Au coeur de l’Uttar Pradesh

Après dix jours à Khajuraho à m’enfiler des verres de thé avec toute la ville pour prendre des nouvelles des uns et des autres, je me suis enfin décidée à bouger et ai invité mon pote Dinesh (aujourd’hui, 20 ans) pour qu’il découvre ce qu’est faire du tourisme.

Noble intention, pensez-vous ? Oui mais j’ai failli :  notre périple s’est transformé en pèlerinage puis en visite de courtoisie à la famille dans un village au coeur de l’Uttar Pradesh. Punahir que ça s’appelle. Première occidentale à avoir l’honneur d’y pénétrer, ils ont dit.

Après notre pèlerinage dans la ville sainte de Chitrakoot, nous  empruntons une première jeep. 25 passagers prennent place dont 5 sur les deux sièges avant : le conducteur a donc la moitié du corps a l’extérieur du véhicule… Je suis, bien entendu, la seule à m’émouvoir de cette inconfortable position avant de me résigner comme tous, que pour quelques roupies supplémentaires, ce monsieur mette en péril nos vies. La route est chaotique mais la traversée des villages, riche en couleurs et émotions diverses/variées !

7 mois et demi en Inde au total mais jamais, je n’ai  autant eu le sentiment d’être au coeur du truc.

Le trafic routier est incroyable : cars déglingués, motos, scooters, vélos, auto-rickshaws, cyclo-rickshaws, voitures, camions, piétons mais aussi charrettes tirées par un cheval, ânes, vaches, chiens, singes, chars à boeufs… A chaque village, son marché frais. Je découvre, le temps d’une pause, un fruit à la peau noire qui a un peu le goût de nos châtaignes. Un pur régal !

La région est pauvre et pour la première fois, je réalise que l’on peut mourir de faim en Inde : la malnutrition est belle et bien présente. Les enfants, notamment les touts-petits, mais aussi les femmes et les vieillards en sont les premiers touchés. Beaucoup de corps maigres donc et une silhouette de femme, que dis-je, une ombre se déplaçant au ralenti, la nuit tombée, sur le bord de la route, après certainement une journée harassante aux champs, m’a bouleversé : elle semblait espérer se faire renverser…

Arrivés à une intersection, nous changeons de jeep. Je propose alors à Dinesh de prendre cinq minutes pour un thé mais il me presse : d’après lui, le coin est dangereux notamment pour moi. L’Uttar Pradesh n’est pas reputé sécuritaire et il est vrai qu’à bien y regarder, z’ont plutôt des mines patibulaires, mes compagnons de route. Alors que Dinesh me révèle que tous les villageois, ici, possèdent une arme à feu, en voici un qui se met à éructer contre notre chauffeur, un bâton de bambou à la main. « Problème familial ». Dix minutes plus tard, ses jérémiades et gestes menaçants fatiguent tout le monde : huit hommes parviennent à le calmer. Nous traçons de nouveau notre route, pleins phares jusqu’à notre « nouvelle vie » dixit Dinesh : ayant failli nous prendre un camion, le conducteur prendra même vingt secondes pour se remettre de sa peur, c’est dire ! La suite du trajet me semble durer une éternité notamment à cause de mon camarade à gauche qui aboie littéralement sur toutes les femmes qui croisent notre chemin alors que les vaches au milieu de la route ne semblent pas le perturber plus que ça…Une règle indienne (« indian rule ») que je dois ignorer doit certainement lui dicter ce comportement  pense-je. Dinesh me détrompe : seuls l’analphabétisme et le manque d’éducation en sont la cause. Il ira  jusqu’à demander à Dinesh comment il peut communiquer avec moi, là maintenant tout de suite comme si apprendre l’anglais était possible en deux minutes… Déposés au milieu de nulle part, Lalit, le cousin de mon ami, nous attend dans la plus complète pénombre, un employé à ses côtés, employé qui se voit confier mon sac à dos sur tout le long d’un chemin boueux où je manque de glisser quelques fois, sous les rires de mes compagnons. Faut-il préciser qu’il m’est difficile de savoir où je suis puisque seule le téléphone portable de Dinesh m’éclaire la « route »  ? (j’apprendrais que l’électricté est uniquement en service de 20h à 8h). Une demi-heure de crapahutage plus tard, nous arrivons dans une grande et traditionnelle maison  avec un patio en terre comme je les aime.

Nos hôtes nous accueillent chaleureusement : la tante de Dinesh est une vieille dame affable qui manque de m’étouffer tellement ses bras m’enserrent. Son époux, plus réservé mais non moins sympathique, se contente de joindre les mains et de me saluer par un « namasté« . Décidée cette année, à soutenir moralement les indiennes, je m’en vais regarder la dame nous préparer un curry de légumes et des puris  tandis que les hommes badinent et se pourrissent les dents avec du bétel, affalés sur un lit. Comme d’habitude, malgré la barrière linguistique, elle comprendra que j’ai 35 ans, que je ne suis pas mariée et que je n’ai pas d’enfants. Pour elle, c’est incompréhensible, au delà même de son système de pensée : elle semble prête à m’arranger un mariage et m’offre pour me mettre dans le moove, des bracelets. Selon les états et les castes, le jour de leur mariage, les femmes se parent de breloques signifiant qu’elles sont désormais épouses : boucles d’oreille, colliers, piercing nasal, bagues d’orteils et bracelets de chevilles mais aussi bindi entre les yeux et trait de sindoor dans les cheveux.

Le lendemain matin, Dinesh, Lalit et son employé sans lequel il ne peut sortir dans le village ’cause vieille règle dont je n’ai pas saisi tous les tenants et aboutissants me font visiter les lieux : maisons traditionnelles, chemins de terre, puits et … visages incrédules : les femmes sortent sur le perron de leur maison pour me regarder passer ! Un pan de leur sari, rabattu sur leur visage, leur permet de ne pa sêtre regardées par les hommes mais là l’occasion de voir une occidentale en vrai est trop belle : elles cachent alors leur visage avec une main genre moi quand je regarde une scène d’épouvante au cinéma qui me fait flipper mais que je veux quand même regarder…

Je n’aurais malheureusement pas l’occasion d’avoir des échanges plus poussés : Lalit craint leurs réactions face à l’inconnu… La visite se terminera par un tour dans les rizières où nous croiserons un cobra.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :