Sur le Mont des Oliviers (Jérusalem)

Après les visites agrémentées de quelques clics-clacs du Mur des Lamentations, du Dôme du Rocher et de l’Eglise du Saint-Sépulcre, les trois lieux saints chrétiens, juifs et/ou musulmans qui se situent tous à quelques minutes de marche, j’avais envie de sortir de l’étouffante vieille ville de Jérusalem et fuir les marchands du Souq Al-Qatani avec leurs prix exorbitants que même un marrakachi n’oserait pas t’annoncer. Même pour la blague.

Sans compter les cars de touristes du monde entier qui déversent des hordes de pèlerins (indiens, africains, européens, russes, sud américains, nord américains et même asiatiques !) pour suivre le Chemin de Croix avec ses 14 stations allant de la Chapelle de la Flagellation où Jésus aurait été chargé de sa croix à l’Eglise du Saint-Sépulcre où ils pleurent en touchant et huilant la Pierre de l’Onction sur laquelle le corps du Christ aurait été lavé après son supplice en passant par la 8e station, celle où Jésus consola des femmes pieuses, indiquée comme suit dans le Lonely Planet : « Traversez la rue du Souq Khan Al-Zeit depuis la Via Dolorosa et montez quelques marches d’Aqabat Al-Khanqah. En face d’un cybercafé, à gauche, se trouvent une pierre et une croix latine qui indiquent l’emplacement ».

(utilisation du conditionnel car les historiens ne s’accordent pas sur cet itinéraire qui débuterait pour certains d’entre eux hors de la citadelle, là où résidait Ponce Pilate)

Au programme du jour donc, églises, couvents et tombeaux dont celui de la Vierge Marie à Jérusalem Est (territoire majoritairement arabe qui appartenait à la Jordanie jusqu’en 1967) sur le Mont des Oliviers où selon le livre de Zacharie, c’est ici que Dieu ressuscitera les morts lorsque le Messie reviendra le Jour du Jugement Dernier…

(pardon pour toutes ces références bibliques mais elles sont si omniprésentes ici à « Holy Land » comme scandent les tee-shirts vendus dans le souk)

A la gare routière de Jérusalem Est, je grimpe dans le bus 275 en direction de l’Eglise de l’Ascension dont le terrain a été offert en 1898 par les Ottomans à l’empereur allemand Guillaume II qui y construit un hôpital (toujours actif) et cette fameuse église. Dans le bus, une vieille femme s’assoit à mes côtés pour faire causette mais est rapidement déçue que je ne comprenne pas l’arabe. Au départ du bus, elle marmonne ce que j’interprète librement ainsi : « Putain ! Ca recommence ! ». Ah oui, que je vous explique les raisons de notre angoisse commune : pour atteindre le Mont des Oliviers, nous devons traverser le quartier arabe Al Tur où il y a eu des émeutes toute la nuit dernière car l’adolescent tué par un militaire de l’Armée de Défense Israélienne (Tsahal en hébreu) à un checkpoint improvisé, y a deux jours, était originaire de ce quartier. Ce jeune « terroriste », d’après les médias locaux, aurait attaqué un soldat muni d’un fusil d’assaut avec un couteau de boucher alors que d’après ses parents, il raccompagnait un ami chez lui après un match de foot. Le soldat n’a pas même une égratignure. Le gamin de 16 ans est mort. Ce weekend violent a vu un autre jeune arabe tué à Hébron à un checkpoint également par un autre jeune militaire israélien. Toutes ces jeunes recrues font leur service militaire obligatoire (3 ans pour les hommes et 2 ans pour les femmes sauf les juifs hassidim qui sont exemptés). Selon le Times of Israël du jour, suite à ces deux « attentats terroristes », elles ont reçu pour consigne du ministre de la Sécurité Publique, Yitzhak Aharonovitch, pour qui, « la réaction des agents de la police des frontières était la bonne réponse » d’« éliminer le terroriste sur place ».

Seule au sommet du clocher de l’Eglise de l’Ascension, la vue sur Jérusalem est époustouflante. J’aperçois également pour la première fois, le Mur de Séparation…

En route pour l’Eglise du Pater Noster près de de la grotte où Jésus aurait enseigné à ses disciples, je fais une halte dans un bar arabe pour m’acheter une bouteille d’eau. Le tenancier en train de faire du café, me propose une tasse que j’accepte avec grand plaisir. Assise, un vieux commence à me parler en anglais, très heureux de rencontrer une française, lui qui a déjà passé deux semaines dans une propriété viticole champenoise, invité par un touriste rencontré à Jérusalem : « il avait une belle terre », « c’est bon le Champagne ». Deux ou trois autres vieux s’enquiert de mes réponses à Eid et tous me recommandent d’être prudente et de ne pas traîner trop longtemps dans le quartier (pourtant très touristique) car les émeutes peuvent reprendre n’importe quand.

Trop de blablas dans la gargote avec les vieux et tombeaux, églises et couvents sont désormais fermés jusqu’à 14h30.

Des militaires lourdement armés, postés à tous les coins de rue, la rencontre avec le farfelu bédouin Ibrahim Ahmad Abu El-Hawa, la chaleur accablante, un gamin de dix ans qui insulte violemment des policiers à bord de leur véhicule blindé, un autre de 7/8 ans, le regard noir, qui se planque derrière une bagnole et mime de me tuer avec son pistolet en plastique malgré les remontrances de son père me donnent envie de rentrer à Jérusalem et de me mettre à l’abri reposer dans le fabuleux jardin ombragé de l’Austrian Hospice pour me lancer dans la lecture du bouquin de Amin Maalouf, Les identités meurtrières.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *