Top 10 des touristes insupportables (Indonésie)

En bahasan indonesian, l’équivalent de toubab, farang, falang ou foreigner est  « bule »  (à prononcer « bulé » ou « boulet »). J’ai longtemps cru que la traduction littérale de ce faux-ami était « métèque » mais il semblerait que cela signifie seulement « étranger » avec effectivement une connotation péjorative mais comment ne pas maudire ces touristes aux comportements insupportables !?
Mon top 10 des boulets :

1. A Wogo, village traditionnel mêlant catholicisme et animisme aux environs de Bajawa à Florès, deux jours avant notre visite, un italien expatrié à Bali est entré dans chaque maison (sans la permission des villageois assoupis sous leur patio), reluquant les moindres possessions de ces indonésiens vivant sous le seuil de pauvreté : il était à la recherche de bijoux et objets anciens à acheter trois francs six sous ! Heureusement, cette triste histoire a une morale : le culte des ancêtres est si prégnant à Wogo que personne n’oserait vendre quoique ce soit à ce boulet sans crainte de représailles des esprits.

2. A Kalabahi (sur l’île d’Alor), a débarqué dans notre paisible homestay un groupe de 18 italiens. Ils étaient accompagnés par un de leur compatriote. Autoproclamé guide (en fait, ils lui payaient son voyage ainsi que celui de sa meuf), il n’avait jamais foutu les pieds à Alor. Sans aucune facilité touristique ou presque, l’île d’Alor n’est absolument pas destinée aux groupes ; la population locale, n’est absolument pas prête pour un tourisme de masse comme à Bali ou Lombok. Que faire faire à ces 18 boulets pendant une semaine ? A Marlon, un sympathique guide indonésien de se démerder. Au bout de deux jours, nous fuirons le lieu, Marlon déjà dépassé par les réactions des villageois à la vue de ces mimiles qui ne répondront à aucun de nos « buon giorno ». A leur actif : se savonner les mains dans le bac à vaisselle rempli d’eau propre. Se balader en slip dans le patio (NDRL : une homestay est une maison aménagée pour recevoir des touristes mais reste le lieu d’habitation d’une famille). Vider entièrement leurs sacs à dos après un trek boueux sur les sièges et la table basse sous la fenêtre de notre bungalow alors que nous sommes à l’intérieur et que nos livres/bouteille d’eau sont justement sur cette table basse ! Balancer leurs bouteilles en plastique dans la poubelle réservée aux déchets organiques. Parler et pas seulement avec les mains jusqu’à des heures indues dans une ville où l’on se lève à 5/6 du mat’. Etc, etc.

3. Dans un couvent franciscain à Detusoko (Florès), nous discutons avec un guide indonésien francophone. Il accompagne un groupe de quinquagénaires français. Après quelques minutes, son téléphone sonne. C’est l’ambassade de France en Indonésie. Il nous explique alors qu’au large d’Ende, la veille, l’une des touristes de son groupe est décédée suite à une crise d’asthme pendant une session de snorkeling… Son corps va être rapatrié. Il est effondré alors qu’une moitié du groupe a décidé de poursuivre le voyage. Au petit-déjeuner : «On te laisse leur confiote chimique, Mimi ! Hahaha ! ». Bref ! Nous les entendrons jamais évoqué, pendant les repas, l’accident. Contrecoup du choc, peut être ?

4. Il est 4 heures du matin. Nous dormons paisiblement dans une petite homestay de Riung à Florès. Des « hey ! » répétitifs nous réveillent. Egalement sortie de son sommeil, la famille qui nous loge, du grand-père au plus jeune enfant qui a école trois heures plus tard, sort sur le perron :  le chef de famille montre aux boulets une chambre très rustique. C’est alors que nous n’en croyons pas nos oreilles : ils marchandent le prix de la chambre à 4h du mat’ alors qu’il est bien évident que compte tenu du standard de la chambre, le prix restera abordable même pour un routard !!!

5. A Riung (Florès), alors que nous sommes attablés dans une gargote locale, un boulet entre. Le patron lui lance un jovial « hello ». L’homme ne répond pas. Il ne sourit pas non plus. La serveuse arrive et lui lance un tonitruant « hello » de bienvenue. L’homme ne répond pas. Il ne sourit pas non plus. Il ouvre enfin la bouche pour demander en bahasan indonesian en pointant un oeuf : « C’est combien ? » (NDRL : dans un warung local comme celui-ci, une assiette complète oscille entre 1,20 et 3 euros).

buk buk beach
Offrandes hindoues sur la superbe plage de sable noir (Buk-Buk Beach) à Bali

6. A Bali dans les environs de Candidasa, une ville côtière longée de resorts mais … sans touriste car la plage a disparu ! En effet, pour construire tous ces beaux resorts, les balinais ont eu l’ingénieuse idée d’utiliser le sable de la plage… Avec une folle envie de barboter dans l’eau, nous enfourchons notre beau scooter de location à la recherche de la fameuse seule plage de sable blanc du nord de Bali. Ratant le minuscule panneau indiquant la voie par un chemin de terre, nous découvrons Buk-Buk Beach, une superbe et immense plage de sable… noir ! Il y a des enfants avec qui jouer à l’hélicoptère, des vieux qui se promènent, des couples qui font des offrandes à la mer face à des rouleaux de deux mètres. Nous sommes heureux. Nous prenons de belles photos au coucher de soleil… sauf qu’on a toujours pas trouvé notre plage de sable blanc. Oh mais que voyons-nous !? Un couple de boulés qui marche dans notre direction.

Nous les interpellons poliment en anglais :

« Excusez-nous, on recherche la fameuse plage de sable blanc qui est sensée être dans le coin. Vous n’auriez pas une idée d’où… 

– Check on Google Map » sera notre seule réponse.

(ils étaient italiens)

7. Bajawa (île de Florès). Nous quittons la petite ville, point de départ pour des villages tribaux, pour Labuan Bajo à 150 kilomètres (et surtout 10 heures de car à travers des massifs montagneux chaotiques et sans fin). Départ prévu : 7h du mat’ à la « gare routière » qui se compose de deux gargotes et autant de tabourets. Le car part enfin à 8h. Normal quoi. Le vénérable engin se déplace lentement sur la route sinueuse et défoncée. Nous profitons donc du paysage et par bonheur il nous est même possible de cloper par une des nombreuses ouvertures du tacot. Trois quarts d’heure passent, le chauffeur reçoit un coup de fil : il a l’air un peu agacé, le gars. Il se résigne à arrêter l’engin au milieu de nulle part. Nous attendons je-ne-sais-quoi jusqu’à ce que, une demi-heure plus tard, un ojek (scooter-taxi) déboule avec une nénette, tout sourire, à l’arrière. Elle monte, fraîche comme une rose dans le car et lance à la cantonade un sonore « hello ». Tous, touristes et locaux, lui renvoyons les pires gueules méprisantes de nos répertoires. Le pire dans l’histoire n’est pas qu’elle ait stoppé un car empli de passagers pendant trente minutes (elle aurait pu avoir un avion comme nous à Labuan Bajo le lendemain et comme c’était le seul car de la journée…) mais qu’elle soit descendue à Ruteng, une ville à mi-chemin vers laquelle de nombreux cars partent de Bajawa quotidiennement !!!

8. A 7h du mat’, dans notre homestay à Kalabahi, alors que nous attendons notre café, un boulé suisse nous demande si nous comptons grimper le volcan trucmuche : Qué ? Quel volcan ? Y a un volcan à grimper sur Alor ? Ah non sur l’île de Pandar ? Ah mais là on est à Alor et on ne sait pas encore ce que nous ferons après. Il enchaîne : nan mais parce que si vous voulez grimper le volcan trucmuche et ben sachez que ce n’est point possible ! Personne n’a su ou voulu nous le dire avant que nous arrivions sur place. Nous nous sommes tapés la location du 4×4, le chemin bien caillouteux et tout ça pour rien !!! Oh bah je compatis monsieur. Et sinon le café il arrive ? me demande-je (qu’il me donne mal à la tête le monsieur avec son volcan…). Le café toujours pas là, je m’enquis poliment : mais pourquoi donc votre volcan trucmuche est fermé aux touristes ? Des risques d’éruption ??? Ouh… mais n’est-ce pas dangereux pour la population locale qui vit au pied ? Que vous a-t-on dit exactement ? Est-ce habituel ou la situation est critique ? Ne m’écoutant pas : nan mais vous comprenez, on a payé la location du 4×4 et le chauffeur pour rien ! On s’est cassé le nez pour rien ! (pour info, ce monsieur a ensuite rétribué un -mauvais- guide un million de roupies la journée sur Alor !!!)

9. A Tirtagangga, village paisible au au nord-est de Bali, la famille parfaite a débarqué dans le bungalow d’à côté. Monsieur était grand et athlétique. Madame était élancée et le corps raffermi. Les enfants, blonds comme les blés. Tous avaient des sourires Colgate. Cette jolie famille qui aurait pu jouer dans une pub Kinder (ou Ricoré) (ou Herta) faisait le tour de la vallonnée île de Bali à bicyclette. Des belles bicyclettes hein pas des trucs rouillés comme celles que nous louions. Un matin, des dizaines de femmes ont commencé la moisson dans les rizières face à nos bungalows. Comme dans les brochures touristiques. Ce matin-là, la famille Parfaite nous a pourtant déçus :  on était prêts à arrêter de fumer, à prendre un abonnement au Club Med Gym dés notre retour et même ne plus boire une seule bière pour leur ressembler ! Mais voilà, ce matin-là, ils ont commis une bévue : tandis que Monsieur Parfait shootait avec son beau Nikon (avec un objectif de compèt’), Madame à ses côtés photographiait les deux mêmes femmes avec son Iphone 5. Longtemps. A dix centimètres de leur nez. Sans leur demander leur avis. Sans empathie. Juste pour le plaisir de faire une photo comme dans les brochures touristiques.

(à leur décharge, Monsieur et Madame Parfait n’étaient pas les seuls, ce matin-là : un car entier de touristes a shooté les mêmes femmes dans les mêmes conditions pour les mêmes raisons)

(je n’ai, du coup, osé prendre aucune photo mais ai soigné un gamin qui s’était écorché un doigt avec une machette en coupant les brins de riz : à notre départ, toutes les femmes se sont levées dans la rizière et nous ont dit « bye bye» avec de photogéniques sourires comme dans les brochures touristiques)

(ouais, je me la pète)

(mais en vrai, on a rencontré tout plein de touristes sympathiques en Indonésie comme le carrossier bourguignon Greg et sa potesse allemande, comme la jeune interne en médecine Emilie, comme Jean-Louis qui a vécu 29 ans en Inde et sa femme Kirstin, comme le suisse Philippe, comme Marcel, le caméraman néo-zélandais et sa potesse danoise, comme Jean-Louis, GuiGui et JC, nos potes des Lilas, comme le lillois Valentin avec qui on a partagé une assiette de viande de chien et comme tous les mecs des ONG qui nous ont transporté gratuitement dans leurs beaux 4×4 climatisés).

10. Mentions spéciales aux français qui ne disent pas bonjour (ils sont nombreux !), au français qui a refilé le MP3 de « A nos actes manqués » version Restos du Coeur à un chauffeur de taxi et aux russes qui ont « piqué » le guide allemand d’un couple suisso-australien (et qui ont refusé que ceux-ci se joignent à la nouvelle sortie snorkelling programmée à un tarif plus élévé).

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