Viva Venezuela !

Ne jamais prendre de risques inutiles telle est l’une de mes règles de sécurité en voyage. Règle que j’ai allègrement bafouée hier avec, heureusement, un happy end des plus festifs !

Levée à 7h du mat’ (easy avec le décalage horaire dont je bénéficie depuis une semaine puisqu’en fait, en vrai, chez vous, chez nous, il est 13h30…), petit plongeon dans l’agréable piscine de la Posada Shalimar à Rio Caribe et saut dans un mini-bus  pour la première ville Carúpano mais ô désarroi, à 8h30, j’ai raté l’unique car quotidien pour Ciudad Bolivar ! Après avoir attendu 1h30 qu’un por pueso (taxi collectif) se remplisse (cinq passagers), je décide de faire le détour par Puerto La Cruz. Cinq heures à dormir, somnoler, rêvasser, baver, contempler le grandiose paysage qu’offre cette côte caribéenne, dans un bus climatisé dans lequel la température n’excède pas les 15° alors qu’on frôle les 35° à l’extérieur…

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Soleil couchant à Rio Caribe

Arrivée à Puerto La Cruz à 15h où je sais qu’une chambre à 150 bolivares (15 euros) et un petit verre de vin, face à un soleil rougeoyant, m’attendent, je cède à mon propre caprice (l’avantage de voyager seule) en optant pour claquer prés du double du prix d’un car pour Ciudad Bolivar dans un por pueso. Pour tout vous avouer, je kiffe les por pueso : rouler, cheveux au vent, dans une Chevrolet des sixties avec quatre autres passagers, souvent précautionneux de mon bien-être de gringo chica (je ne parle pas espagnol…) est un de mes grands plaisirs du moment. Bon, là, y a 300 bornes à faire donc la Chevrolet est bien plus récente. Le chauffeur semble fiable et l’unique passager est un jeune et chétif militaire qui clope autant que moi et qui a un briquet, lui. De balbutiants échanges débutent : « Fuego ? -Si. -Gracias ». Bon, y a aussi des sourires et des yeux qui pétillent qui rassurent et instaurent une bienveillance mutuelle. A 16h30, nous sommes toujours que deux et je ne désespère pas jusqu’à, ô miracle, un appel téléphonique à notre chauffeur : trois autres passagers nous attendent sur la route. Pause pipi OK. Eau minérale OK. Vamos !

A 17h, le chauffeur nous plante à un carrefour et ne revient qu’une demi-heure plus tard avec un seul passager : un ado en slim, casquette Red Bull, fausse Nike aux pieds et faux Blackberry scotché aux doigts. Alors que le chauffeur peste avec force et énergie contre le « lapin » de deux passagers, l’ado s’endort, à côté de moi, comme un bébé. Il en sera ainsi pendant deux heures. Deux heures où je vous vois tous danser la salsa à mes funérailles : vas-y que je double sans aucune visibilité ou mieux en tablant que celui d’en face, ralentisse assez pour me laisser le temps de me rabattre. La nuit est tombée. Il doit rester encore une heure de trajet. C’est exactement à ce moment que l’enjoué chauffeur de Puerto La Cruz, devenu râleur et d’une humeur massacrante au fil des kilomètres, décide de nous abandonner sur le parking d’une station-service !!!

Abandonner est peut être un mot fort mais nous demander à moi et au chétif militaire (l’ado est arrivé à destination) de monter à bord d’une minuscule Toyota avec un type qui s’improvise chauffeur de taxi contre quelques bolivares filés sous le manteau n’est pas une action visant à améliorer son karma. Sans compter le quelque peu manque d’élégance lorsqu’il nous a signifié que nous n’aurions pas de supplément monétaire. Evidemment, vous commencez à me connaître, j’étais vivement agacée mais la fatalité affichée sur le visage de mon compagnon d’infortune m’a convaincue de faire profil bas. Le chauffeur du por pueso m’a ensuite chevaleresquement ouvert et tenu la portière en prononçant ses deux seuls mots d’anglais de la journée : « Excuse me ».

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Un por pueso

A 19h30, nous voilà filant à 160 km/h dans une minuscule Toyota de merde, la clim’ à fond les ballons que je dois enfiler ma veste ! Je tente de ne pas trop me crisper même lorsque notre nouveau chauffeur décide d’envoyer des sms sans réduire sa vitesse… La voiture tremble. Ma tête se cogne à deux reprises contre la fenêtre. Aucune ceinture de sécurité à l’arrière.

A 19h45, n’y tenant plus, je tapote sur l’épaule du chauffeur et hurle pour me faire entendre, par dessus ses sérénades qu’à côté Enrique Iglesias est un putain rocker : « Velocidad !? Tranquillo por favor ! » (non, je ne parle pas espagnol… merci les panneaux routiers de m’avoir appris à dire « vitesse »). Mon militaire chétif commence à bien comprendre mon baragouin et, en guise de ce que j’interprète comme un soutien, transmet mes paroles en bon espagnol. En vain.

Entre 20h et 20h30, le pire arrive… Le mec peine à garder les yeux ouverts mais ne réduit pas la vitesse ! Il enchaîne les bâillements, ouvre la fenêtre, me taxe une clope, se redresse sur son siège. Je finis par lui supplier de changer de CD, persuadée que sa musique pourrie lui bouffe la cervelle : « You have salsa ? Rumba ? Samba ? ». Il pouffe de rire et me regarde avec l’air de me dire « Tu crois vraiment que j’écoute de la salsa, chica !? ». Du raggamuffin met tout le monde d’accord. Filant toujours à 160 km/h, nous devenons solidaires : on en a tous marre de cette situation qu’aucun de nous trois n’a désiré. Dans quelques minutes, si Dieu le veut, nos routes se sépareront définitivement au terminal des bus de Ciudad Bolivar et cette heure passée ensemble ne restera qu’un mauvais souvenir voire plus probablement, disparaîtra complètement de nos mémoires.

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Centre historique de Ciudad Bolivar

A 20h45, il nous lâche comme un sauvage au Terminal. Il fait nuit noire. Un gars m’accoste illico pour me refourguer une excursion-je-ne-sais-où avant de devenir franchement pressant pour m’emmener dans « sa » posada. Je demande à mon seul ami au monde à cette minute précise de ma vie, de me choisir un taxi et de m’accompagner à la Posada Amo Patrio. Sans langage commun, mon chétif militaire me comprend et une énergie surprenante gagne son esprit et son corps. A peine ai-je le temps de vraiment stresser qu’il m’entraîne dans la plus vieille Chevrolet que je n’ai jamais vue ! Conduite par un vieillard édenté avec la peau sur les os, la Chevrolet ou plutôt devrais-je écrire l’amas de ferraille rouillée dans lequel nous prenons place crachote, tressaute mais effectivement se déplace pour 80 bolivares. Mon chétif militaire n’est semble-t-il pas très doué pour négocier les prix (j’apprendrais plus tard que le tarif exact est de 30 bolivares) mais ma vie vaut plus que 8 euros me dis-je sans regret d’avoir quitté, dans la nuit noire, cette gare routière vénézuélienne. Sur la route, je comprends que ni l’un ni l’autre de mes sauveurs n’ont une fichtre idée d’où se situe la Posada Amo Patrio et me parlent de la Posada Don Carlo, également dans le Lonely Planet. Ok guys ! Vamos pour la Posada Don Carlo !

venezuelaLe centre historique de Ciudad Bolivar semble être un havre de paix : sortant de la Chevrolet fumante, je remercie mon militaire chétif avec de nombreuses tapes dans le dos (je lui roulerais presque une pelle pour le décoincer !). Un vieux monsieur m’ouvre la lourde porte en bois de la Posada Don Carlo, me laissant entrevoir un grand patio avec une décoration antique soignée. Une vénézuélienne parlant anglais (je suis au paradis !?) m’accueille chaleureusement. Y a même un touriste ! Mon premier en une semaine ! Un quadragénaire allemand qui m’offre un rhum-coca, s’écoute parler de la politique de Hugo Chavez et me demande si, comme lui, je ne sors pas la nuit, car les rues vénézuéliennes ne lui semblent pas sûres, dés le soleil couché blablabla. Blasée, je le quitte pour me restaurer dans une gargote, juste en face de la posada et là, de fil en aiguille, je me suis retrouvée à fêter les 28 ans de Maria, une exubérante mère de famille vénézuélienne (pléonasme ?), en buvant du rhum au goulot et en dansant la salsa (deux énormes enceintes étaient sur le trottoir) dans la rue de la Posada, déserte. Avec son époux, ses deux enfants et son beau-père, cocaïnomane. Trois policiers en uniforme dont un qui m’a lancé, devant tous, hilares : « I love you » nous ont rejoint. Fiesta jusqu’à une heure du matin et fous rires au réveil lorsque des bribes de la soirée me revenaient…

La magie opère. Viva Venezuela !

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