Singapour : ceci n’est pas une utopie

Comme dirait ce bon vieux Voltaire : «Tout est au mieux dans le meilleur des mondes possible», c’est un peu ce que l’on ressent en arrivant dans cette ville-état de 45km de long sur 25 de large.

Rien ne dépasse, tout et chacun y est a sa juste place : le piéton marche ici et pas ailleurs, l’indien est au travail ou dans son quartier (qui pour un Little India est très, très propre !), et le businessman ne sort de son espace climatisé que pour retrouver sa Mercedes flambante neuve. Faire comme tout le monde est ici un art de vivre : quoi de plus agréable que de terminer sa journée de labeur en dépensant sans compter dans un des innombrables shopping-centers parsemant la ville ? Une envie de würst bavarois, de fajitas, ou tout simplement de salade niçoise ? Les agréables bords de canaux offrent justement un condensé du monde entier à la sauce Disneyland…

Les singapouriens peuvent se targuer d’avoir bâti les gratte-ciels les plus impressionnants, les plus innovants et les plus beaux jamais construits (mon opinion personnelle : Singapour est la huitième merveille du monde), ils font en tout cas passer notre Tour Montparnasse pour une verrue urbaine bonne à être rasée.

À propos, le sentiment de provenir d’un pays anachronique ne m’a pas quitté d’une semelle : suis-je donc dans le futur ? Une population docile et souriante qui se satisfait spirituellement de chaque innovation technologique qu’elle a entre les mains, le fait de répondre « sorry, I don’t have any smartphone » à une écolière tentant de me faire participer à une kermesse 2.0, suscite une réaction d’effroi comme seuls les sociopathes en ont le don…

Et oui, il est inconcevable de ne pas sortir son fatras technologique à table, dans le métro ou en attendant un ami pendant cinq minutes… ne pas le faire pourrait même apparaître suspect : la 4G est comme l’air, omniprésente et essentielle à notre survie.

Je me pose naturellement les questions suivantes : suis-je ici une sorte de reliquat de l’humanité, comme le fût l’homme de Néandertal avant nous ? Pourquoi suis-je étonné que des dizaines de gamins soient captivés par leur PSP alors qu’un spectacle époustouflant (Gardens by The Bay) se déroule devant eux ?

Devenons-nous inéluctablement des serveurs informatiques ambulants, stockant, transformant et partageant des informations stériles à qui le veux ? Bordel de merde, NON !!! Ca fait plaisir de rester l’australopithèque que je suis, et j’espère sincèrement qu’un jour viendra, des cars entiers de touristes singapouriens viendront shooter, twitter, facebooker, instagramer dans ma ville ou mon village, et me lancer des cacahuètes et des bananes pour étudier ma réaction. Je leur répondrais donc :

« Assieds-toi, je te sers un verre ? Allez détends-toi, profite de cet instant magique de rencontre du troisième type, et puis range moi ce machin-là, de toute façon ça capte pas ici ! »

 Matthieu

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