Mes copines des Sunderbans

Je rêvais de jungle, de climat tropical, de pirogues, de villages de pêcheurs, de campagne indienne : mon voeu s’est exaucé dans le Parc national des Sunderbans

C’était humide (plus de 95%) et assez inhospitalier (au coucher du soleil, les moustiques transmetteurs de paludisme attaquaient et les tigres rôdaient). Ni PQ ni café. Électricité rarissime (en fait, seul mon hôtel possédait un générateur qui était alimenté de 18h à 20h). English spoken inexistant (exception faite d’un guide et d’un homme de Kolkata en visite chez sa belle-famille).

Le Lonely Planet prévient qu’il est difficile et coûteux de se rendre en individuel dans le Parc national des Sunderbans sans beaucoup plus d’informations mais je rêvais tellement d’y aller que je me suis lancée dans cette expédition aléatoire en me disant que si j’échouais, je ne perdrais que du temps…

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Scène de vie dans les Sunderbans

Même si complètement surréaliste, le trajet de Kolkata aurait pu suffire à me ravir : trois heures de cercueil roulant où peu a peu, les faubourgs bruyants et pollués de la métropole bengalie ont  laissé place aux rizières verdoyantes des Sunderbans, suivies d’une heure de « ferry boat » sur l’un des bras du Gange puis d’une heure de cyclo-pousse collectif (4 personnes sur une planche de bois fixée à un antique vélo) traversant des hameaux aux huttes de terre cuite et toit de chaume au milieu de veaux, vaches et moutons, sur des chemins bordés de palmiers.

Je vous passe les considérations pratiques pour trouver un hôtel, de la nourriture et un bateau pour moi toute seule et vous invite juste à vous imaginer naviguer shanti, shanti (tranquille, tranquille…), dans une immense mangrove (inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987), achetant du poisson, de pirogue à pirogue, auprès de pêcheurs croisés sur les rivières et en espérant apercevoir un tigre royal du Bengale traverser à la nage une rivière ou dévorer une gazelle (hum…) au coeur d’une jungle luxuriante.

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Ce gros bateau blanc pour moi toute seule !

Je n’ai vu aucun de ces mythiques félins, bien que le Parc national des Sunderbans soit l’habitat de l’une des plus importantes populations de tigres au monde : au dernier recensement, en 2004, 249 étaient dénombrés au sein du Tiger Project.

Le jour précédant mon arrivée, des touristes avaient eu la chance d’observer un couple de tigres. Par ailleurs, les gardes-forestiers venaient de constater que quelques tigres se rapprochaient dangereusement des villages alors la décision a été prise la veille de mon excursion d’envoyer deux détonations afin de faire fuir les tigres menaçants. Au dam des touristes. Au bonheur des locaux. Ces mesures de protection, parmi d’autres, ont pour but de faire chuter le nombre de morts attribuées aux tigres, passées de 200 à 34 par an.

De tout façon, ma curiosité était plus piquée par la vie des villageois que par les mouvements des tigres (pourquoi leur foutent-ils pas un GPS !?).

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Le meilleur cuisinier des Sunderbans !

Sur les 102 îles que comptent les Sunderbans (pas toutes habitées), quatre millions d’indiens y vivent : essentiellement des fermiers, des coupeurs de bois, des pêcheurs et des apiculteurs. Comment vous décrire la curiosité que je suscitais chez ces hommes et femmes, peu habitués à voir une étrangère, femme, seule, en pantalon, jambes épilées (mouais… rasées à ce stade du voyage) et toujours à fumer !? Pourtant, bien qu’apparemment différente, ils m’ont  rapidement accueillie dans leurs maisons et offert mes plus beaux moments de grâce en Inde comme celui où j’ai partagé quelques heures avec des femmes qui me prenaient pour une poupée… A me peinturlurer les ongles, me coiffer, me poser un bindi entre les yeux, m’orner les pieds de  latcha (liquide colorant rose que j’ai décidé d’adopter cet été à Paris) et comparer la couleur de leur peau avec la mienne (que de fous rires lorsqu’elles appuyaient leur index sur mes avant-bras et constataient qu’un point blanc apparaissait).

Maintenant, visualisez la scène avec une dizaine de spectateurs hilares et/ou dubitatifs et/ou stoïques… et vous avez un aperçu général du tableau…

Femme indienne et son bébé dans les sunderbansÉvidemment, impossible de discuter avec elles puisque ma connaissance du bengali se résume à 4 ou 5 phrases (comment vas-tu ? =tumi kemon atcho, comment tu t’appelles ? =tumar naam ki ?) et qu’elles ne parlaient pas l’anglais… Toutefois, j’ai réussi à comprendre que, comme dans toutes les régions de l’Inde, leurs bijoux et différents ornements avaient une signification ; évidemment, le bindi et le trait de sindoor rouge dans la raie des cheveux, que l’on retrouve partout, signifient qu’elles sont mariées. Par contre, j’ai découvert que le piercing nasal signifie qu’elles sont mères. Toutefois, impossible de comprendre ce que signifiaient les bracelets, la chaîne en argent autour du cou, les bagues d’orteils et surtout les boucles d’oreilles qui semblaient tant manquer sur mes lobes…

Dés que je rentre en France, je me rue sur des traités d’ethnologie sur les populations des Sunderbans (ah ! les histoires que l’on se raconte de génération en génération à propos des tigres mangeurs d’hommes…). A défaut, j’apprends le bengali et file à l’université prendre des cours d’ethnologie ! Le sujet est tout trouvé : les femmes des Sunderbans (dont un nombre élevé de veuves reconnaissables à leurs saris clairs portés sans brassière au-dessous -ce qui laissent apparaître leurs épaules et souvent aussi poitrine-, parfois cheveux coupés courts voire rasés et surtout aucun ornement…).

5 pensées sur “Mes copines des Sunderbans

  • 15 mars 2007 à 12:47
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    @ Bastien : C’est vrai que ca aide d’etre une lady ! 🙂
    @ ASF : Je les adore ! Je n’arrete pas de me dire que je veux apprendre le bengali et realiser un doc sur elles…
    @ Marouschka : Merci… Ce sont mes preferees depuis le debut de mon voyage.
    @ Argoul : Bon ben je fais parti des touristes unlucky parce que le meme jour que moi un couple de californiens a vu un gigantesque alligator !!! De mon cote, deux varans (pas sure du nom… suis nulle en animaux…), un aigle enorme, pleins d’oiseaux dont des bleus et des enormes, des gazelles, des cerfs et un impressionant sanglier. Mais je le dis et le repete meme sans voir de tigres, naviguer dans la mangrove suffit a rejouir n’importe quel amoureux de la nature !

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  • 14 mars 2007 à 14:40
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    Il y a ce qu’il n’y avait pas – les tigres – mais qu’y avait-il au juste ?

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  • 13 mars 2007 à 07:33
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    ils pouvaient quand meme pas laisser une ptite minette seule a l’abandon 🙂

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