Trek en terre akha (Laos)

Après une échappée belle de Luang Prabang à Luang Nam Tha en bus local avec The Dead Weather à donf dans l’ipod, j’ai rencontré deux jeunes et jolis kinésithérapeutes normands, Francois et Nicolas avec qui je passe quelques jours et ce même s’ils sont habillés en Quechua de la tête aux pieds… Personne n’est parfait va-t-on dire.

Ensemble, nous avons donc erré, sur nos scooters (enfin moi derrière Nico car incapable et flippée de conduire…), sur des chemins caillouteux et vu des fermiers qui rentraient des rizières, des femmes portant des paniers avec la cueillette du jour, stoppé lorsque nous apercevions des hommes couper du bambou ou des femmes tisser. Magique.

(je me suis même essayée à faire une bobine de fil de coton avec un rouet à la Gandhi… Pas simple).

Pour la première fois de ma vie, je voyage dans une région où les femmes portent le même habit traditionnel mais  où souvent elles se délestent de leur chemisier pour n’être que seins nus ! Hmong, Akha, Lanten, Lahu, Khammu… au total 48 ethnies bouddhistes ou animistes vivent au Laos. Difficile d’obtenir des informations fiables sur leurs us et coutumes de la part des guides qui foisonnent pourtant avec leurs eco-treks tribaux. Quant aux membres des tribus, rares sont ceux qui parlent anglais.

petanque-laos

Luang Nam Tha, encore trop touristique pour nous, nous avons décidé avec mes deux nouveaux potos de partir en trek de Vieng Poukha à 60 kilomètres : nous avons alors eu la chance de découvrir deux villages akhas, inacessibles par la route et donc où moins de touristes se rendent (les derniers, c’était y a un mois).

A l’aurore, un pick-up est venu nous chercher dans notre guest house à Vieng Poukha pour nous emmener au village de Nam O, départ de notre trek. Sur la route, nous avons pris six femmes akhas revenant du marché, leurs paniers remplis de produits manufacturés Made in China, troqués contre du bambou et autres plantes comestibles qu’elles cueillent dans la forêt, leur « territoire ».

femmes-akhaTous ensemble, nous avons marché sept heures traversant des cours d’eau, grimpant des montagnes, enjambant des troncs d’arbres, nous frayant des passages dans un chemin obstrué par des branches suite à un violent orage tropical la veille. Qui dit orage, dit sangsues (j’en ai même chopé une sur l’aine !) et dit terrain glissant : ma troisième et dernière chute m’a fait une belle frayeur : coccyx cassé ou pas ?

(heureusement que j’étais entourée de deux kinés qui ont su trouver les mots justes pour me rassurer : « Lorsque tu chieras, si tu as mal, c’est qu’il est cassé »)

Difficile pourtant de se plaindre puisque les femmes qui nous accompagnaient font ce trajet deux à trois  fois par semaine avec 25 kilos sur la tête !!! Petites et menues mais très musclées, plus très jeunes pour certaines d’entre elles, elles nous ont bluffés par leur endurance, leur courage et leur bonne humeur. Chiquant du bétel, elles n’ont pas la même notion que nous de la pudeur : j’avais l’air un peu crétine avec mon paréo dans les rivières, demandant aux garçons de se retourner pour ne pas leur montrer un bout de mes tétons…

(par contre, eux, ce sont rapidement acclimatés en optant pour le nudisme)

(de nombreuses photos, prises à leur demande, existent… oui, oui.)

Après cette rude marche, nous sommes arrivés une heure avant le coucher du soleil dans un village de 400 âmes au sommet d’une montagne, hors de notre temps. Ban Namlo qu’il s’appelle. Village existant depuis 1994 seulement. Sa population a migré de Muang Sing (à deux heures de Luang Nam Tha) où la déforestation massive et ce bien que cette zone soit déclarée protégée avait réduit leurs ressources. Déforestation pour planter des hévéas qui génèrent plus de profits que les cultures locales. Aujourd’hui, le gouvernement communiste laotien souhaite de nouveau les délocaliser. Sur la route. Pour avance-t-il leur faciliter l’accès aux écoles et aux villes : les akhas (une des tribus les moins intégrées au monde occidental dans cette partie du monde, arrivée au 19ème siècle de la Chine et de la Birmanie, vivant de la chasse et de la cueillette) résistent aux pressions. Combien de temps tiendront-ils ?

Arrivés une heure avant le coucher du soleil donc, nous avons observé les hommes rentrer de la chasse avec leurs fusils artisanaux et les femmes retrouver leurs bébés portés sur le dos par des fillettes de 8-10 ans.

(il y a encore quelques années, les akhas tuaient des tigres qu’ils revendaient à prix d’or aux vietnamiens. Pour leurs os. En 2010, on ne recense plus aucun tigre dans la Zone Nationale Protégée de Luang Nam Tha)

fillette akhaAvant qu’il fasse nuit noire, nous avons eu le temps de jouer et chanter avec les enfants qui nous ont joyeusement accueillis. Plus ardu d’entrer en contact avec des adultes : logés dans une maison en bambou sur pilotis réservée aux invites, nous n’avons malheureusement pas partagé notre dîner avec les habitants. Seuls les ados du village (des téléphones portables dernier cri dans les poches) et l’un des deux instituteurs nous ont rendu visite. Un pote de notre guide est également passé avec une bouteille de Lao Lao, l’alcool local à base de riz. Fort. Très fort. Après trois ou quatre verres, nous nous sommes endormis sous nos moustiquaires.

Réveil à 6h30, autant dire que nous avons fait la grasse matinée : les enfants étaient déjà en classe et un chien, attaché à une corde tirée par un jeune homme, semblait terrorisé et il avait bien raison de flipper : le soir se tenait une cérémonie pour je-ne-sais-quelle-raison et pour les akhas, cérémonie rythme avec chien. A 24 heures près, j’aurais pu vous dire quel est le goût de la viande de chien. Dommage. (en vrai, j’aime pas trop les chiens -j’préfère les chats- mais je ne sais pas si je l’aurais mangé)

2 pensées sur “Trek en terre akha (Laos)

  • 17 juin 2010 à 16:29
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    Céline , tu ne veux pas raconter la fin de ton trip ??????
    s’il te plaît , c’est tellement plaisant à lire !

    Répondre
  • 24 mai 2010 à 01:44
    Permalink

    Je prends vraiment plaisir à te lire Céline . Merci de me faire voyager 🙂
    bonne continuation 😉

    Répondre

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