Fourbus et contents (Bali à bicyclette)

Novices en conduite de scooter en milieu hostile, nous avons opté pour cette première journée sur le sol indonésien pour un mode de transport, a priori, plus prompt à nous permettre d’aller à la rencontre des balinais, j’ai nommé le vélo. Cette escapade au milieu des rizières en terrasse s’est avérée être plus harassante qu’une étape du Tour de France !

(à ce sujet, en bon bourbonnais, mon compagnon de voyage se demande comment téma le départ du Tour à Saint-Pourçain-sur-Sioule sur le net…)

Avec le temple de Tirta Empul et ses sources sacrées comme objectif, nous avons enfourché nos VTT tels de frêles touristes débarqués. Quelle idiote ! J’aurais dû me méfier que le loueur nous file d’office des
Vélos Tout Terrain et non des élégants Tokyo Bike comme à Singapour…

Au départ de Ubud, soi-disante ville où le traditionnel se mêle au sacré et où le culturel domine le consumérisme effréné (hahaha !), une petite montée pour nous mettre en jambe. Soit. Le hic est que les routes secondaires que nous emprunterons tout au long de notre périple de 18 bornes quand même seront ainsi : up and down. Ô miséricorde ! Est-ce l’âge canonique de mes artères/poumons ou la faiblesse de mon muscle tricep sural qui m’a fait agoniser dés la première heure !? Toujours est-il que suintante et rouge telle une fleur d’hibiscus, une halte dans un joli temple s’est imposée.

A Bali, pour pénétrer dans un quelconque temple, il faut porter un sarong retenu par un large ruban comme nous le mîmasse (du verbe mimer) une affable quadragénaire, sourde et muette, qui balayait la cour. A l’extérieur du temple, des bas-reliefs nous racontaient des pans du Ramayana, l’un des écrits fondamentaux de l’hindouisme. (Ah oui ! Que je vous dise : 95% des balinais sont hindous !). Notre hôtesse nous proposa de nous « expliquer » ces histoires qui fondent les croyances hindoues. Mauvaise nageuse mais maître es Body Language, je traduisais à Matthieu que ces deux-là se partageaient le même homme, que celle-ci était non féconde, que celui-là s’est fait dévorer par un alligator etc. Comme il est habituel en Asie, s’est ensuit une ribambelle de questions sur notre situation matrimoniale et sur le nombre de marmots geignards que nous aurions engendrés.

(Lors de mes premiers voyages, la trentaine à peine passée, être mère n’était plus qu’une question de temps pour les autochtones tandis qu’à prés de 39 ans, je suis désormais considérée comme… stérile !)

Après un cri d’effroi lorsque j’ai joint mon pouce et mon index pour former un zéro-la bulle-nada, les larmes sont montées aux yeux de mon interlocutrice, mère dés l’âge de 15 ans. La dame s’est alors empressée de nous prodiguer de nombreux conseils afin que, nous aussi, perpétuons la race humaine ; des bananes et des noix de coco à profusion, haro sur l’ananas et arrêt obligatoire de la clope pour Madame -et ouf Monsieur aussi qui pourrait avoir un problème de fertilité. Au final, nous repartirons avec l’adresse d’un médecin et délestés de 20 000 roupies !

Reprenant notre up and down route, nous ferons une halte « Sprite » avec un sculpteur sur bois de charpente avec lequel Matthieu tentera un échange interprofessionnel à l’aide de notre précieux manuel « Parler l’indonésien avec Assimil ». Trois heures plus tard, je monterais les côtes à pied (une octogénaire portant un tronc d’arbre sur sa tête me dépassera alors presque…) et freinerais dans les descentes tellement abruptes elles étaient.

Arrivés à destination, nous avons posé nos vélos à l’entrée du temple avant de partir à la recherche d’une gargote pouvant nous sustenter. A peine le cadenas verrouillé, qu’un policier en uniforme nous questionnait sur nos velléités. Surpris par l’intérêt que nous portait la marée-chaussée locale et quelque peu sur nos gardes compte tenu des faits de corruption rapportés ici et là, nous lui avons expliqué humblement et tout sourire que la faim nous tiraillait. Enthousiasmé par une telle révélation, il nous proposa de grimper sur son beau scooter pour nous emmener l’un après l’autre à 200 mètres dans THE place-to-eat : un restaurant pour touristes en masse, cher et dégueu.

Au temple de Tirta Empul, en ce 7 juillet 2013, des centaines de pèlerins avaient fait le chemin pour se purifier l’esprit, le corps et l’âme dans les sources sacrées. En file indienne, dans un bassin, ils attendaient patiemment leur tour pour plonger la tête sous une douzaine de fontaines aux vertus toutes différentes. Matthieu qui s’est jeté dans le bain avec les balinais, comprendra que l’une d’elle, éloigne les cauchemars ; il apprendra, grâce à l’attention de ses partenaires de jeux aquatiques, qu’il faut absolument en éviter une. Il semblerait qu’elle soit à l’unique usage des cadavres…

Nous sommes rentrés à Ubud à la nuit tombée grâce à un bemo (camionnette locale) affrétée pour nous par le gardien du parking du temple. Vélos sur le toit, les mots « up & down » et « tired » ont provoqué de franches et hilares moqueries de tous, avant, pendant et après notre périple. Nous envisageons dorénavant la location d’un scooter malgré les statistiques alarmantes d’accidents de la route mortels sur l’île de Bali…

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