Shah Rukh Khan, Kareena Kapoor, 149 figurants et moi

Trois semaines que j’attendais ce tournage ! THE shooting avec Shah Rukh Khan !

L’acteur/producteur Shah Rukh Khan est un demi-dieu, ici, en Inde. Dans ce film de science-fiction (oups…) intitulé Ra.One, Shah Rukh tient donc le premier rôle masculin.  Le premier rôle féminin est quant à lui tenu par Kareena Kapoor, l’actrice indienne la plus populaire ces dernières années (plus que la l’Oréal Girl, Aishwarya Rai Bachan) mais qui va bientôt se faire piquer sa première place par ma bitchy daughter, Katrina Kaif qui cartonne depuis le 24 décembre avec le blockbuster Tees Maar Khan. La chanson Sheila Ki Jawani extraite du film est la sonnerie de portable préférée des indiens en ce moment et pour ne rien vous cacher… j’adore aussi !!!!


Bon alors avant de vous raconter le tournage, remettons dans le contexte : il a 43 ans le Shah Rukh Khan dans cette vidéo… Putain, à 2:12, j’ai un orgasme :

Excitée comme une puce, j’accepte d’enfiler la première robe de pute qu’on me propose. Je n’en suis plus a une près. Rouge à lèvres fushia qui déborde, cheveux si laqués que jamais  je ne vais pouvoir les récupérer souples et soyeux, me lamente-je (en vrai, ils sont fourchus et secs mais sur un blog, il est fréquent de dire qu’on en a une plus grosse que les autres alors moi aussi,  je me la pète grave, na !)… Bref ! Avec mes cheveux et mes congénères du jour, j’entre sur le plateau : nous serons des clients d’une discothèque londonienne. Je retrouve avec joie mon pote figurant sur la pub Sprite. Jusqu’à 16h, un black danse. M’en fous de lui même si à un moment, j’ai cru que c’était le nouveau pote de SRK : Akon. En fait non, nous nous trémoussons bien sur un titre d’Akon, écrit spécialement pour le film, mais ce danseur n’est point Akon.

A 16h, Mansoor, notre assistant coordinateur, me dit que Shah Rukh Khan est arrivé. Hum. « Jure moi dans les yeux que tu ne mens pas…  » Toujours dubitative. Mansoor semble très vexé qu’après tous ces tournages à rigoler ensemble, je ne lui fasse pas plus confiance. « La BMW immatriculée 555 à la fin est celle de SRK » m’assure-t-il. « C’est de notoriété publique ! » C’est qu’il a l’air  sérieux. M’en vais alors jeter un oeil dehors pour vérifier. Point de Shah Rukh. Tant pis. Vais m’en griller une petite pour me consoler. Ah merde, pas de feu. Je taxe alors un petit bonhomme ventripotent et en profite pour lui demander si c’est bien la caisse de Shah Rukh Khan. « Oui », me répond-il avec une pointe de fierté avant d’ajouter : « Je suis le chauffeur ». « Oh la classe ! Vous devez en faire des jaloux ! « . Rendez-vous compte que je parle au chauffeur de Shah Rukh Khan himself !!! Bon, ça va, j’déconne (j’ai quand même accepté sa proposition de me prendre en photo sur le capot de la BM…).

Après cette intéressante pause, je m’en vais trouver Mansoor pour lui présenter mes plus plates excuses lorsque j’aperçois, sur le plateau, Shah Rukh ! Enfin ! Amen ! Mais euh… c’est qu’il est petit le Shah Rukh. Il plafonne à 1m70. Pis il n’est pas épais mais bon il a un joli cul quand même. Oups… il s’épile les avant-bras aussi. Qu’est-ce qu’il clope aussi ! A en devenir humain. Les figurants indiens sont au taquet : « Oh My God ! Shah Rukh Khan ! ». Les occidentaux le remettent quasi tous en place. SRK est l’un des visages les plus populaires en Inde puisqu’il fait de la pub pour des dizaines de sociétés et s’affiche partout. Toutes les cinq minutes, SRK a des messages a nous transmettre : un coup, il veut que vous transfériez vos bas de laines (ou dents en or massif) dans la banque trucmuche, après il vous dit que cinq lames de rasoir, ça fait plus mâle que quatre puis que vous pouvez envoyer des sms gratuits avec Tata Mobile et que boire du Pepsi c’est mieux que du Coca Cola (ou l’inverse). Ce jour-la, Shah Rukh Khan, habillé tel un faux Jack Sparrow version en rouge et noir de Jeanne Mas ne fera qu’une petite scène avec les culs des danseuses en arrière-plan.

Je raterais donc les deuxième et troisième jour de tournage mais serai de la partie les quatrième et cinquième avant de renoncer au sixième (et plus globalement à ma carrière de figurante à Bollywood). Sur ces six jours de tournage, deux chansons donc. Celle de Akon et une autre plus entraînante. La seconde fois, je porte la robe la plus bitchy qu’il soit donné de porter : moulante, en skaï, ras la moule. Je fais remarquer au costumier que je ne peux pas m’asseoir et qu’il va m’être difficile dans ses conditions de tenir jusqu’à 21h. Il me balance alors un collant. Enfin, un truc troué qu’à côté des bas résille, ça rend habillé. L’avantage, et pour cela, les russes ont un train d’avance sur moi, les assistants plateaux kiffent les robes de putes : ils me mettent en premier plan pour une danse entre Shah Rukh Khan et Kareena Kapoor que je découvre « en vrai » pour la première fois. Quel privilège de se trémousser à un mètre des deux plus grandes mégastars indiennes pour cette scène dansée ! C’est comme si j’avais traversé l’écran de cinéma et était entrée dans le film. Dix minutes de pur bonheur… même si nous sommes tous atterrés par le manque de professionnalisme et/ou de talent du couple Khan/Kapoor. Trois assistants chacun et quinze prises pour une scène de dix secondes alors que les danseurs en arrière-plan sont parfaits. Les demi-dieux perdent de leur superbe. D’autant plus que Kareena Kapoor se coiffe, recoiffe et re-re-coiffe toutes les dix secondes avant de se poudrer, repoudrer et re-re-poudrer. A sa décharge, Katrina, ma bitchy daughter est en train de lui éclater la gueule au box-office et dans le coeur des hommes.

Alors qu’ un autre demi-dieu, Salman Khan avait joué le jeu des photos,  trois minutes même si pas une de plus à la fin d’une journée de tournage, SRK et Kareena Kapoor jouent la carte de la distance, les visages fermés : l’une en peignoir rose et bigoudis sur la tête, l’autre, entouré de gardes du corps. Je me moque, je me moque mais le Shah Rukh Khan semble un peu agoraphobe… ce qui dans sa position est plus que compréhensible. Ce type ne peut absolument pas se balader à ciel ouvert dans toute l’Inde sous peine de provoquer des émeutes et qui dit émeutes en Inde, dit au moins dix ou vingt morts écrasés par la foule. Le lendemain, il se déridera un peu mais ne croisera le regard d’aucun d’entre nous, petits figurants à qui il criera, exaspéré, prenant le relais du chorégraphe que nous n’écoutions, à ce moment, pas : « Background people, PLEASE stop !!! ».

Comme vous le devinez, je n’ai que peu kiffé le, ô surprise, peu charismatique Shah Rukh Khan. Lorsque que je ferais part de mes remarques à Mansoor, il me répondra avec indolence : « Tu comprends mieux maintenant pourquoi je ne suis absolument pas excité de côtoyer SRK. » Effectivement.

Mon dernier jour, un assistant plateau m’appellera pour me montrer au chorégraphe qui me scrutera des pieds à la tête puis de la tête aux pieds avant de me sourire et de me renvoyer rejoindre les miens… ce n’est qu’une heure plus tard que j’ai compris que je venais de perdre le rôle de la serveuse qui apporte un verre à Shah Rukh au profit d’une jeune et plantureuse danseuse anglaise blonde…

(Ra. One sortira sur les écrans indiens en novembre 2011 pour Diwali)

(nous étions fouillés : ni appareil photo ni téléphone n’étaient autorisés sur le plateau. Seul, le premier jour, j’ai réussi à entrer avec mon vieil appareil photo remplacé depuis par un Panasonic Lumix DMC-TZ10 grâce, en partie, à mes gains de Bollywood !!! Car, en un mois, mon job d’hôtesse au mariage inclus, j’ai accumulé 160 euros. Cool !)

ACTUALISATION 2015 // Ci-dessous la fameuse séquence où je m’entraperçois floue en faisant arrêt sur images ! 😉

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