Sunderbans : Au rythme d’un village

J’ai enfin percé le mystère de tous ces indiens qui dorment n’importe où : leurs nuits sont courtes et tout particulièrement chez Rina et Nilkanta dans les Sunderbans, sur l’île de Bali.

Levés avec le soleil (vers 5 heures du mat’ en ce moment), le premier geste était… de se laver les dents ! Ensuite, fallait attendre le laitier. Enfin, j’attendais le laitier  pour enfin pouvoir avaler un tchai ou les meilleurs jours une tasse de Nescafé. Les autres étaient déjà actifs : Tulsi et l’employée-dont-j’ai-oublié- le-prénom préparaient le petit-déjeuner qui pour moi s’apparentait plus à un déjeuner. Des hommes squattaient la véranda et bavardaient avec Nilkanta. Quant à Deep, en attendant, d’aller à l’école (de 11h à 15h30), il prenait des cours particuliers, notamment de dessin. Pendant tout le temps où je traînais à la maison, je portais une chemise de nuit : une longue robe en coton portée au-dessus d’un jupon.

Après le petit-déjeuner, vers 10 heures du matin, chacun vaquait à ses occupations. Pour moi, c’était balade et honneur aux invitations reçues la veille : invariablement, un thé + deux biscuits parfois avec quelques fruits, cacahuètes, pois chiche grillés ou riz soufflé.

A 13 heures, il faisait assez chaud pour se laver. Une pièce avec une pompe à eau et un seau faisait office de salle de bains. L’eau provenait de la mare aux poissons à demi-morts. Pour sortir de la douche, Rina m’avait fourni une deuxième chemise de nuit. Dés le premier jour, elle m’avait demandé de porter un salwar kameez : tenue traditionnelle indienne (plus confortable et pratique qu’un sari ) composée d’un pantalon bouffant et d’une tunique longue à manches courtes. Il est vrai que mes vêtements occidentaux faisaient tache et que je me sentais plus à l’aise ainsi vêtue même si je passais mon temps à cacher maladroitement mes seins avec ce satané foulard fait à cet escient. Heureusement, Rina m’a donné son astuce : deux épingles à nourrice et hop plus de seins aguicheurs !

A 14h, nous déjeunions : du riz bien évidemment accompagné d’une multitude de currys à base de légumes inconnus et de pommes de terre, choux verts, choux-fleurs ainsi que d’oeufs, de poissons survivants des eaux saumâtres, de morceaux de poulets alors que sévit actuellement une épidémie de grippe aviaire dans le Bengale Occidental et des crabes et crevettes, spécialement « arranged » pour moi…

Un jour, j’ai proposé de cuisiner français. En Inde, il est difficile de trouver un four alors j’ai pensé a de bonnes pâtes avec une sauce tomate fraîche voire au basilic mais personne n’a compris les mots : pasta, spagetti, macaroni… Ils m’ont demandé ce qu’étaient des pâtes et lorsque je leur ai expliqué, ils ne comprenaient pas pourquoi je ne les fabriquais pas artisanalement… Ils n’ont pas tort… (apprendre a fabriquer des pâtes fraiches). Du coup, j’ai improvisé : du chou-fleur et des patates bouillies (en Inde, tout est frit) avec une sauce béchamel et du fromage. Quinze personne et pas une de moins autour de moi à commenter chacun de mes gestes… Je savais qu’il fallait manger uniquement avec sa main droite mais j’ai découvert que touiller une béchamel avec la main gauche était aussi un geste impur. Sans compter que goûter la nourriture n’était pas autorisé… alors après ça, se plaindre, comme ils l’ont fait, que ce n’était pas assez salé…Pfff… Bref, tant bien que mal, j’ai réussi à cuisiner un truc que j’ai trouvé, pour ma part, succulent mais qu’ils ont sans surprise estime fade même avec les deux piments verts que j’avais fini par accepter ajouter. Tout le monde a goûté. Seuls deux ou trois sont repartis avec du rab.

Après le déjeuner, micro-sieste.

Vers 15h, fallait s’activer. Le soleil se couche tôt. Deux fois par semaine, à une heure de marche, se tient un marché aux legumes. Epique. La deuxième fois, on a frôlé l’émeute, il a fallu m’évacuer… non, j’plaisante mais bon j’ai quand même dû me cacher dans un tea shop : j’attirais trop l’attention. Les enfants, les femmes, les vieux, les jeunes… tous demandaient à ce que je les photographie !

D’autres jours, je suis allée au collège, assister aux répétitions de chant et de danse du spectacle du collège qui se déroulera le 30 janvier, pour les 60 ans de la mort de Gandhi. Des collégiennes, tout aussi, charmantes que flemmardes, m’ont invité à partager du temps avec elles à l’internat. Fous rires garantis.

Le dimanche, balade en pirogue dans la mangrove. Nous avons accosté sur une île deserte… enfin presque… quelques naïades d’une île voisine y pique-niquaient : Krishnendu est  tombé amoureux pour la première fois de sa vie !

En début de soirée, retour à la maison. Les voisins défilaient pour me rencontrer. Parfois, Deep ou Rina jouaient de l’harmonium. A 22h/23h, il était enfin temps de dîner mais avant cela : lavage des pieds obligatoire et enfilage de la chemise de nuit requis. Souvent Tulsi se réveillait de sa « sieste » pour dîner.

23 heures-minuit, tout le monde au lit. Tulsi dans une chambre avec Deep, 8 ans. Nada, 3 ans, encore avec ses parents devraient bientôt changer de chambre et moi ? Dans le même king size lit que le couple (le mari entre Rina et moi). Les conversations, à la lumière de la lampe torche, se faisaient plus intimes : le système de garde des enfants en France, en cas de divorce, était un sujet qui les passionnait. Sinon, Rina était tombée sur un de mes tampons hygiéniques : elle ne savait pas à quoi ça servait alors j’ai dû lui expliquer… Y a eu aussi une nocturne beauty parlour : comme Rina n’avait pas les moyens financiers de se rendre dans un institut de beauté, je me suis amusée à lui faire un gommage et un masque made in France agrémentés d’un massage facial.

Autant vous dire que le retour en France, dans peu de temps, s’annonce difficile : j’ai l’impression d’avoir toujours vécu en Inde.

* Big up à Kowalsky pour avoir retrouvé cette note que j’avais effacé malencontreusement

Une pensée sur “Sunderbans : Au rythme d’un village

  • 2 février 2008 à 19:52
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    C’est vrai que j’aurai regretté de ne pouvoir la lire…Courage, ma belle.

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