Phu Quoc à l’heure du tourisme de masse (Vietnam 4/8)

Après avoir terminé cette semaine dans le delta du Mékong par quelques chouettes journées à Chau Doc où nous avons loué des vélos pour aller au Mont Sam, un site sacré pour les bouddhistes  et où l'on a fait une belle balade en pirogue au soleil couchant dans un village flottant cham, la météo enfin devenue clémente, nous avons embarqué sur un ferry à Ha Tien pour l'île de Phu Quoc après un superbe trajet en bus local longeant la rivière qui établit la frontière entre le Cambodge et le Vietnam.

Adeptes de plages et jungles tropicales, nous étions très excités à l’idée de découvrir Phu Quoc (à 15 kilomètres seulement de la côte  cambodgienne) et avions accepté l’idée que ce serait un lieu plutôt touristique mais comme nous étions aussi des touristes lambdas en quête de soleil, nous nous fonderions dans le paysage. #seasexandsun

Débarqués au terminal des ferrys de Bai Vong, un chauffeur de taxi nous attendait pour nous emmener à la Seaside Homestay vivement recommandée par les trois allemandes rencontrées à la Hung Homestay. Arrivés dans un charmant village au nord de l’île, à dix minutes à pied d’une jolie plage (celle du Coco Palm Beach Resort & Spa) et à vingt minutes de la superbe Bai Ong Lan, nous faisons connaissance de la tenancière, Jenny. Elle nous offre un cocktail de bienvenue et nous propose de dormir chez elle plutôt que dans les bungalows car elle nous avait d’emblée trouvé sympathiques nous avouera-t-elle plus tard. 20 balles la chambre tout confort avec une salle de bains privée attenante mais en extérieur à la mode balinaise !

vung-bau-phu-quocLe soir même, nous sympathisons avec la charismatique Joanne, une animatrice de télévision malaisienne qui sera rejoint par son compagnon, Andy, un suisse allemand installé à Phu Quoc pour développer un resort. Joanne est belle, drôle (très drôle) et généreuse puisqu’elle nous invite à partager un succulent poulet au curry qu’elle vient de cuisiner pour sa dernière soirée sur l’île.

Cette semaine à Phu Quoc sera idyllique, entre baignades dans des eaux paradisiaques, balades à scooter, razzia de fruits de mer grillés au barbecue et apéros partagés au Rock Bar tenu par notre Jenny et fréquenté par de vieux expatriés français, personnages attachants.

construction-resort-phu-quocToutefois, tout ce bonheur a été entaché par la vision quotidienne de montagnes de déchets et de la destruction massive de la faune et la flore de Phu Quoc pour construire de gigantesques resorts aussi bien au sud qu’au nord de l’île rendant notamment désormais inaccessible au commun des mortels les plages de Bai Dai et de Bai Kheem mais surtout polluant les sols, les eaux maritimes et à terme j’imagine posant un problème de manque d’eau douce sur l’île tout comme à Bali. Heureusement, l’île est grande (superficie équivalente à Singapour) et son parc national a été reconnu « réserve de biosphère » par l’Unesco en 2010 mais les ambitions du gouvernement vietnamien pour cette île de 90 000 habitants sont éloquentes : devenir une destination touristique majeure pouvant accueillir 2 à 3 millions de touristes par an d’ici 2020 (actuellement, 500 000 touristes annuels et un aéroport international ouvert depuis décembre 2012).

chemin-phu-quocLe Vinpearl Phu Quoc Resort, géré par le consortium vietnamien Vingroup, facture ses chambres 400 US$ dollars minimum (4 fois le salaire mensuel moyen).  Le Vinpearl n’est pas seulement un hôtel de 481 chambres, c’est aussi un golf, un parc d’attractions (« Amusement Park ») et depuis un an, un parc safari de 500 hectares avec 3000 animaux appartenant à 150 espèces comme le lion africain, le tigre du Bengale, la girafe, le rhinocéros etc. Quelques mois seulement après son ouverture, 700 mammifères dont 20 girafes et 1000 oiseaux sont décédés d’après le zoologiste Peter Dickinson.

Un plan global a été voté en 2005 : il prévoyait 1700 hectares affectés à des projets touristiques. En 2013,  7000 hectares étaient dévolus au tourisme de masse soit 9804 terrains de football ! Je n’ose imaginer les chiffres de 2016 compte tenu du nombre impressionnant de chantiers en cours…

L’île de Phu Quoc, réputée pour son poivre qui n’a rien à envier à celui de Kampot, pour sa sauce nuoc mam et ses villages de pêcheurs perd chaque jour un peu de son âme mais reste une destination touristique que je recommande encore car il reste possible de se sentir seul au monde et en croisant les doigts pour l’éco-tourisme perce au milieu de tous ces affreux resorts…

Bons plans à Phu Quoc :

LOGEMENT PETIT BUDGET
Seaside Homestay (sur booking) (sur trip advisor)
mail : seasidehomestay@gmail.com 
tél : (0084) 918 68 00 19 ou (0084) 91 808 6129
20 US$ la chambre double chez Jenny (sans breakfast)
30 US$ la chambre double en bungalow (sans breakfast)

Pepper Farm Phu Quoc (sur booking) (sur trip advisor)
Tenue par le frère de Jenny, la Pepper Farm est un îlot de paix sur l'île de Phu Quoc à 15 minutes en scooter de l'une des trois plus belles plages de l'île dans le village de Cua Can. Quoiqu'il en soit, sa visite est hautement recommandée et sa bière brassée à déguster ici ou au Rock Bar.
NOURRITURE
*** Sakura à 100 mètres de la Seaside Homestay (bon restaurant de cuisine locale tenu par une impressionnante matrone quinquagénaire avec un bon anglais)

*** Le barbecue à côté de la Seaside Homestay (blindé tous les soirs, fréquenté aussi par quelques vietnamiens, les prix sont affichés et plus que corrects pour des orgies de poissons frais, calamars, crevettes, seiches mais aussi de viande).

*** Grand restaurant de fruits de mer uniquement fréquenté par des vietnamiens prés d'un port de pêcheurs à l'extrême nord est de l'île juste en face de l'îlot Hon Thay Boi.

** Les club-sandwichs (chers) de Freedomland MAIS servis sur un transat (75000 dongs le transat) face à une mer huileuse sur Ong Lan Beach (ne pas confondre avec les premiers transats (ceux à 100 000) sur lesquels on a envie de s'allonger mais regarder sur sa gauche lorsqu'on arrive sur la plage.
APERO
**** Le Rock Bar tenue par l'affable Jenny à côté de la Seaside Homestay. Elle propose sa bière brassée mais aussi des cocktails classiques comme le White Russian à de très bons prix.

*** Le bar du Coco Palm Beach Resort & Spa pour un verre de vin au coucher du soleil (pratique lorsqu'on veut se faire plais' à deux pas de la Seaside Homestay) 

*** Chez Carole pour un plan love en bord de plage dans un univers de luxe, calme et volupté (on a pas eu le temps d'essayer le restaurant)

Un bar à tapas tenu par un sympathique expatrié français, pas très loin du Rock Bar, était sur le point de s'ouvrir. La Bodega. A essayer. 
PLAGES
1/ Ong Lan Beach, côté Freedomland : indéniablement, notre préférée car très peu fréquentée, proche de la Seaside Homestay, propre au niveau des transats (bien pratiques pour moi car je fais des crises d'allergie aux mouches de sable (sand flies), fréquentes en Asie du Sud Est) avec une mer huileuse. Possibilité de s'éloigner des transats et de se baigner seul. 

2/ Vung Bau Beach : chemin de terre un peu sport à franchir en scooter mais quelle récompense à l'arrivée : mer calme et plage déserte. Ambiance Robinson Crusoé. Qui dit déserte dit pas nettoyée donc sale. Possibilité de se mettre à l'ombre sous des pins au milieu des restes de pique-nique et de se remettre en sirotant un verre sur le chemin du retour Chez Carole (on a pas essayé de se taper l'incruste sur la plage de ce joli resort (Cua Can Beach) tenu paraît-il par une franco-vietnamienne mais il doit y avoir moyen).

3/ Sao Beach, côté Paradiso : LA plage du sud de l'île, celle bordée de cocotiers comme sur des cartes postales (voir photo qui illustre cet article). Très photogénique, elle n'en reste pas moins très sale bien que pas déserte !  Un expatrié nous avait conseillé d'aller sur la plage privée du Paradiso moyennant finance (150 000 le transat + coût du parking pour le scooter si on ne consomme pas). Sur place, nous avons finalement opté pour les seuls autres transats installés sur Sao Beach par un sympathique vietnamien qui fait le transat à 75 000 dongs et propose des bières fraîches. Plage très calme à cet endroit comparé au reste de la plage où je ne comprenais pas pourquoi tant de touristes s'entassaient dans la merde (néons, tongs, sacs plastiques...). Seule plage à l'est donc pas de coucher du soleil.

4/ Ong Lan Beach, côté Coco Palm Beach Resort : Petite, très fréquentée mais pourtant pratique pour un rapide plongeon car à 10 minutes à pied de la Seaside Homestay. Plage populaire également avec des parents qui emmènent leurs enfants nager après leur journée de taf.

5/ Long Beach : Nous nous y sommes pas baignés mais juste arrêtés pour admirer le coucher du soleil. Très fréquentée, cette plage est une succession de plages privées pour les clients des resorts qui la longent. Alors que c'est la plage la plus proche de la ville de Duong Dong, seul un petit emplacement au nord est accessible aux vietnamiens pour se baigner mais pas de sable ici, juste du béton. 

Ceci n'est pas une liste exhaustive... nous n'avons pas eu le temps d'explorer les plages de l'extrême nord.
village-pecheurs-vietnamTROIS REMARQUES
  • Louer un scooter est indispensable pour explorer le nord de l’île beaucoup plus intéressant que le sud. Idéalement deux jours pour le nord si comme nous, vous êtes lents (on n’a pas pu vraiment accéder au Parc National cause travaux sur l’unique route non boueuse à cette période de l’année le dernier jour de notre séjour… on était dég’).
  • Le village de pêcheurs avant la plage de Ganh Dau est très sympa et absolument pas touristique.
  • On a loué un kayak pour deux personnes dés 7h du mat’ (à côté de la Pepper Farm) pour profiter de la fraîcheur. Balade fluviale magique. Beaucoup de marin-pêcheurs à observer.

3 pensées sur “Phu Quoc à l’heure du tourisme de masse (Vietnam 4/8)

  • 5 février 2017 à 20:38
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    Ca à l’air magnifique, mais est-ce que ça va le rester longtemps? :/ Au vu de ce que tu racontes, j’ai bien peur que l’avenir de Phu Quoc soit assez sombre!

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      • 18 février 2017 à 20:13
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        Non, je n’ai pas eu l’occasion d’aller au Vietnam pour l’instant. En ce moment en Asie, je parcours la Chine quand je peux en essayant d’apprendre la langue (et comme c’est vraiment grand, il y a de quoi faire plusieurs voyages ^^). Je serai proche de la frontière Vietamienne en Avril (Chutes de Ban Gioc), mais je resterai coté chinois!

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