Temkessi, village animiste avec notre guide Lius (Part. One)

A quelques dizaines de kilomètres de Kefa, ville proche de la frontière avec le Timor Oriental, se situe le village animiste de Temkessi dont la Bible des touristes (le Lonely Planet) ne tarit pas d’éloges : Temkessi serait un village du Timor Ouest, isolé et préservé. A ne pas rater qu’ils écrivent.

Malgré le peu de crédit accordé à notre édition française, téléchargée sur le net avant notre départ et pourtant obsolète, nous nous rendons tout de même à Kefa. Avec nos trois mots de bahasa indonesian, nous demandons, à la réception de notre hôtel, un guide anglophone pour ne pas réitérer notre erreur de Boti. Se présente alors Cyprius, un guide expérimenté mais à un tarif trop élevé pour nous. Et pis, Cyprius, le trip en transport local ne le botte pas trop. Il préférerait que nous louions un 4×4 climatisé. Décidément, pas en adéquation avec notre façon de voyager le Cyprius. Au petit matin, alors que nous nous apprêtions à partir seuls à Temkessi, il abat sa dernière carte : son meilleur élève en anglais, guide touristique débutant. Tarif OK. Transports locaux OK. Check Five !

Quelques minutes plus tard, apparaît un jeune gars avec une belle chemise jaune pastel bien repassée, des plis sur son pantalon gris en tergal et d’a priori inconfortables mocassins en plastoc. Lius parle un bon anglais et fera un parfait traducteur nous nous disons. Chacun sur un ojek (scooter-taxi), nous partons à la gare routière où nous attendrons un bemo deux heures. Deux heures où Lius, catholique pratiquant, parlera, parlera… Nous apprendrons alors tout sur les formalités de présentation aux parents de deux jeunes amoureux désirant se marier ainsi que sur cet esprit qui peut entrer dans ton corps lorsque tu dois prendre une décision ou qu’un dilemme se pose à toi. Cet esprit a des pouvoirs maléfiques qui peuvent entraîner la mort si tu ne l’écoutes pas. Je décris alors à Lius ce que nous appelons la « conscience » mais dubitatif, il préfère son concept d’esprit. Nous apprendrons aussi que les nouveaux-nés n’ont pas de prénom : quelques mois après leur naissance, leurs pleurs incessants signifient qu’un esprit les possède et réclame un prénom pour le bébé. Entre alors en scène un espèce de gourou qui entre en contact avec ledit esprit qui lui communique alors le prénom à donner à l’enfant.

Après une heure de bemo, nous arrivons dans le joli village de Manufui où nous devons louer les services de trois ojeks pour atteindre douze kilomètres plus loin sur un chemin de terre, le fameux Temkessi. Il est déjà l’heure de déjeuner pour nos estomacs et nous proposons à Lius de s’arrêter au warung du coin. Sceptique sur le standard des restaurants locaux, il tente de nous dissuader. Nous insistons car avons toute confiance dans les gargotes de villages où le poisson, le poulet et le bœuf, sont cuits et archi-cuits. Du riz blanc accompagne les plats. Du sambal, sauce à base de tomates bouillies et de piments rouge, relève le goût. Repus, nous commençons la négociation avec les ojeks. Enfin, surtout avec un qui semble être le chef. Lius joue le traducteur avec toute la délicatesse dont il fait preuve depuis le matin. Le chef est intraitable : il nous propose des prix exorbitants et refuse la négociation ! Comme ils parlent un dialecte local, nous ne comprenons rien aux échanges mais le visage fermé du gars et l’incompréhension dans les yeux de Lius nous persuade, quelque soit le prix final, de ne pas travailler avec ce gars (c’est une règle que je m’impose en voyage : je refuse tout business avec des gars peu sympathiques et ce, même si cela me met dans une position inconfortable). Nous tentons alors le bluff, tout en craignant que notre jeune guide inexpérimenté ne nous suive pas : à pied, nous irons à Temkessi, nous lançons en indonésien, tout en ayant l’espoir caché que des dissidents nous rattrapent sur la route avec un prix plus acceptable. Avec une détermination que nous ne lui avions pas encore décelée, Lius nous adoube et nous entraîne alors sur la route en pestant contre le chef des ojeks !

 Trottant sur le chemin, aucun dissident ne pointe malheureusement son nez. C’est alors que Lius nous apprend que le prochain village est son village natal ! Alléluia ! Un appel téléphonique à son frère aîné et un scooter est désormais à notre disposition ! Nous n’avons qu’à payer l’essence ! Soulagés, nous profitons alors de la beauté de cette route bordée de cocotiers, bananiers et papayers et répondons avec entrain aux innombrables « Hello Mister ». Après trois kilomètres sous le cagnard, nous atteignons la maison de la maman de Lius, Petronella. Petronella est une femme affable qui s’amuse avec les (fausses) Wayfarer de Matthieu. Sous son patio, nous nous rafraîchissons et apprenons que nous sommes les premiers touristes de Lius ! Quel honneur ! Etre la première touriste d’un guide ! Sans humilité aucune, je me dis qu’il se rappellera de nous toute sa vie… D’ailleurs, il nous confiera écrire son autobiographie. Deux tomes déjà à 28 ans. Un chapitre nous sera consacré a-t-il dit…

Avec un scooter pour trois, Lius propose de m’accompagner en premier. Il me dépose cinq kilomètres plus loin chez des amis à lui. Je bats mon record d’attroupement : vingt enfants et dix adultes me regardent, touchent mon long nez blanc qu’ils affectionnent tous ici et me parlent en bahasa indonesian. Pendant une demi-heure, je me concentre pour répondre à quelques questions et à l’aide de ma méthode Assimil de poche, donne un cours d’anglais aux enfants. Une page est dédiée aux parties du corps humain : « gigi» « teeth » etc. Habitués à répéter des mots après leur instit’, c’est avec grand sérieux qu’ils se prêtent tous à mon jeu. Arrivent enfin Mister Matt et Mister Lius. Une photo de groupe et hop nous grimpons, à pied, les derniers kilomètres pour Temkessi. Le paysage est grandiose. Sur la crête d’une falaise de calcaire, chevaux sauvages et buffles paissent en toute liberté. Le panorama à 360° nous éblouit. Une harmonie des éléments se dégage. Des rafales de vent balaient nos cheveux. Nous sommes grisés par l’atmosphère magique du lieu.

Récit à suivre.

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