Temkessi, village animiste avec notre guide Lius (Part. Two)

A l’approche de Temkessi, un village animiste à quelques kilomètres de Kefa au Timor Ouest, notre guide Lius nous stoppe alors pour nous préparer psychologiquement à pénétrer dans ce village aux croyances particulières.

Deux informations précieuses : ne bousculer aucune pierre avec nos pieds sur le chemin caillouteux que nous nous apprêtons à emprunter (un esprit pourrait nous foudroyer) et ne rien laisser tomber sur le sol car nous ne pourrions pas le ramasser (un esprit pourrait nous foudroyer si nous le faisons malgré cette mise en garde… sans compter que nous offenserions gravement nos hôtes).

Grimpant lentement, nous avisons à chaque pas où poser notre pied. Des arbres centenaires nous encerclent. Nous nous croyons dans la forêt de Brocéliande. Un énorme tronc d’arbre barre l’entrée du village. Une vieille femme qui tissait un ikat (sarong du cru) sur le perron de sa paillote se lève et nous scrute : « Des français ? Ah ! Nous en avons justement reçu hier ». Pour « ouvrir la porte du village », nous devons nous acquitter de 50000 roupies nous dit Lius (le prix de trois repas locaux !). Nous traversons le village, quasi désert. Enfin, par village, entendre une dizaine de maisons traditionnelles. Nous nous asseyons sous le « patio » de l’une d’entre elle et attendons, croyons-nous, le chef du village pour un ABC des croyances animistes de ses administrés ou devrais-je dire, sujets. Un môme sort de la cahute et nous tend le guest book. Le premier touriste à noter son nom dans le guest book, le fit en 1998. Nous offrons au môme une donation obligatoire de 50000 roupies. Lius, un peu décontenancé par l’absence du chef, nous propose de poser des questions au gamin. « Es-tu heureux de vivre ici ? » « Oui. » « As-tu des amis de ton âge ? » « Oui. » Soulagés par l’arrivée d’un homme tout sourire, nous apprenons qu’il est le garde rapproché du chef de Temkessi qui lui vit… au bord de la mer à plusieurs dizaines de kilomètres de là !!!

Nous comprenons alors que ce village est conservé en l’état par le gouvernement indonésien uniquement comme attraction touristique. Que seules six familles y résident. Notamment celles avec des vieux qui n’ont plus les capacités physiques de redescendre. Les autres ayant choisis de vivre plus confortablement en bas du village. Le gardien accepte nos noix de bétel mais n’y touche pas malgré ses dents rougies. Je l’imagine crouler sous une montagne de noix de bétel apportées chaque jour ou presque par des lecteurs du Lonely Planet avec la complicité des guides touristiques locaux. Honnête, Lius nous avoue que si nous avons payé 50000 roupies (et non 15000) pour « ouvrir la porte du village », c’est parce qu’il n’était encore jamais venu comme guide professionnel. Un nouveau rite que nous découvrons à nos dépens… S’ensuit une ribambelle de fadaises sur les croyances animistes des habitants de Temkessi qui se préparent à recevoir une semaine plus tard plus de 300 marins (croient-ils), invités par le gouvernement indonésien. Sail Komodo 2013 est une opération de promotion touristique de grande envergure : 277 catamarans, voiliers et bateaux à moteur naviguent de Darwin à l’île de Komodo où, début septembre, une gigantesque manifestation en présence du premier ministre indonésien se déroulera. A chaque étape, des facilités sont octroyées aux plaisanciers. Des dîners de gala sont organisés. Des visites officielles avec tapis rouge leur sont offertes. Des concerts en plein air incitent la population à croire aux bienfaits de cette opération qui coûte onze millions (d’euros et non de roupies).

Bref ! A Temkessi, se jouera la semaine suivant notre visite, pour Sail Komodo 2013, le clou du spectacle (celui décrit dans la Bible) : « au moins une fois tous les 7 ans, de jeunes villageois grimpent à mains nues sur un piton rocheux, une chèvre d’un blanc immaculé attachée sur le dos. Arrivés au sommet, ils la tuent. Ils ne peuvent redescendre qu’après avoir rôti et mangé l’animal. Ce rituel natamamausa est une action de grâces pour une bonne récolte ou vise à arrêter ou déclencher la pluie. »

Pendant toute la discussion, je me retiens de courir m’engouffrer dans LA maison dotée de pouvoirs surnaturels, en criant : « Alors ? Alors ? Que font les esprits ? Pourquoi ne suis-je pas foudroyée !? Foutaises vos conneries les gars ! ». En vrai, seul le chef de Temkessi et sa famille proche est admise à pénétrer dans la fameuse maison qui effraie tant Lius. C’est avec un air profond et en chuchotant que celui-ci nous énumère les croyances apprises par cœur comme récitées par le gardien. Habituellement, je suis très respectueuse des croyances même celles qui me paraissent les plus farfelues par rapport à ma culture occidentale mais clairement à Temkessi, les rituels sont préservés pour amuser les touristes qui aiment se prendre pour des ethnologues.

De retour sur la crête, au soleil couchant, un profond sentiment de liberté nous envahit, Matthieu, Lius et moi. Euphoriques, nous sommes, après l’oppression ressentie dans le village. Tant, que Lius en oublie l’heure tardive et comment nous ramener à Kefa… Alors que le soleil est sur le point de se coucher derrière les montagnes, nous arrêtons deux 4×4 flambants neufs, sortis de nulle part : ce sont des géologues javanais qui parlent un parfait anglais et qui depuis quelques semaines sondent les sols à la recherche de manganèse dans l’espoir d’ouvrir une mine à ciel ouvert ici. Ils nous ramèneront, gratuitement, à Kefa d’une traite malgré nos pensées blasphématoires du jour ! Mais que font les esprits !?

(rire démoniaque)

A Kefa, nous invitons Lius à partager notre dîner et lui laissons un pourboire pour avoir su rebondir en situation de crise. Si vous voyagez à Kefa, nous vous le recommandons vivement ! Il est une belle personne. De celles qui font aimer les voyages.

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