse de ses origines. Cette nonne lui confirme qu’elle est bien le bébé que porte Mère Teresa sur une photo parue dans le Times Magazine. Amanda apprend alors qu’elle est née catholique et qu’elle a été prénommée, Teresa par les soeurs. Honneur réservé a très peu d’orphelins.

Ah que je vous dise ! Amanda a une particularité : elle est née sans bras.

Les indiens, trés intrigues, l’observent continuellement. Sans discrétion. A l’indienne, quoi ! Les plus hardis osent lui dire qu’ils sont tristes pour elle puis lorsqu’elle les rassure sur son bonheur, ils lui témoignent leur affection pour enfin lui avouer leur admiration. Amanda est leur soeur. Amanda suscite autant d’intérêt qu’une star de Bollywood !

Ni naïve ni langue de bois, elle est capable d’autodérision et de prendre du recul sur sa particularité ; le mot handicap est ici inapproprié. Amanda est totalement indépendante : elle utilise ses pieds comme nous utilisons nos mains. Ses doigts sont nos orteils.

Après quelques jours de vacances à Kochi où elle a rejoint mon ami Shiyas, venu la chercher à la gare ferroviaire à 3 heures du matin et à qui j’avais omis (pour de vrai) de préciser la particularité d’Amanda, elle accepte de donner une interview à Indian Express avant de s’envoler pour Delhi, rencontrer une soeur qui pourrait la renseigner sur ses géniteurs. En vain.

A Kochi, Shiyas avait bien pris soin d’elle : il a même décidé de l’accompagner à Delhi et à Agra voir le Taj Mahal (une première pour eux deux…). Le 27, ils me rejoignent à Varanasi ! Peggy avec qui j’ai passé la semaine de Noël à Varkala sera là aussi !  Ca va être la fête !

Pour l’anecdote, une indienne née sans bras et sans jambes dans le même orphelinat que Amanda et adoptée aussi par une famille américaine vient de retrouver ses parents devant les caméras de CNN ! L’horreur absolue pour Amanda… Qu’elle se rassure : avec des jambes peu de chances que CNN s’intéresse à elle, non ?

5 pensées sur “Pitch du film que je ne réaliserais jamais

  • 8 avril 2008 à 20:18
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    oui j’ai bien compris qu’il s’agissait d’une histoire reelle, mais un peu de dramaturgie permet quand meme parfois d’avoir un film avec plus de rythme ou d’emotion qu’un docu non preparé je trouve… non ? enfin c mon point de vue…

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  • 8 avril 2008 à 15:28
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    @ henrib : Pourquoi une fiction ? Amanda est tout ce qui a de bien réel… et est devenue une personne qui compte beaucoup pour moi.

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  • 6 avril 2008 à 01:06
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    tiens, un post qui m’avait echappé… je post donc un com qui echappera aussi a tout le monde…
    et bien c’est une excellente idée pour un film que tu realisera… tu as deja l’objectif de ton 3ieme voyage en inde… y tourner une fiction… allez hop, quelques euros enpoche, une camera, des acteurs recrutés sur place et tournage a l’arrache… allez, au travail… des millier de gens sans bras – et avec – attendent cette histoire sans meme encore le savoir…

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  • 24 janvier 2008 à 16:45
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    @ Boronali : Cette fille est extraordinaire ! Independante et volontaire, elle me renvoie a mes questionnements existentiels douteux… Qu’est ce que je me prends la tete pour pas grand chose parfois !!!

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  • 15 janvier 2008 à 17:53
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    Le moins que l’on puisse dire est que tu fais des rencontres inhabituelles !

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