Est-ce courageux de voyager seule ?

Trois points de vue sur cette traditionnelle question :
  • celui des locaux dans des pays non occidentaux : pour eux, voyager seule n’est pas naturel, surtout la trentaine bien tapée : où est mon mari !? Où sont mes enfants !? Eux pas comprendre qu’une femme aille sur les routes avec pour but de faire du tourisme, notion floue, il est vrai. Je me cherche un mari en vrai, c’est ça !? Beaucoup de volontaires à l’exil se propose alors… (pour l’anecdote, à la douane sri-lankaise, la meuf m’a réellement demandé si la raison de mon voyage était de trouver un mari !!!)
  • celui des amis, de la famille, des touristes rencontrés en voyage (les couples en premier lieu puis des groupes d’amis et même des hommes seuls !) : « Oh quel courage de voyager seule ! » (dans la langue de Shakespeare : How brave you are to travel alone !). Derrière ce « compliment », suit souvent le sempiternel :  » Oh là là, j’en serais bien incapable ! »
  • le mien, celui d’une touriste qui a voyagé seule en Inde, au Laos, en Malaisie, en Mauritanie, en Pologne, en Thaïlande, en Tunisie, au Sénégal et présentement, au Sri Lanka :
Pourquoi serait-on incapable de voyager seule !?

Il n’est pas plus difficile de se déplacer, seule ou à plusieurs, d’un point A à un point B. Rarement, je me sens en insécurité même si bien évidemment je redouble de vigilance et m’interdis, par exemple : de me baigner seule sur une plage déserte, de loger dans un hôtel trop décentré, de faire de longues balades seule en rase campagne et d’être vraiment ivre. A côté, je vérifie toujours qu’il existe un éclairage public si je dois rentrer à mon hôtel de nuit, que personne ne me suit la nuit tombée et je prends sur moi mes innombrables peurs : les chiens errants, les macaques, les grosses vagues, les orages tropicaux, les chauffeurs pieux qui s’en remettent à Dieu plutôt qu’à leur sens civique et les décollages/atterrissages quelque soit la taille de l’avion. A contrario, deux de mes « peurs françaises » s’amenuisent : l’agoraphobie et la vitesse sur les routes.

Voyager seule provoque évidemment plus de rencontres

Voyager seule permet d’entrer en contact avec des femmes locales souvent plus à l’aise avec une voyageuse seule, qu’avec un couple ou des hommes et de partager des moments « girly » avec des femmes du monde entier : comprendre les symboles féminins de différentes ethnies, essayer des tenues traditionnelles improbables dans les pays visités, échanger sur notre condition féminine, apprendre des des astuces de beauté…

Voyager seule ne m’empêche pas de suivre des inconnus chez eux : j’accepte les invitations au feeling, à l’instinct et dis oui plus facilement à un type qui parle mal anglais et ne se sape pas à l’occidentale. Jusqu’ici, aucune mauvaise surprise.

Voyager seule permet aux locaux d’être plus prévenants, protecteurs et accueillants. Souvent, des locaux se sentent responsables de moi et s’ils ne sont pas trop envahissants, je les laisse « prendre soin de moi » et me montrer diverses facettes de leur culture : il est plus facile d’inviter à dîner un voyageur seul qu’un groupe de trois personnes.

Voyager seule permet d’avoir des discussions profondes avec d’autres voyageurs isolés puisque voyager seul donne plus d’occasions d’introspection.

Voyager seule permet d’améliorer son anglais et justifie qu’on aborde n’importe quel beau gosse pour n’importe quelle raison (même fallacieuse…) sans donner le sentiment de draguer ou de paraître opportuniste. Y a en pour tous les goûts : surfeur australien, italien viril, dandy anglais, intello allemand, espagnol baba cool, français altermondialiste ou étudiant en école de commerce, écossais alcoolique, israélien défoncé,  néo-zélandais sexy etc etc

Voyager seule permet aussi de mieux choisir ses compagnons de voyage puisque rencontrés sur la route, on peut rapidement évaluer leur comportement dans des situations qui sortent de leur quotidien (comprendre dépassent leur entendement socio-culturel) et cerner leur façon d’envisager les relations avec le pays hôte et ses habitants.  Ne pas être ami au préalable avec son compagnon de voyage laisse moins de place aux caprices et à la colère que les chaleurs tropicales peuvent provoquer.

Voyager seule décuple les sens puisqu’il faut toujours être en alerte

Ne pas être en mesure d’échanger ses émotions immédiatement donne une plus grande importance à l’instant vécu : une « aventure » vécue seule prend plus de valeur, devient vite plus rare, extraordinaire.

Voyager seule incite à multiplier les activités pour ne pas s’ennuyer et à parler à tout le monde et n’importe qui ; cela peut être épuisant de toujours vouloir combler les vides alors faut aussi ne pas avoir peur de dîner, d’aller boire une bière ou paresser sur un transat, seule. La solitude peut être salvatrice pour apprendre à mieux se connaître, à cerner ses désirs et mieux comprendre ce qu’on ne veut pas, ce qu’on n’aime pas. Voyager seule forge une personnalité et est un bon remède pour passer une étape de vie, un peu délicate.

Voyager seule permet d’aiguiser son sens de l’observation et développer sa créativité à travers l’écriture, la photographie, le dessin, la musique  ou la vidéo : on a la possibilité de s’octroyer le temps nécessaire à achever une « œuvre » dés que l’inspiration jaillie et ce, même si on avait prévu de faire autre chose.

Voyager seule permet de changer d’itinéraire au gré des rencontres et des discussions sans avoir à parlementer ou voter. Suivre ses envies à l’instant T procure un sentiment de liberté tellement euphorisant !

Je n’ai jamais pensé que voyager seule était courageux. A vrai dire, je ne m’étais jamais posée la question avant de partir. Je ne vois pas tant de différences à voyager seul qu’on soit un homme ou une femme. La solitude s’apprivoise qu’elle que soit notre sexe mais la solitude dans un pays étranger, dans le cadre d’un voyage, n’est pas une solitude subie. Après je croise de nombreux voyageurs solitaires qui cherchent à tout prix à se faire des compagnons de route ; ces voyageurs collants m’effraient car ils ne comprennent pas qu’ils doivent apprendre à aimer leur solitude pour apporter de la sérénité aux autres.

ACTUALISATION 2015 // Aujourd’hui, j’alterne les voyages solos et les voyages avec mon copain et en relisant ce texte, je m’aperçois que voyager seule était important pour moi à cette époque de ma vie pour ma construction personnelle. Aujourd’hui, je m’ennuie un peu plus lorsque je voyage seule. Voyager en couple m’a apporté plus de confort mais développer serait le sujet d’une autre note.

Pour celles que cela intéressent, un groupe Facebook Oser voyager seule existe.

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