Incruste à un discours de Sarkozy à Mumbai

Nicolas Sarkozy accompagné notamment de Carla était, la semaine dernière, en visite officielle en Inde pour quatre jours. Au programme, rencontres diplomatiques, visite du Taj Mahal avec sa belle et accords commerciaux d’une valeur de 15 milliards d’euros.

Tous les résidents français de Bombay avaient reçu un carton d’invitation pour un discours de Sarko en  hommage aux 166 victimes des attentats du 26/11/2008. Le rendez-vous avait lieu à 11h du mat’ dans le palace Oberoi sur Marine Drive, un des lieux assiégés par les terroristes. Sans carton, je me suis tout de même pointée à 11h pétantes au lieu sus-mentionné. Pour voir. Par curiosité.

Le taxi me dépose à quelques encablures du building : par sécurité, les routes sont interdites aux véhicules. L’entrée se fait par l’Hôtel Trident Marine. Je porte un jean propre, des chaussures compensées en toile et un joli chemisier. Cheveux bien lisses. Maquillage et bijoux. C’est qu’il ne faudrait pas que je me fasse dégager par un look de routarde aka de pouilleuse. Par ailleurs, je n’ai pas pris le risque de prendre mon appareil photo…

Je repère une jolie blonde avec un carton. En la suivant, je me retrouve en haut d’un escalier ou des policiers indiens font barrage. Le président de Unifrance à Bombay à l’occasion du 3eme Rendez-Vous du Cinéma Français est juste derrière moi. C’te honte si je me fais jeter quand même… Je présente mon passeport et annonce d’emblée la couleur toute en SOURIRE : «  I don’t have any invitation ». Après une demi-seconde de réflexion, ils me laissent tout de même pénétrer un long couloir. Je jubile… jusqu’à ce que j’aperçoive un second barrage où des employés du Consulat vérifient les cartons. Ca se corse, on dirait… mais en fait pas du tout : après une simple et chaleureuse discussion, une sympathique jeune femme acceptera de me laisser assister, sur  simple présentation de mon passeport, au discours du Président de la République Française.

Le discours est un hommage aux victimes des attentats terroristes du 26 novembre 2008 qui ont fait 166 morts. L’hôtel où nous nous trouvons avait justement été un des lieux assiégés. De très nombreux journalistes indiens, français et correspondants étrangers sont présents. Impressionnant !

(des journalistes de Canal Plus, en plein jetlag, pétaient un câble tellement ils étaient épuisés -et malades du ventre- depuis quatre jours à suivre Sarko à Delhi, Agra, Bangalore puis Bombay)

(le JRI d’une chaîne de la TNT avait honte d’avoir enfilé à la va-vite un inadéquat tee-shirt où un chien sniffait des rails d’herbe…)

Il semblerait que très peu d’expatriés aient finalement fait le déplacement, ce mardi midi même si 95% de l’assemblée était composée de français. Seules les huiles sont venues se montrer : ça pue le fric. La grande majorité est vêtue de costumes griffés et de robes de créateurs voire de haute couture à l’instar de l’épouse du Consul, vêtue de Chanel des pieds à la tête, qui répondra à un journaliste combien sa vie est stressante ici…

(oui, Bombay est une ville archi-polluée, bruyante et où chaque déplacement prend des heures cause embouteillages monstres en permanence mais aurait-elle le même confortable style de vie cette dame à Paris !? Certes, non.)

(des dizaines de marins français du bateau La Somme sont présents : de retour des Seychelles, en route pour Dubaï, ils ont dû faire escale à Bombay, spécialement pour ce discours !)

Sarko arrive suivi par Carla dans un silence quasi religieux. Je suis étonnée. Pas d’applaudissements. C’est la première fois que je le vois « en vrai » et avec son visage ferme, prêt  à en découdre avec la terre entière, il me fout mal à l’aise.

Le gouverneur du Maharashtra fait une introduction en anglais pour remercier Sarko tandis que les photographes mitraillent Carla. Jolie poupée de cire, elle restera tout au long du discours en retrait de son époux, debout et droite sur l’estrade. Quel est son rôle au juste ? J’ai bien une idée mais il ne serait pas politiquement correct de l’écrire, ici, sur ce blog de voyage…

Sarko nous remémore que deux citoyens français sont décédés dans ces attentats : la fondatrice du groupe de lingerie féminine Princesse Tam Tam, Loumia Hiridjee, et son époux Mourad Amarsy puis enchaîne avec un discours sur le terrorisme. Discours qu’un collégien aurait pu écrire :  » Le terrorisme est une activité criminelle »,  « Le terrorisme est de la sauvagerie », « Le terrorisme est une injure aux idéaux politiques et religieux ». Il salue le premier ministre indien pour son dialogue avec le Pakistan « victime et creuset du terrorisme mondial » puis parle de « chantage permanent » et de menaces sur la France. Bref ! Le Pakistan, ennemi numéro 1 de l’Inde, s’en prend plein la tête… Une seule phrase retient vraiment mon attention : « Le terrorisme serait-il un contrecoup pervers de l’état du monde ? ».

Au bout de 20/30 minutes, il remet deux médailles de l’Ordre National du Mérite. L’une au directeur de l’Oberoi et une à l’ex-directeur du Taj Mahal Palace pour leur bravoure lors des attentats. Ca prend a peine cinq minutes. Il quitte ensuite l’estrade puis serre la main de membres de famille de victimes tandis que les journalistes filent déjeuner avant de prendre un car affrété en direction du Taj Mahal  Palace où Sarko doit encore intervenir pour clôturer la Conférence Economique Franco-indienne avant de rentrer à Paris.

Point de Champagne. Juste quelques verres de jus de fruits. Récession européenne oblige, j’imagine.

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