Sunderbans : à la recherche du village des veuves

Je viens de vivre une des plus belles semaines de ma vie dans une famille sur l’ile de Bali au coeur des Sunderbans, dans le delta du Gange, au sud de Calcutta.

Parfois, on entend parler des Sunderbans comme en novembre dernier lorsqu’un cyclone a ravagé la région côté Bangladesh faisant plus de 3000 morts et 10 000 sans-abris. Sinon, les touristes s’y rendent pour un tour de deux jours dans le Parc National des Sunderbans en espérant apercevoir un des nombreux tigres du Bengale qui peuple la jungle, comme moi l’année dernière.

Cette région reste une des plus pauvres de l’Inde, surnommée par les habitants de Calcutta : « le ventre de l’enfer ». La majorité des habitants des Sunderbans sont pêcheurs, apiculteurs, agriculteurs, fermiers ou ramasseurs de bois. Ni le gouvernement indien ni l’Etat du Bengale Occidental ne semblent se préoccuper plus que cela de ces habitants qui vivent pour la plupart sans électricité ni eau potable. Des ferrys d’un autre âge sillonnent la plus large mangrove du monde. Gosaba, chef lieu du district 24 Parganas (south) est à une heure de l’ile de Bali  : le dernier bateau de Gosaba est à 15h45. Passé 9h30, impossible de rallier Gosaba. Pourtant c’est la ville la plus proche pour effectuer son marché  ou consulter un médecin.

Cause réchauffement climatique, les habitants des Sunderbans vont faire parti des premiers éco-refugiés. Chaque année, pendant la mousson, en juin et juillet, il leur est impossible de quitter leur île sans mettre leur vie en danger. Une boue visqueuse (« mati ») recouvrent leurs jambes jusqu’aux genoux. En novembre et décembre, les cyclones, récurrents, détruisent leurs habitations faites de paille, de feuilles de palmiers et de boue (chaux ?).

C’est l’une des plus belles régions du monde qu’il m’ait été donnée de découvrir. La plus belle de l’Inde pour moi. Le silence y règne. Les paysages sont somptueux. Pourtant, ce qui m’a le plus attiré, c’est l’accueil des habitants. La beauté des femmes. Le sourire des hommes.  L’hospitalité des familles. La simplicité des échanges. L’anglais est peu étudié dans les écoles du district : le body language prime. De toute façon, pour moi, le regard et le sourire en disent bien plus long que les mots. Cette année, je suis donc retournée à Pakhirala.  Village sur l’ile qui fait face à l’entrée du Parc National des Sunderbans, l’augmentation du tourisme (même si tout est relatif) et la circulation de milliers de roupies (autour de 1000 roupies -20 euros- l’excursion du journée), ont marqué un changement dans le village. Les échoppes se sont multipliées. Dabu, le gérant du Madhuban Hotel a ouvert un deuxième établissement et surtout la lumière est toute la journée ! Qu’est ce qu’il crânait avec son enseigne lumineuse alimentée par des panneaux solaires. Le vendeur qui n’avait même pas un sachet de Nescafé l’année dernière (dam) bredouillait anglais, cette année ! Certains essayaient même de m’alpaguer avec d’intempestifs « Sit down » ! Je faisais beaucoup moins l’objet des curiosités, même une de mes copines de l’année dernière m’a presque jetée sans que je puisse savoir si elle se souvenait de moi ou pas !!!

Peu connue (81 200 réponses sur Google pour  2 610 000 à la requête Kerala), cette région alimente les fantasmes avec des histoires de tigres mangeurs d’hommes et villages de veuves. Intriguée par l’existence d’un tel village, j’ai questionné les uns et les autres mais j’ai senti une rétention d’informations. Impossible de mettre la main sur une carte géographique, j’ai alors décidée d’aller à Gosaba et de monter dans un ferry, au hasard, afin de découvrir des îles reculées, au hasard…

Sur le ponton, je regardais les ferries me demandant si je faisais bien… C’est alors, qu’une passagère m’a fait signe de la rejoindre. Elle bredouillait anglais. Je lui ai expliqué que je cherchais le village des veuves. Elle en avait entendu parlé mais ne savait pas exactement où il se situait. Comme le bateau allait partir, Rina énergique et pétillante jeune femme, m’a proposé spontanément de passer la journée et la nuit chez elle : quelqu’un dans son village devrait bien pouvoir me renseigner sur le village des veuves.

J’avais deux minutes pour me décider : n’est-ce pas ce que je recherche ? Partager le quotidien de villageois ? J’ai accepté l’invitation de Rina.

3 pensées sur “Sunderbans : à la recherche du village des veuves

  • 25 janvier 2008 à 12:23
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    @ Juliet : Trouve ou pas trouve le village de veuves !? 🙂
    @ Vincent : Ouais… j’ai eu un petit coup de mou en decembre mais j’ai repris des forces et n’imagine absolument pas mon retour dans moins de 3 semaines… Je n’ai pas repondu a ton dernier message parce que je voulais te repondre au travers d’une note mais pas eu le temps encore…

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  • 24 janvier 2008 à 18:26
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    Bonjour Céline,
    Ah comme c’est bon de te lire …
    J’ai hâte de découvrir la suite, comme les bons romans d’aventure que je lisais quand j’étais môme.
    Allez, trouves-nous ce fameux village.
    Merci pour le dépaysement, dans la froideur et la grisaille d’un hiver occidental.
    A bientôt.
    Vincent.
    PS : tu as toujours un aussi bon coup d’oeil pour les photos.

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